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DOUBLE DAMES

Créé en 2010 dans sa nouvelle version, Double impose le respect par un format inédit, très horizontal, l'originalité et l'humour dans sa façon de traiter la mode, l'intelligence de ses sujets. Un magazine riche, carrément luxueux. L'idée de ce numéro 24 : 'I'm your man' : mettre la mode en volume un peu différemment, passer par le vestiaire masculin pour habiller les femmes avec des vêtements d'homme. "Ça a été fait cent fois. Ici, c'était plus dans un esprit : stylisme branché, non pas pour refaire l'évolution des genres, juste pour l'énoncer. Une adaptation plus récente et plus souple, avec assortiment compris de caractères de femmes empruntant attitudes ou juste vêtements aux hommes" explique Fabrice Paineau dans son édito.

Rencontre avec Fabrice Paineau, directeur de la rédaction.

Un homme en couverture du Double, c'est une première ?

Au Double, on a l'habitude de faire des portfolios et cela faisait longtemps que j'avais envie de collaborer avec Walter Pfeiffer. C'est un photographe génial et drôle qui a inventé pas mal de choses dans cette idée de photographie réaliste. Si aujourd'hui il y a Juergen Teller et Wolfgang Tillmans, c'est un peu parce qu'il y a eu du Walter Pfeiffer auparavant. Toute une génération de photographes se revendique de Pfeiffer qui, lui, n'a jamais vraiment bougé, il est toujours à Zurich. Walter Pfeiffer a photographié les femmes, mais sur l'iconographie gay, il en connaît un rayon. D'un seul coup nous avons eu l'opportunité de voyager à Mykonos avec lui, alors, si n'avions pas poussé le bouchon un peu plus loin, on l'aurait regretté. J'aurais pu lui demander de photographier des femmes, mais je trouve plus que c'est un photographe d'hommes - un photographe de la jeunesse.

Qu'est-ce qui te plaît dans les photos de Walter Pfeiffer ?

J'aime ses photos, c'est super bien cadré. C'est, en même temps, mal fait et génialement fait. C'est du snapshot. Pendant des années, il a eu tellement peu d'argent, qu'il savait être économe avec les films. Une photo pour lui, c'était précieux, et maintenant qu'il travaille en numérique il a encore ce réflexe de dire qu'une photo c'est précieux.

L'évolution, le rôle de Double depuis que tu l'as repris ?

Le format est déjà très particulier, au début ça n'a pas été facile de travailler avec, maintenant, les photographes trouvent assez plaisant de privilégier l'horizontal. Le rôle de Double, c'est de légèrement devancer les choses, mais surtout pas avec le manque de générosité que l'on retrouve dans beaucoup de magazines de mode semestriels français. Le coté "c'est branché, mais tu ne fais pas partie du club !", je n'aime pas ça. Il y a une orientation des textes qui fait que je ne m'adresse pas à un seul milieu, même si j'adore parler du milieu. Ça n'est pas non plus une autopromotion sur moi. En général, les gens sont surpris quand je dis que c'est moi qui fais le Double.

Tu as lancé des gens grâce au Double ?

Oui et non, on a plutôt révélé une petite génération de photographes Romain Bernardie-James, Philippe Jarrigeon, et c'est ça qui est important.

J'aime beaucoup le stylisme de Camille Bidault Waddington.

Le stylisme de Camille est génial car ce ne sont que des vêtements d'homme très étranges et féminins, des choses qu'on ne choisit pas souvent dans les showrooms de mode masculine. Son inspiration : une série dans un ancien magazine anglais sur la mode sécessionniste où les filles portaient des vêtements d'homme. Camille n'est pas seulement styliste, son univers va au-delà du vêtement. Elle est artiste, elle est conceptuelle. Elle imagine les décors, jusqu'à l'attitude. Son stylisme raconte quelque chose d'aujourd'hui en même temps, il est super personnel. Elle parle d'elle-même avec des références raffinées qu'elle twiste de façon sophistiquée. Elle avait envie de travailler avec Andrea Spotorno, le photographe qui réalise tous les look books si particuliers de Céline.

La série de Tyrone Lebon présente une mise en page surprenante.

Tyrone Lebon est un nouveau en pleine ascension. Il vit à Londres, pas loin de Brixton je crois. Avec lui, on retrouve une Angleterre un peu plus hard, plus rasta. Ses mannequins viennent d'un casting sauvage, évoquent un peu Neneh Cherry. Tyrone réalise lui-même sa mise en page et puisqu' elle est bonne, on la respecte.

Avec l'actrice culte Edith Scob, vous combinez portrait et sujet de mode ?

