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Amira Casar : ''Quand on dit moteur, on peut tout me faire, tout doit etre jouable''

À l'occasion de la sortie du film "Playoff" d'Eran Riklis, le 4 Juillet, j'ai retrouvé Amira Casar pour un petit-déjeuner chez Claus -14 rue Jean-Jacques Rousseau - un endroit qu'elle connaît bien.

L'actrice mène l'exercice de l'interview avec humour et autorité, comme un combat afin que l'image renvoyée corresponde au plus serré à sa personnalité flamboyante et nuancée. Elle veille à ne pas laisser figer son image avec des stéréotypes qui ne la concernent qu'à moitié. Au théâtre, au cinéma à la radio, pour trouver la justesse de l'interprétation, elle aime travailler en amont pour mieux s'abandonner ensuite à la volonté du metteur en scène.

Ton actualité pour la seconde moitié de 2012...

La sortie de "Playoff" d'Eran Riklis, le 4 Juillet, où j'incarne une immigrée turque à Francfort. Ensuite sortira "Michael Kolhass" réalisé par Arnaud des Pallières, une adaptation de la nouvelle d'Heinrich von Kleist, avec Mads Mikkelsen et Bruno Ganz. Un film de guerre, pendant la Renaissance où je joue le rôle d'une abbesse extrêmement catholique en pleine montée Luthérienne dans les états allemands. J'étais très contente que ce cinéaste fasse appel à moi ! Puis, le projet du Canadien Guy Maddin : des re-créations de films muets illustres et disparus qu'il a regroupés sous le nom de "Spritisme". C'est un cinéaste cultivé qui porte en lui la mémoire du cinéma muet. Il vient de l'école d'art de Philadelphie comme David Lynch et les frères Quay, avec lesquels j'avais tourné "L'accordeur des tremblements de terre".

À quoi emploies-tu les breaks entre deux films ?

Un acteur est un corps poreux et cette porosité m'est nécessaire. J'essaye de me cultiver, je lis beaucoup, je prends des cours d'histoire de l'art, je m'attaque à des nouvelles disciplines. C'est important pour ne pas se répéter. Cet hiver, j'ai été invitée à Londres au Barbican Center, le plus grand centre culturel anglais où sont passés Pina Bausch et Bob Wilson, pour chanter Jeanne au Bûcher d'Honegger sur le texte de Claudel, avec l'orchestre symphonique de Londres. Deux heures et demie sur scène, il faut les tenir.

Tu chantes aussi ?

J'entretiens le chant, déjà pour la respiration. Je viens également de faire une dramatique pour France Culture. C'est un honneur quand cette illustre maison fait appel à toi. C'est le travail de direction d'acteur qui était retransmis en direct. J'ai également fait des voix-off pour un documentaire sur Bergman et Rossellini. Le cinéma, la radio, les voix-off, j'aime faire tout cela, un acteur se doit d'être protéiforme, comme Dussollier. J'ai un appétit énorme et pourrais travailler tout le temps, mais nous sommes dans une époque difficile qui n'aime pas l'art et cède à la barbarie. Les choses intéressantes parfois ne se font pas, et c'est très douloureux pour nous.

Ce choix de servir un cinéma d'auteur est-il suscité par ta personnalité, ton physique?

Je voudrais juste faire un cinéma qualitatif, mais je ne suis surtout pas engagée dans une voie unique, je me balade beaucoup. J'ai l'impression qu'on me propose des rôles très différents.

Mais tu refuses la médiocrité !

Il faut choisir, bien sûr ! J'ai fait du cinéma mainstream de qualité avec Anne Fontaine, j'ai joué Dora Maar dans "La femme qui pleure au chapeau rouge". Je n'ai pas l'impression d'être qu'une égérie du cinéma d'auteur ou une actrice "à col roulé" comme on l'a dit par le passé. Je préfère déployer mes ailes là où il y a une aventure. Le cinéma est une invitation au voyage ; quand ce voyage à l'air excitant, je fonce. Si désormais, on sait que je peux faire le corps tragique, j'aimerais bien faire aussi le corps burlesque pour lequel il faut du rythme, de l'endurance, de la puissance.

Ce qui t'a plu dans le rôle d'immigrée turque de "Playoff" ?

