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Hussein Chalayan se dévoile au Musée des Arts Décoratifs

La première grande rétrospective de Hussein Chalayan en France, au Musée des Arts Décoratifs de Paris

Visite de l'exposition

On ne saurait dire si la rétrospective du travail de Hussein Chalayan, qui commence ces jours-ci au Musée de la Mode à Paris, est la meilleure exposition sur une réflexion de mode, certainement puissante, ou si elle s'en échappe pour dépasser la norme du vêtement-portable-porté. Une chose est sûre : Chalayan interroge non seulement le pouvoir du costume, ultra-créatif ou pas, mais il va bien au-delà de la simple enveloppe comme si le vêtement devenait un habitacle sur lequel on s'arracherait un brin les méninges. Puis, pour juste critiquer un peu, on est français ou on ne l'est pas : circuler à travers l'exposition de ce chypriote expatrié derechef à la Saint Martin's à la fin des années 80, n'est-ce pas aussi un peu ouvrir les pages du magazine Ideat ?! C'est-à-dire constater que la mode peut tout aussi bien se manger qu'un meuble peut devenir une robe très portable. En clair, l'exposition incite à perdre son vocabulaire de mode et à définir un glossaire bien plus important. Mais peu de critiques, pour dire vrai, car l'expo révèle l'étendue d'un travail sérieux sur toutes les obsessions que convoquent le créateur. Bienvenue dans l'univers cérébral de Hussein où chaque collection se lit comme une capsule-time sur le monde, fenêtre ouverte et soleil menaçant sur l'actualité de nos dernières années.

 

Hussein Chalayan est encore en train de penser les derniers préparatifs ce matin-là. Lumière tamisée des deux étages, chemise blanche encore propre, jean noir, et crâne rasé pour un cerveau en apparence calme, mais qui doit tempêter fort, une fourmilière d'idées étranges.

Son dernier problème ? Une robe noire qui fait le lien entre les deux étages de la présentation mais dont l'aplomb provient du ciel ou presque ! En effet, deux ballons s'accrochent aux bretelles de celle-ci et sont censés s'envoyer en l'air jusqu'au plafond sans dénaturer la forme de la petite et gentille robe noire. Pas facile d'achever une rétrospective alors que la presse vous piétine déjà de questions. Car l'exposition est bonne, forcément, son dispositif reprend avec force et démonstration tous les grands moments des propositions qui ont marqué une vraie époque de mode, celle d'un Chalayan penseur, celle d'un Chalayan philosophe du textile avec un minima de trois grandes idées par collection. Sur le temps : l'idée que tout, y compris le vêtement, peut se lire comme héritage du passé, du présent et du futur. Un parasitage de la chronologie et du sens de la mémoire. Sur la femme : le fait que sa condition soit toujours une question brûlante, encore plus ces derniers temps. Une vitrine montre trois mannequins femmes en train de laver les vitres de celle-ci – chacune d'elle montre une collection. Sur le transport moderne : autre obsession d'un créateur qui s'interroge sur le déracinement de ses origines jusqu'à un mode de vie contemporain où la maison devient mobile, voire incertaine, comprise entre un avion et autres véhicules du futur.

Un conseil : il va vous falloir quelques minutes pour vous laisser tenter d'aller un peu plus loin que le débat silhouette et forme. Mais c'est une exposition qui prend par la main, claire dans son propos de présentation, car chaque composition fragmente les saisons depuis les débuts du créateur en 1995.

Pour le plaisir de la lecture, il y a les best-of qui ont fait sensation lors de ses défilés. Inventaire rapide. La robe-design de la collection "Geopectrics", printemps-été 1999, dont la tête et les accoudoirs constituent un fauteuil intégré dans l'habillement du mannequin et fait de la silhouette et de celle qui la porte une entité unique. La robe "Érosion" : une sorte de cocon assez sympathique de couleur rose layette comme une balle de tulle informe dont le rasage successif lui confère la forme anthropomorphique d'une robe... Puis notre table. Oui, la table que tous les journalistes ont chérie en 2000 lors de la collection "After Words". Mais aucune vraie intention de design derrière celle-ci. L'histoire de la collection portait sur le nettoyage ethnique que les Turcs chypriotes, patrie première de Chalayan, ont vécu bien avant la division de l'île en 1974 et comme narration sous-jacente, le transport de leurs biens avec eux. Une fille mettait les pieds à l'intérieur d'une table de bois, qu'elle soulevait autour de ses jambes et de sa taille, la transformant en une jupe volumineuse. Il y a bien d'autres vêtements-idées dans cette exposition, comme cette burka-parka que portait, seule et nue, un mannequin lors d'un des premiers grands moments de la carrière d'Hussein.

Il faudra faire un tour encore plus précis, sans pour autant se prendre la tête dans les limbes d'une pensée complexe de l'auteur. Elle offre un instant T, une heure du monde sur un vêtement qui implose ou explose d'idées, et de nouveautés sans s'étouffer de trop de concept. Un vêtement politique dont la place de la femme et son enveloppe humaine comme matrice du monde détiennent la première place dans les créations de Chalayan. C'est donc un plaisir de la lecture qui s'anime en 3D devant nos yeux. Du Disney pour la tête. Et dernier point : les vêtements d'Hussein sont de vrais vêtements, bien au-delà de n'importe quel concept.

 

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