Edith Scob est une actrice fantastique, assez peu connue. C'est elle qui conduit la limousine dans Holy Motors. Elle a joué en 1960, le rôle titre des " yeux sans visage " de Franju. Nous avons fait confiance à une jeune photographe de Berlin super douée, Heji Shin pour cette série. Des photos non retouchées ! - C'est mon sujet, Azoury !

(dnlr : Comme Fabrice Paineau pour la mode, Philippe Azoury, c'est une parole poétique sur le cinéma. Longtemps à Libération, désormais au Nouvel Observateur, c'est un plaisir de retrouver sa plume légère dans Double : "le visage d'Edith, dit il, après deux Franju, en 60 et 61, ressemble un peu au dernier témoignage filmé, d'un idéal que la modernité s'est employée à saccager" . Il dit encore en parlant de son rôle de chauffeur de limousine dans ' Holy Motors': "ce visage d'apparition, Carax l'a filmé comme un fantôme portant en lui, toute la mémoire du cinéma ; une Belphégor roulant à contre vent des thèmes archi-capitalistes."

Il y a cette étonnante série en noir et blanc avec deux femmes androgynes aux coupes post Vidal Sassoon

J'aime cette série d'Andreas Larsson avec le stylisme de Charlotte Collet. C'est un stylisme uniquement Chanel, où l'on a l'impression que Chanel est super cool.

Es-tu un directeur de la rédaction très directif ?

Déjà, je confie les séries de mode uniquement à ceux dont l'univers me plaît. Je n'essaie surtout pas de leur commander autre chose que leur univers. Si le rédacteur en chef est dans une sorte de commande, je trouve cela vaniteux de sa part d'imaginer qu'il va faire un exploit photographique en demandant au photographe d'amener autre chose que son propre style. Genre : "je suis directeur de la création et j'imagine quelque chose pour vous".

Comment envisages-tu le traitement de la partie magazine du journal ?

Avec de l'inventivité et un soin tout particulier. Et pas seulement : "ok il y a la mode, et après c'est du remplissage". Sincèrement je trouve qu'il y a une poésie dans le choix même des sujets dont nous parlons, Edith Scob, par exemple, ce n'est pas l'actrice la plus connue au monde, ça n'est pas Nicole Kidman : c'est une fille redécouverte par Leos Carax. Son visage raconte son expérience. Je respecte cela. J'adore la jeunesse mais je n'aime pas qu'on oublie les gens qui ont de l'expérience. Le coté "C'est le renouveau, c'est cool ! Dégageons les autres" ne me fascine pas. J'aime le mélange des générations.

Les photos du Double ?

Dans Double il y a une volonté d'ouverture, un coté frais, une certaine photographie de plus en plus jeune. Bien sûr il y a Juergen Teller, il y a Jeff Burton, Walter Pfeiffer. Mais il y a aussi des essais transformés avec, par exemple, Roe Ethridge photographe d'art avec qui nous avons fait une série de mode avec Marie Chaix, une styliste très douée. Elle se lance des défis, respecte le photographe et sait où l'emmener. Ce n'est pas nous qui avons découvert Roe Ethridge, mais sa première belle série de mode était dans Double. C'est ce que je pense...

L'esprit qui se dégage de Double

Il s'agit justement d'une chose que je vois déperir puis revenir dans la mode : l'humour, un peu d'esprit ! Nous avons joué avec l'absurde, avec l'homonymie par exemple ; nous reprenions des textes de Wikipédia en les recopiant intégralement. Le coté "pomme C pomme V". Plus personne n'écrit vraiment. L'information est complètement compressée, et je trouvais ça assez drôle que la presse papier jalouse ce genre d'écriture. La distorsion de tous les médias m'intéresse vraiment, de manière un peu poétique peut-être. Ça m'amuse de regarder les blogs et de voir des gens prendre une photo de Newton et la mélanger avec n'importe quoi. Nous, pour des problèmes de droits, nous n'aurions pas la possibilité de faire de tels mélanges.

Quel genre d'écriture aimes-tu ?

Ce que j'aimerais, je ne l'ai pas fait encore, car je ne suis pas le Perec de ça, c'est de tordre le cou à la façon dont on écrit dans les magazines, d'utiliser la langue ou le langage propre des forums sur internet, un langage plus vif voire déréglé. J'adore les plumes, j'aime quand le regard est personnifié. Le journaliste a toujours l'impression qu'il vaut mieux dire "on" que "je". Fuck l'objectivité ! Je ne me suis jamais considéré comme journaliste j'écris avec des points de vue et même s'ils sont faux !

Propos recueillis par Paquita Paquin

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