J'aime cette fille déclassée, écartée de tous, vivant dans la nostalgie avec un enfant qu'elle n'arrive pas à contrôler. Elle pourrait disparaître demain sans que personne ne le sache. Et puis la contradiction entre le social et l'intime est toujours intéressante à jouer. Il y a quelque chose d'un peu néoréaliste de la façon dont cette femme est regardée. J'aime jouer ces personnages qui ne se sentent pas dignes d'être aimés et j'ai eu pas mal de rôles comme ça. Dans le film de Breillat "Anatomie de l'enfer", le personnage que j'interprète ne se sent pas digne de vivre. Dans "Nuit de chien"de Werner Schroeter, elle n'a plus qu'une nuit à vivre, Petra Von Kant, Jeanne au Bûcher "Mon dieu pourquoi m'as-tu abandonnée !", c'est ça aussi.

Tes partenaires influencent-ils ton jeu d'actrice ?

Avec Thierry Frémont, le Picasso de Dora Maar, nous avons la même façon de travailler. Sept semaines avant le tournage, je lui ai dit : "j'ai besoin de te voir. Pour jouer une relation de cette puissance il faut qu'on se connaisse plus, on ne pourra arriver a une telle intensité, si elle est feinte." Il a été tout à fait d'accord et cette préparation en amont à permis, au moment du tournage, qu'on s'abandonne, et qu'on ne calcule plus. C'est plus un processus physique qu'intellectuel, cela crée du confort sur un plateau. Dany Huston, le fils de John Huston, mon partenaire dans "Playoff" est lui-même cinéaste et scénariste avec énormément d'humour sur lui-même. De mère indienne il a pas mal été trimbalé, il a grandi un peu en Irlande - nous avions ça en commun. Nous étions à la fois complices et respectueux l'un de l'autre.

Tu parles souvent de l'humilité de l'acteur

Le cinéma c'est avant tout le médium du cinéaste pas celui de l'acteur, souvent tu es coupée, manipulée recadrée, fragmentée le corps, dans le cadre, pas ta tête, la voix est là, mais pas le visage, alors qu'au théâtre, ton corps est entier devant le public. Je pense que tout le monde est capable de faire du cinéma, mais tout le monde ne peut pas exister sur une scène. Au cinéma, Ce qui m'intéresse, c'est de savoir comment un Wes Anderson, un Lars Von Trier travaillerait avec moi. Ce n'est pas moi qui compte, je suis un électron invité dans leur royaume.

Humilité et tapis rouge c'est antinomique ?

Je me souviens toujours de ce que mes profs de théâtre, Blanche Salant et Madeleine Marion, l'immense star d'Antoine Vitez me disaient : "Ce qui compte dans les interviews ou pour les montées des marches, c'est d'être soi-même, d'être à tout moment le plus authentique possible".

Tu parles beaucoup de langues étrangères et tu utilises pleinement cet avantage dans ton métier d'actrice

Par exemple, je savais par les écrits de Brassaï, que depuis longtemps Picasso n'avait pas eu d'histoire espagnole. Dora Maar est une française élevée en Argentine. Ils avaient la langue espagnole en commun. J'ai imaginé que dans l'amour et l'intimité, les mots d'une langue étrangère viennent marquer la complicité, j'ai ajouté des 'Carino' et des 'Hijo de puta'.

Dans "Playoff" , tu joues avec l'accent turc en allemand et en anglais.

Mon prof de chant m'a toujours dit qu'il suffisait de travailler ce muscle. Cet accent turc, je l'ai répété pendant trois mois. Moi qui ne suis pas d'une provenance sûre, qui suis faite du fantasme de plusieurs cultures avec deux langues maternelles, l'anglais et le français, j'ai toujours eu cette notion de la plasticité des langues.

Y a-t-il de par le monde un réalisateur avec qui tu aimerais travailler ?

Lars Von Trier, Il m'avait repérée dans "Anatomie de l'enfer" de Catherine Breillat. Quand on fait des films de cette trempe, cela scinde les gens. C'est après l'avoir vu, que des cinéastes comme les frères Quay ou Werner Schroeter sont venus à moi. Ce genre de films crée une sélection naturelle. Il me semble que Lars Von Trier a besoin d'acteurs qui vont le suivre et pas l'emmerder. Il a dit à mon agent : "Cette fille est pour moi ". J'ai passé des essais très poussés, par Skype, pour interpréter " Antichrist " et puis c'est Charlotte Gainsbourg qui a été choisie et a très bien joué le rôle. J'aime sa façon de mélanger la femme fragile et la femme mise en danger. C'est quelque chose que je ressens. Jouer peut être est une atteinte à la vie. J'espère qu'il tiendra sa promesse...

Ça ne t'a pas empêché de jouer dans "La Vérité si je mens" ?

J'aime bien le cinéma mainstream. C'est le film que j'ai fait qui a été le plus vu dans le monde. Difficile à surpasser, ces 13 ou 14 millions de spectateurs.

