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Peau d'Âne : un film devenu conte de mode

Il était une fois, un roi qui voulait épouser sa propre fille. Effrayée, la jeune Princesse demanda assistance à sa marraine la Fée des Lilas. Suivant ses conseils, la Princesse exigea de son père trois robes impossibles à faire : une couleur du temps, puis une couleur de lune, enfin, une couleur de soleil. Le roi les fit réaliser. Elle lui demanda donc ensuite son bien le plus précieux, la peau de son âne qui déféquait de l'or et des pierres précieuses.

Comme il finit par y consentir, la princesse, déguisée en souillon et couverte de la peau de l'âne, dût se sauver alors dans une ferme où on lui donna le nom de Peau d'Âne. Un Prince passe par là et tombe amoureux d'elle. Il la reconnaîtra grâce à une bague que Peau d'Âne lui fait parvenir dans un gâteau, et que, seule de toutes les prétendantes à la cour, elle peut enfiler à son doigt. Aussitôt parée de l'anneau, Peau d'Âne, ôte de ses épaules et de son chef le cadavre du plus humble des mammifères quadrupèdes domestiqués, pour révéler sa sublime beauté, sa véritable nature et son rang princier.

 

Du conte au film

Il était une fois un conte populaire, celui de Peau D'Âne. Conte d'origine orientale, Peau d'Âne était déjà connu en France depuis le XVIème siècle. Charles Perrault en fixa les séquences dans un récit en vers des plus célèbres de la littérature enfantine. Elle donna lieu à de nombreuses adaptations, notamment par les frères Grimm en 1812 sous le titre " Allerleirauh ", traduit parfois en français par " Peau de mille-bêtes " ou " Toutes-Fourrures ". Raoul Laparra compose un opéra comique du même titre en 1899. En 1904, le cinéaste Albert Capellani en tire son premier court-métrage, puis narre ce même conte dans un nouveau film de 15 minutes en 1908. Mais c'est Jacques Demy qui en réalise en 1970 l'adaptation cinématographique la plus connue à ce jour, avec Catherine Deneuve dans le rôle principal.

Si le conte traite des pulsions incestueuses décryptées par la psychanalyse sous le nom de complexe d'Electre, la beauté du spectacle organisé par Jacques Demy ne rend pas cette situation scabreuse. L'invention décorative du film, d'une admirable bizarrerie, se réclame d'un merveilleux fait main cher à Jean Cocteau. L'invention de deux royaumes dont les codes - statues vivantes et chevaux compris - pour l'un tous en rouge, pour l'autre tous en bleu, penche du côté du merveilleux, sans parler des trucages qui y plongent le spectateur. Il sont rehaussés de clins d'oeil anachroniques. Ici la chaumière scintille, les roses parlent, tandis que le roi et la fée arrivent au mariage final en hélicoptère. L'histoire bien connue de Peau d'Âne n'a jamais été racontée de cette façon-là auparavant. Comment ce conte de fées parsemé de modernisme n'aurait-il pas inspiré les couturiers dont l'enfance fut bercée par ces images ?

 

Lempicka, Torrente , Gaultier

Si c'est dans les contes que Lolita Lempicka avoue avoir puisé son inspiration majeure, Peau d'Âne n'en est certainement pas des moindres. Comme pour de nombreux autres designers, les trois robes offertes par le roi à la princesse constituent une fontaine d'inspirations. Elles représentent en effet un archétype du désir de luxe impossible, de beauté sublimée, conjugué à la conjuration de toutes les peurs de la jeune fille. Par là-même, elles sont susceptibles de donner lieu à des extravagances de volume, de lumière, de broderies, de création de mode. Pour traiter de quelques exemples seulement, puisés dans la dernière décennie de défilés parisiens, on peut prendre l'exemple de Torrente qui, sous la houlette de Julien Fournié, proposa pour la saison été 2004 une haute couture dans laquelle figuraient une version personnelle de la robe couleur de soleil constituée d'une redingote à dos nu brodée de motifs de l'astre du jour reposant sur un jupon de 1500 mètres de tulle de soie plissé.

Une deuxième pièce de ce défilé interprète le thème de la lumière, comme la robe couleur de lune du conte, en recréant la nuit et ses constellations sur un fourreau d'organza noir à traîne infinie de ruchés de taffetas et structure à décolleté plongeant brodé d'étoiles et de comètes par François Lesage . Un troisième look fait clairement allusion au film de Demy. On y retrouve une version bleue du haut de la Fée des Lilas, ici réalisé sans manches en mousseline baleinée de cordes à piano surmontées de billes de verre soufflé et portées sur un pantalon à queue de pie pour accentuer l'affranchissement un brin féministe du personnage.

Plus récemment, Jean Paul Gaultier dans sa collection de prêt-à-porter hiver 2008 s'intéressa de plus près au personnage de Peau d'Ane en lui-même et a magnifié, tout en leur conservant leurs attributs animaux, les peaux de bêtes dont les mannequins étaient parées. En laissant apparaître dans un hommage appuyé au film les parties des peaux que l'on cache d'habitude volontiers, il exprimait peut-être que la véritable beauté se cache sous cette enveloppe extérieure. Et certainement que les femmes peuvent aujourd'hui assumer une sexualité que l'animalité révèle dans le film comme dans cette collection.

Pour l'hiver suivant, Sophie Albou , créatrice de Paul & Joe , suivit la même inspiration en nouant une écharpe faite avec une peau complète de renard autour du cou d'un de ses mannequins. L'analogie avec le film est d'autant plus troublante que l'écharpe qui défile se trouve aussi bleue que le royaume de la princesse du film.

Pour son hiver 2008, c'est dans la bande-son du défilé présenté pendant la haute couture, que Jean-Paul Knott affirma la référence à Peau d'Âne puisque les musiques et les dialogues du film y étaient expressément mêlés. Dans le dernier numéro, le manteau traînant jusqu'au sol est traité en blanc à l'extérieur et en noir à l'intérieur, porté sur une robe courte et des collants de la même couleur : ils affirment, comme pour le personnage du conte, combien ce qui est porté au-dessus cache ce qui se trouve en dessous : son contraire chromatique et formel.

 

Ils se marièrent et...

On pourrait continuer ainsi la liste des inspirations basées sur ce film de Jacques Demy dans la mode, par exemple dans les cornes de cerf, placées sur la tête de tous les mannequins d'un défilé de Viktor & Rolf comme sur certaines statues vivantes de l'oeuvre de Demy...
Il était une fois un prince du cinéma qui s'appelait Jacques Demy. Une princesse protéiforme nommée " La Mode " en tomba amoureuse. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Nous ne les connaissons pas encore tous.

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