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Interview : Didier Grumbach remonte aux origines de la Haute Couture

Fashion Week Paris Haute Couture Automne-Hiver 2012/2013 : Raf Simons insuffle une nouvelle ère chez Dior, les silhouettes Elie Saab immuables font toujours rêver tandis que la jeune néerlandaise Iris van Herpen bouscule les références classiques et que Bouchra Jarrar fait défiler des silhouettes working girls. Mais qu'est-ce que la Haute Couture aujourd'hui ?

Éléments de réponses avec Didier Grumbach, le président de la Fédération Française de la Couture du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de Mode, regroupant aujourd'hui entre autres la Chambre Syndicale de la Haute Couture. Pour nous, dans son bureau, il revient aux origines de la Haute Couture et rétablit certains faits : non, "La robe de mariée n'a jamais été un obligation"...

Quelle évolution avez-vous pu constater entre la Haute Couture à ses débuts et la Haute Couture aujourd'hui ?

Si on remonte aux origines, la Fédération est issue de la Chambre Syndicale de la Couture et de la confection pour Dames et Fillettes inaugurée en 1868. A l'époque le prêt-à-porter n'existait pas, la Couture était l'industrie. Il y avait 300 000 couturières en France jusque dans les années 30. Puis le 14 décembre 1910, les couturiers et les confectionneurs ont décidé de faire chambre à part. La Couture s'est séparée de la confection, une spécificité française.

Industrie très compétitive, le second poste de notre économie à l'époque, la France était une grande exportatrice jusqu'à la crise en 1929. Après la Première Guerre Mondiale la situation a radicalement changé. Au moment du crash, on est passé d'un monde libre-échangiste à un système très protectionniste et la France ne pouvait plus exporter. Les Etats-Unis par exemple pratiquaient un droit de douane de 90 %. La couture est alors devenue un bureau de style. Les acheteurs du monde entier venaient à Paris pour acheter des modèles à copier, donnant à Paris une position tout à fait particulière.

A l'époque était Grand Couturier, celui qui défilait dans le calendrier de la Chambre Syndicale. En 1937, Monsieur Balenciaga s'est probablement assis là où vous êtes, à ma place était Monsieur Gorin, secrétaire général de 1936 à 1972, et lui a demandé : "Accepteriez-vous de m'insérer dans le calendrier officiel ?", à quoi Gorin a répondu "Si vos salons sont suffisamment spacieux pour accueillir la presse internationale, je serais très heureux de vous accueillir". Puis avait lieu une visite de politesse, 10 avenue George V, le local était agréable, Balenciaga était intégré dans le calendrier et devenait grand couturier. C'était coutumier.

Or pendant la guerre de 40, le tissu manquait et les cartes de rationnement devinrent nécessaires. Monsieur Lelong, président à l'époque, avait obtenu des Allemands que la Haute Couture puisse avoir des tissus sans ticket, et il a fallu décider ce qu'était la Haute Couture. Il a donc envoyé un questionnaire à ses adhérents duquel est sorti qu'en 1942 les couturiers avaient en moyenne 20 couturières, 3 mannequins cabine, défilaient 36 fois par an... Les critères quantitatifs ont dès lors défini la Haute Couture. Critères confirmés en 1945 par un décret Mendès-France/Lacoste. A partir de ce moment là la Haute Couture est devenue une appellation protégée, accordée encore maintenant par le Ministère de l'Industrie.

Mais en 2011 nous avons obtenu un amendement au décret. Aujourd'hui comme avant la guerre de 40, les critères qualitatifs que sont le parrainage et l'élection sont prioritaires par rapport aux critères quantitatifs.

Et en ce qui concerne le style ? La Haute Couture doit-elle être obligatoirement spectaculaire ?

Il y a des vêtements de jour que vous porteriez, et pourtant c'est de la Couture. Et puis vous avez des créateurs qui font des modèles plus sophistiquées. Je trouve normal que le soir soit en Couture et tout à fait acceptable que le jour soit en prêt-à-porter, mais chaque maison est libre de faire ce qu'elle veut. Ce que l'on couronne avec le label haute Couture c'est le savoir faire et le génie dans les doigts, c'est un artisanat créatif que l'on veut préserver.

Nous ne faisons rentrer dans le calendrier que des marques au savoir-faire exceptionnel. Même si quelque fois elles scandalisent leur public. Elles doivent même être en rupture. On attend d'être surpris à Paris, particulièrement en Couture.

Où se situe la frontière entre le prêt-à-porter et la Haute Couture ?

Le prêt-à-porter est tout fait, la Haute Couture est sur-mesure. Il est vrai que la démarche de Margiela de créer des séries limitées artisanales peut être considérée comme de la Couture, si les couturiers considèrent que c'est de la Couture. Ce qu'ils ont fait d'ailleurs puisqu'ils l'ont élu à la Chambre Syndicale.

Aujourd'hui la Haute Couture est la partie supérieure du prêt-à-porter, comme l'artisanat est la partie supérieure de l'industrie, mais ils ne s'excluent pas. La Haute Couture est un savoir-faire, pas une industrie.


Mais certaines collections de prêt-porter sont aussi de la Haute Couture ? Je pense à Alexander McQueen notamment.

Bien sûr, Alexander McQueen pourrait être en Couture... A partir du moment où ils ont le savoir-faire, c'est le parrainage et l'élection qui prédominent. Pour moi, Alexander McQueen, doit, devait, devrait être dans le calendrier de la Haute Couture, il faut qu'il le demande...

La Haute Couture peut-elle disparaître ?

La Haute Couture va selon moi très bien, aussi bien que du temps de Christian Dior et Yves Saint Laurent. Il y a de plus en plus de femmes riches dans le monde, et il y a une nouvelle clientèle qui vient se faire faire des modèles spéciaux à Paris. Mais je suis aussi le premier à dire que sans le prêt-à-porter, la Haute Couture n'existe pas. D'ailleurs nous n'encourageons pas les candidats voulant entrer dans le calendrier de faire uniquement de la Couture, Rabih Kayrouz en est un bon exemple. Ça peut exister bien sûr, Franck Sorbier en est la preuve. Mais si vous faites uniquement de la Couture, vous en vivrez, vous ne vous enrichirez pas. Si l'appellation Couture donne une visibilité mondiale et immédiate aux jeunes créateurs comme Yiqing Yin, il est nécessaire qu'elle fasse aussi du prêt-à-porter.

On ne pourra plus jamais dire que la Couture va disparaître. Des ouvrages dès 1925 affirmaient qu'elle était condamnée, Monsieur Bergé n'est pas le premier.


Propos recueillis par Marijke Zijlstra


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