T'inscris-tu dans une tradition d'actrices françaises?

Celle dont je me sens le plus proche, c'est Arletty, une femme élégante, bien habillée, cinglante. Une répartie de choc. J'aime aussi énormément Monica Vitti dans le "Drame de là jalousie" où elle ose le ridicule, moi je n'ai pas peur du ridicule.

Mais tu es aussi une actrice à part ?

Jacques Fieschi, un très bon scénariste m'a dit un jour : "Cultives ta différence, deviens ce que tu es, on viendra te chercher pour ce que tu es." Je pense que Luchini est l'exemple de ça. Il n'y avait pas plus à part ! Je l'adore comme acteur. Il ne s'est jamais laissé banaliser, il est cultivé, possède son débit a lui. Une autre actrice à part que j'adore : Fanny Ardant. J'adore les créatures, les gueules : Gabin, Mitchum, Mastroianni. Aujourd'hui, j'aime Christa Théret qui jouait dans "LOL" c'est une gueule, un Vermeer moderne, une fille qui a du chien, cultivée et gentille.

Le théâtre est-il plus dangereux que le cinéma ?

Dans "Aunt, Dan & lemon", je jouais un personnage très noir, néo-nazie, blonde, la nuque rasée. C'était à l'Almeïda, à Londres, une performance très physique. Le sujet était la ré-émergence de la pensée nazie dans les années 60. Au théâtre, toutes tes journées se font en fonction de la représentation, jusqu'à la nourriture que tu ingères, c'est très athlétique et aliénant. Mais au théâtre, tu a accès à des textes riches, ce qui n'est pas toujours le cas au cinéma.

As-tu une influence sur tes costumes de théâtre et de cinéma ?

Le costume est fondamental c'est le détail muet du personnage. Un bon costumier va t'aider à devenir le personnage. Avec Gudrun Schretzmeier pour le rôle de Deniz dans "Playoff", nous discutions, faisions des essais. On pensait à des trucs tricotés main. Je voulais absolument un trou dans la chaussette, des taches d'eau de Javel, que les vêtements soient reprisés. On ne peut pas t'imposer quelque chose qui ne soit pas juste, une collaboration est toujours souhaitable.

Ce qui a décidé ta carrière de mannequin ?

Une rencontre avec Helmut Newton sur une plage où j'étais en vacances avec mes cousines franco-kurdes. Il m'a dit que je lui faisais penser à une jeune Joan Crawford. Et puis l'autorisation de mon père pour défiler pour Chanel . J'ai été mannequin à partir de l'âge de quinze ans, pendant 5 ans. J'ai arrêté de façon très abrupte quand j'ai commencé au conservatoire. J'ai fait les premières campagnes Prada. J'étais à l'agence FAM de Fabienne Martin et chez Eileen Ford à New York. Craignant le côté "maquereautage", je n'aurais pas aimé être exploitée par un homme.

Une marque qui t'aurait bouleversée ?

Je suis très touchée par l'humanité et l'immense talent d'Alber Elbaz, mais la personne a compté pour moi depuis l'école, grâce a laquelle je ne m'habillais pas comme les autres en Laura Ashley, c'est Rei Kawakubo ! En pension, je tombe sur la couverture de Times qui titrait "This is the new woman". Rien que l'évocation de l'image me donne encore la chair de poule : un choc esthétique ! La fille avait un oeil pas maquillé l'autre au beurre noir, les cheveux paille, la peau livide et blanche, elle posait en chemise blanche dans des rizières. Je me suis dit : " c'est ça que je veux être' . J'ai encore ses soutifs sado-maso en cuir de Comme des Garçons, je vais souvent à la boutique de Dover Street Market. Cette femme a fait son empire en restant à la pointe de l'avant-garde. C'est un génie.

Dernier objet ou vêtement acheté ?

J'ai trouvé un petit fauteuil chez l'antiquaire Francis Dorléans. Un fauteuil XVIIe revisité, pour enfant. Christian Bérard l'aurait fait réaliser pour l'Ecole des femmes. La tapisserie est rose shocking, turquoise, noir et blanc. Je l'ai vu en passant devant la devanture et j'ai flashé. Sans doute aussi pour Bérard pour son implication au théâtre.

Propos recueillis par Paquita Paquin

Photos Melody Kandyoti.


" Play off " d'Eran Riklis sera à l'affiche le 4 Juillet

Et second semestre 2012 paraîtront -" Michael Kolhass "d'Arnaud des Paillières

" Spiritisme " de Guy Maddin

Le site d'Amira Casar : www.amiracasar.com

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