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La femme Saint Laurent : Le pouvoir et la séduction

Yves Saint Laurent : Le caban de 1962 porte par Audrey Marnay au défilé rétrospective de janvier 2002
Yves Saint Laurent : Le caban de 1962 porte par Audrey Marnay au défilé rétrospective de janvier 2002

Pierre Bergé le répète depuis le décès de son partenaire : " Chanel a donné la liberté aux femmes, Yves Saint Laurent leur a donné le pouvoir. " C'est sans doute ce qui synthétise le mieux ce que le couturier qui a marqué la seconde moitié du XXème siècle a pu accomplir dans son oeuvre, en accompagnant l'évolution de la société, même lorsqu'il s'agissait de mettre un coup de pied dans la fourmilière de la mode bourgeoise. Les adolescentes d'aujourd'hui ne peuvent sans doute pas imaginer combien le mouvement était audacieux pour l'époque. La photo de sa première robe du soir, immortalisée par Richard Avedon contenait déjà ce qui allait devenir son cheval de bataille : le mannequin Dovima, entre deux éléphants, transmet encore cette image d'une femme aussi puissante par sa beauté que la masse brute et sauvage des deux pachydermes qui l'entourent. Subtilité contre déploiement musculaire : toute la tension de la guerre des sexes est déjà signalée dans ce cliché.

 

Du caban au tailleur pantalon

Le vestiaire qu'Yves Saint Laurent créera ensuite s'est imposé aux femmes, à toutes les femmes. Le maître en avoue le secret au moment de ses adieux : " J'ai, depuis longtemps maintenant, cru que la mode n'était pas seulement faite pour embellir les femmes, mais aussi pour les rassurer, leur donner confiance, leur permettre de s'assumer. Servir leur corps, leurs gestes, leurs attitudes, leur vie.". De façon moins spectaculaire à l'oeil contemporain que dans la photo aux éléphants, Yves Saint Laurent a pourtant inventé un nouveau vocabulaire de mode. Il l'a offert aux femmes. Il reste à ce jour le " b.a.-ba " de l'élégance. Moderniser l'allure constitue la quête du couturier dès la naissance de sa Maison.

En 1962, Yves Saint Laurent introduit le caban, un manteau court croisé issu du vestiaire masculin. Il en arrondit le col, y place des boutons or et, comme toujours, en projette les proportions de façon à flatter au mieux la silhouette. Le milieu des années 1960 marque l'ère du changement, il le presse et libère les femmes jusque là figées dans leur fonction décorative. C'est dans le vestiaire masculin qu'il réinvente les armes de leur futur destin. Alors que les règlements interdisent le pantalon dans les collèges et que les usages ne le tolèrent guère dans les restaurants, Saint Laurent l'érige en code de son style. Le tailleur pantalon à veste croisée en rayure tennis incarne cette prise de pouvoir. Féminisé par les courbes du buste, l'habit est taillé dans un tissu d'homme et exprime la parité rêvée mieux que de longs discours.

 

L'ambiguité du smoking, la sensualité de la blouse

L'époque n'est que convenances et respectabilité, et les modèles Saint Laurent parlent sensualité, plaisir, sexe. Le smoking donne aux femmes, dès 1966, dans des coupes irréprochables, l'ambiguïté chic d'une Marlène Dietrich. Dans la foulée, réapparaît la saharienne, ensemble unisexe de jour avec veste légère et pantalon déjà intronisé par Ted Lapidus au démarrage de la décennie. Yves Saint Laurent s'en empare. Il y inscrit un double symbole, celui du colonialisme finissant et d'une poudrière de charme sur le point d'exploser dans la planète mode. Ce sont les détonateurs d'un style qui parle le langage du désir assumé. Les ambiguïtés qu'ils entretiennent soulignent l'irrémédiable différence des genres qui taraude le couturier. Saint Laurent la fait émerger sous l'échancrure du décolleté. Il fait converger les regards vers la poitrine cachée sous la blouse scellée dans le cou d'un romantique noeud à la Musset, qu'il dessine en 1967. Grâce au mouvement intimé par la respiration, la soie s'anime de vibratos et laisse deviner les contours des seins allégés du balconnet. Cette blouse sensuelle devient sa marque de fabrique, il l'interprète en transparence pour encore plus de subversion. La femme Saint Laurent assume sa poitrine avec panache. Elle devient son arme de séduction, faisant taire ceux qui reprochaient au couturier d'avoir recouvert ses jambes en lui laissant porter le pantalon. Il rompt ainsi avec la dictature ampoulée du " bon goût ", s'attaque aux moeurs conventionnelles, et aux cloisonnements bégueules, pour voir naître à la pointe de ses ciseaux Eve, dans un Eden que l'on nomme élégance et qu'il poursuit sans cesse dans la justesse du détail.

Cela ne l'empêche pas, bien au contraire, de revisiter à sa manière, la silhouette des femmes des pays que son inspiration traverse : ici avec son époustouflante collection africaine, là avec sa mariée matriochka, ailleurs avec sa vision du kimono japonais.
A l'aube de Mai 68, Yves Saint Laurent met en lumière l'érotisme : sans jamais tomber dans le salace, il emprunte aux affranchies les cuissardes, aux péripatéticiennes l'imper en vinyle noir, aux déesses du boudoir le pyjama de soie. Catherine Deneuve, la bourgeoise de " Belle de Jour " , incarne ce changement dans le chef d'oeuvre de Bunuel, pierre angulaire de la propulsion du style Saint-Laurent dans le monde.

 

Catherine, Betty, Loulou, Laetitia...

Comme pour Catherine Deneuve, Betty Catroux, mannequin devenue un peu le double au féminin du couturier, Loulou de la Falaise, avec laquelle il fait s'entrechoquer colliers, boucles d'oreille, bracelets multicolores à des lieues de la discrétion " bon chic, bon genre ", Paloma Picasso, amie de sa bande, Nicole Dorier, mannequin jusqu'aux débuts des années 80, puis ordonnatrice de la cabine de la Maison de l'Avenue Marceau, Laetitia Casta, " oiseau de paradis " selon les mots mêmes du maître, parler de muses serait déplacé. Yves Saint Laurent ne s'inspirait pas de ces femmes, de leur beauté ou de leur personnalité. Il les sublimait en leur proposant son esthétique propre adaptée à leur essence. Les femmes Saint Laurent ne sont pas d'abord fantasmées comme par tant d'autres yeux, chacune est d'abord regardée pour elle-même avant que le couturier ne se mette à son service en soulignant ici, en gommant là, en choisissant les couleurs justes de leur mise en lumière, par une alchimie qui n'appartenait qu'à ce timide ensorceleur. A la fin des années 1990, les podiums favorisent les mannequins longilignes, il choisit de faire défiler Laetitia, aux courbes callipyges, et propose notamment en guise de robe de mariée un bikini à traîne recouvert de roses tendres. Elle sera à nouveau le clou du défilé printemps-été 2000 et dansera sur le podium dans une courte robe entièrement constituée de bouquets de plumes blanches. Ces deux tenues traduisent brillamment une facette de l'humble aveu qui pourrait servir de leitmotiv à toute la démarche d'Yves Saint Laurent :
" Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime. Mais, pour celles qui n'ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là. "

 

Jean Paul Cauvin


Puretrend, partenaire web exclusif de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent pour l'exposition Yves Saint Laurent Rétrospective

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