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Françoise Huguier : Mémoires de la mode

Reporter au coeur des défilés et des ateliers de couture notamment pour le compte de Libération, la photographe Françoise Huguier a vécu la grande époque et le faste de la création couture. Témoin privilégié du tournant des années 80, son regard n'a cessé de s'aiguiser au contact d'un univers sans pitié qu'elle compare volontiers à une guerre. Mais une guerre qui l'amuse follement !

En attendant le stage photo intitulé "Huis clos"* qu'elle animera les 25, 26 et 27 janvier dans la Galerie VU' à Paris, elle nous a ouvert les portes de son atelier.

"La mode perd sa mémoire !" Françoise Huguier est un personnage qui ne mâche pas ses mots, tape du poing sur la table et pousse des coups de gueule. Notre entrevue mettra donc de côté la langue de bois.

La mode d'hier à aujourd'hui, la photographe sait en parler car elle la connaît bien, l'ayant côtoyée au plus près aussi bien dans ses aspects les plus somptueux que les plus intimes. Depuis 30 ans, elle parcourt défilés, coulisses et ateliers comme l'on partirait en expédition dans un pays exotique, l'oeil toujours neuf mais averti de celle qui sait ce qu'elle cherche. Ce voyage, débuté presque par hasard, ne s'arrêtera plus. "À l'époque – c'était en 1983 – j'ai rencontré Issey Miyake lors de mon voyage au Japon, où j'ai réalisé un portrait de lui. A mon retour à Paris, il m'a invité à assister à son défilé. Libération a alors publié un de mes clichés et tout s'est enclenché."

Les années Libé

C'est avec le renouveau de Libération que Françoise Huguier commence à photographier la mode. Le journal, doté alors d'un service photo dirigé par Christian Caujolle, décide de traiter la mode sous l'impulsion de ceux que la photographe appelle les "Trois Mousquetaires" : Gérard Lefort, Michel Cressole et Maud Molyneux. "La mode n'était pas bien vue par le reste de la rédaction ; traiter la Haute Couture n'était pas perçue comme politiquement correct. Un jour, Maud a suggéré de faire quelque chose sur un jeune créateur qui travaillait chez Patou. C'était Christian Lacroix. J'ai commencé à le suivre, ç'a été une histoire extraordinaire qui a duré 25 ans."

De cet âge d'or, Françoise Huguier a tout vu et tout connu : la mode spectacle et ses défilés grandioses au Zénith, à la Porte Dorée, au Cirque d'Hiver, au Musée d'Art Moderne... Jean Paul Gaultier et "sa joie de vivre, son intelligence, son sens de la découverte, ses créations absolument formidables"... Le nouveau souffle venu d'Issey Miyake, Comme Des Garçons ou Yohji Yamamoto, des créateurs japonais qu'elle connaît bien ; les domaines de création qui se télescopent, la musique et l'architecture qui s'invitent sur les podiums ; le travail de Jack Lang pour mettre en lumière toute cette création qui sortait entre autre du studio Berçot... Une effervescence qui n'a pas connu d'égal, une prise de risque créative qui ouvrait la mode sur son avenir.

La mode de travers

"Quand j'ai commencé, je ne connaissais rien. J'arrivais avec un oeil complètement neuf. Ce n'était pas les mannequins qui m'intéressait, c'était véritablement l'objet mode. La lumière, un petit bout de tissu, le détail de l'artisanat... Moi je coupe les têtes. Ça pousse à regarder la mode, pas ce qu'il y a autour." C'est bien la singularité de la photographe : remettre la mode au centre en évacuant le reste, effacer le mannequin et placer le vêtement au premier plan. "Christian Caujolle disait que je faisais comme Perec, un échantillonnage de ce que je vois."

Par-là Françoise Huguier invente aussi sa propre façon de retranscrire la mode, notamment par un cadrage en biais, audacieux et nouveau qu'elle sera la première à utiliser et qui deviendra sa patte : "Mon idée : ne pas voir les spectateurs". Sarah Moon lui dira qu'elle est unique dans sa façon d'immortaliser les podiums et Helmut Newton ne tarira pas d'éloges sur la finesse de son travail "qui donne l'impression d'être fait en studio".

Au fil de sa carrière, elle a vu le métier et la place du photographe – aussi bien dans l'espace que dans les esprits – évoluer. Du début des années 80, où "il n'y avait presque aucun photographe autour du podium à part le mec de l'AFP et moi" jusqu'à l'arrivée de la vidéo qui a repoussé tous les photographes au fond de la salle, Françoise Huguier est restée d'une certaine façon fidèle à elle-même. "Je n'ai jamais voulu être assise, contrairement à d'autres comme Issermann ou Lindbergh. Quand la vidéo est arrivée, pas question d'aller au fond. J'étais à la sortie du podium, c'était une vraie bagarre !" Et la bagarre, ça la connaît !

Avènement des super tops et guerre contre " les cravates "

De son expérience dans la jungle de l'élégance, la photographe note un tournant majeur avec l'arrivée des super tops, des Carla, Karen, Katoucha... Des filles au physique différent, qui avaient le sens du défilé, une vraie personnalité et de l'humeur : "L'avènement des super tops, c'était formidable. J'ai vu les débuts de Kate Moss, c'est un phénomène. Ces filles-là avaient tout, le charme, l'élégance, la façon parfaite d'enlever une veste..." Cette ébullition marque pourtant le premier pas de la mode dans la "peopolisation" à outrance. Une voie déjà amorcée par Mugler et Gaultier (qui invitaient sur le podium des stars comme Diana Ross, Cyd Charisse, Tina Turner ou encore Björk alors peu connue) mais qui s'accélère avec le succès mondial des tops superstar. Les esprits changent, l'argent s'en mêle et le métier de photographe s'en trouve transformé : " Au début nous n'étions pas nombreux, tout le monde était répertorié. Les gens des maisons de couture savaient qui était qui et qui faisait quoi. J'ai vu l'arrivée des photographes qui n'étaient là que pour les people. Les photographes ont changé, on ne sait plus qui est qui. C'est une guerre terrible qui s'est amplifiée. Aujourd'hui on est tous considérés comme des paparazzis, on est tous détestés."

Une guerre donc, cristallisée dans cette ruche que sont les backstages. Françoise Huguier est intarissable sur les anecdotes de coulisses, les confrontations avec les équipes de sécurité (les cerbères qu'elle appelle les cravates rouges et les cravates noires), l'incompréhension progressive face à des portes qui commencent à se fermer devant les photographes... "D'un coup, on ne pouvait plus entrer ou bien on patientait des heures pour avoir 10 min derrière un cordon, alors que les mannequins n'étaient même pas là. Un jour, on m'a refusé l'entrée en cabine en me disant avec mépris : "vous les photographes, vous ne cherchez qu'à photographier les filles à poil". Ils perdent tous la tête ! Ils veulent tout contrôler, ils ne cherchent pas un oeil. Mais en faisant ça c'est leur mémoire qu'ils perdent."

Concernant cette mémoire de la mode, Françoise Huguier n'y va pas par quatre chemins et tape du poing sur la table. Elle cite en exemple ce jour où William Klein, Martin Parr et elle-même se sont fait refouler à la porte d'un grand défilé "parce que la fille ne savait pas qui on était ". Même histoire avec une autre grande maison, où William Klein restera sur le seuil : "Ils ont le meilleur photographe devant eux et ils ne savent même pas qui il est ?!"

"Ce que je fais, c'est du reportage"

A côté de ses reportages au coeur de la mode, plébiscités par Libération, Marie Claire, Paris Match, le New York Times et bien d'autres, la photographe poursuit son travail personnel lors de ses voyages. Des travaux qui revêtent un caractère social et presque anthropologique et qu'elle réalise tout en jonglant avec les séries mode commandées par des magazines comme Vogue, Cosmopolitan ou DS. Encore une fois, c'est l'âge d'or de cette presse alors aux mains des directeurs artistiques, qui cherchent l'inattendu et à bousculer les règles. " Nous faisions des séries comme l'on ferait un reportage, en racontant une histoire. J'ai le souvenir d'une série pour laquelle nous sommes partis à Calcutta pendant 10 jours. Maintenant ce n'est plus possible. Avec les séries d'aujourd'hui, on est presque revenu aux photos de catalogues des années 70 ! Il n'y a plus aucune prise de risque. "

Derrière les coups de gueule, une chose se dessine : chez Françoise Huguier, il y a une fidélité à toute épreuve à sa vision des choses et un rapport au voyage qui imprègne indéniablement sa façon de travailler. "Le monde de la mode, c'est comme si j'allais dans un autre pays. Partir en Sibérie ou sur les podiums, pour moi c'est aussi rocambolesque !" Ce regard n'est évidemment pas étranger à sa façon de photographier les femmes. Qu'elles défilent sur le catwalk ou qu'elles prennent la pose dans leur village africain, au fin fond du détroit de Behring ou dans un appartement communautaire de Saint-Pétersbourg, les femmes d'Huguier respirent la sensualité : "C'est le point commun à tout mon travail, j'ai un regard très sensuel sur les corps. Le tissu est aussi une matière sensuelle. Les deux univers, mode et voyage, ne sont pas imperméables pour moi."

 

Des années mode qu'elle évoque, pas de trace de nostalgie, la photographe est vive mais surtout pas aigrie. "J'ai beaucoup de chance d'avoir vécu cette époque-là, c'est un vrai plaisir et un véritable amusement. Peut-être que cette évolution m'empêche un peu de travailler mais ça me fait toujours rigoler. J'ai eu la chance de travailler avec une énorme liberté et avec des gens qui aimaient bien déranger les choses. C'est le plus important, et je pense que ça se voit dans mes photos."

Yann Guillou


*Du 25 au 27 janvier 2013, Françoise Huguier animera "Huis clos", un atelier photo aux faux airs d'expérience sociale.

"Imaginons un huis clos chez les abeilles. Normalement elles butinent de fleur en fleur et ramènent du pollen pour nourrir la ruche. Si on les enferme, elles s'affolent. La ruche va se désorganiser. En provoquant un huis clos, leurs habitudes sont contrariées, la reine va sans doute mourir et ... que vont faire les abeilles pour la sauver ?
Faisons cette expérience avec des photographes. Plus précisément, pour ce Workshop, enfermons-les dans la Galerie VU'. Qu'adviendra-t-il ? Se feront-ils la guerre ou bien, développeront-ils une créativité hors norme ? Je propose que l'on fasse l'expérience ..."

"Huis clos", les 25, 26 et 27 janvier 2013 à la Galerie VU'
58 rue Saint Lazare, 75009 PARIS
Informations et inscriptions au 01 53 01 85 84 et sur le site de l'Agence VU'

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