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Festival de Monte-Carlo 2012 : Claude Lelouch, l'enfant terrible (Interview)

Il nous sourit, l'air serein, le regard pausé, les mains encrées sur son fauteuil. Il est tellement naturel qu'on oublierait presque que nous avons en face de nous l'un des plus grands réalisateurs du cinéma français. Claude Lelouch n'a pas sa langue dans sa poche. Et c'est tant mieux, car ce n'est pas ce qu'on lui demande. Actuellement au Festival de Monte-Carlo, le géant du 7ème art fait partie des membres du jury. Avec un oeil rieur il nous dit "Bienvenu à bord". Et il n'a pas tord, chaque minute avec lui est un véritable voyage. Rencontre.

Vous êtes un véritable boulimique de travail, quel est votre moteur ?

La curiosité. J'aime la vie. A tel point que je me lève tôt et que je me couche tard, pour ne pas rater le début et la fin du film. J'aime la vie avec toutes ses contradictions et justement, pour moi le cinéma la reflète, mais en mieux. C'est pour ça que j'ai besoin de m'en nourrir, comme pour assister au spectacle.

Vous êtes très secret sur votre prochain projet, est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?

C'est un projet sur mes quatre emmerdements préférés : l'amour, l'amitié, la famille et le travail. J'ai consacré ma vie à ces quatre choses, donc ça mérite bien que j'y consacre un film.

En tant que géant du cinéma, vous venez aujourd'hui pour juger des séries télévisées, quel rapport avez-vous avec ce milieu ?

La télévision a joué un rôle important dans ma vie puisque je suis né devant un poste de télé en 1937. Mon père a acheté le 7ème poste de télévision, donc je suis le premier enfant a avoir grandi avec ça. Ce que j'aime dans ce domaine, c'est le direct. C'est justement ça la grande différence entre le cinéma et la télévision. Tout ce qui touche le direct me fascine, que ce soit en politique ou un simple évènement. En revanche, la fiction m'interresse moins que le cinéma parce qu'il faut avouer que c'est la catégorie en dessous. Les feuilletons m'emm*rdent, je déteste les personnages récurrents et les saisons 1, 2 et 3... j'en parle même pas ! Je n'aime pas ça car c'est comme fabriquer des machines à la chaîne, ressortir la même voiture sous prétexte que les rétroviseurs sont différents.

Mais il y a t-il une série qui s'est démarquée et que vous avez aimé ?

J'ai adoré "Columbo" parce que on sait tout dès le début. C'était le véritable intérêt, du coup on pouvait regarder un épisode à n'importe quel moment sans être obligé de tout suivre. C'est la série tv la plus rigolote et la plus intéressante que j'ai vu. Le reste, c'est du cinéma en moins bien.

En parlant de votre amour pour le direct, vous avez récemment dit que vous aimeriez avoir des caméras dans vos lunettes, pour mieux capter l'instant présent...

Oui cette nouvelle technologie me passionne, je trouve ça fabuleux. Ça me plairait de faire de la télévision avec ça, pour pouvoir capter la vérité. Regardez par exemple, là il y a des micros. Donc je parle pour avoir l'air sympathique, intelligent, sans dire trop de bêtises. Alors que si on discutait autour d'une table, en train de boire une bouteille, il est probable que je vous dirais des choses que je n'ose pas vous dire maintenant. C'est de cette manière que vous en sauriez plus sur ma personnalité. Le micro et la caméra sont l'ennemie de la vérité. Même moi quand je tourne des films, je cache le plus possible les caméras car dès que l'acteur voit tous ces outils, il n'est plus le même. Aujourd'hui, tout le monde cherche la vérité, que ce soit dans des histoires d'amour, en politique, en amitié... Ça ne nous ferait pas de mal dans ce monde de trucages.

Vous avez des projets pour la télé ?

Si demain matin je pouvais faire le tour du monde avec ces fameuses lunettes et filmer les gens sans qu'ils le sachent, ce serait super. Aller dans l'intimité des gens, faire l'amour avec une femme et que l'on voit juste son visage à ce moment là, sans qu'elle ait à tricher.

Quels acteurs n'avez-vous jamais fais tourner à votre plus grand regret ?

Jean Gabin, Louis de Funès, Alain Delon et Gérard Depardieu.

Et concernant les jeunes talents, aimez-vous les aider ?

Justement, je prépare une école de cinéma que je pense ouvrir l'année prochaine. Elle sera ouverte à tout le monde. Il y aura les meilleurs professeurs du monde, de grands metteurs en scène... Le public pourra assister à tous les cours qui seront à chaque fois télévisé. Et en apprenant à filmer aux gens, ça leur apprendra à mieux voir les films. C'est grâce à cela que bientôt on pourra faire des films de meilleur qualité. Mais bon, le cinéma débute, c'est un bébé, il n'a que 110 ans. Regardez dans la littérature, rien n'avait été écrit au bout de 110 ans.

Et la musique, elle est très importante dans vos films. Comment vous la choisissez ?

Je la choisis comme on choisit des acteurs. C'est même un acteur principal. Je l'enregistre d'ailleurs avant les films, comme on engage un acteur. Je n'aime pas mettre de la musique après, dans le but de "sauver" le film. C'est ce qui parle le mieux à notre part d'irrationel, à notre coeur. Je préfère toucher le coeur des gens plutôt que leur matière grise.

Quel est le défaut que vous ne supportez pas ?

Les trouillards. J'aime le courage, les gens courageux. On a tous peur, mais certaines personnes ont peur de leurs peurs.

Votre plus belle preuve d'amour à une femme ?

D'avoir fait des enfants. 7 fois. Et en même temps c'est souvent à cause de ces enfants qu'on s'est quitté. Les enfants sont des tue l'amour, moi j'ai été cocu par tous mes gosses ! Une fois qu'ils étaient nés, l'attention était sur eux et pas sur moi (rires). On perd 50% de l'affaire ! L'amour c'est de tout partager à 100%. Mes femmes ont été jalouses du cinéma et moi quelque part j'ai été jaloux de mes enfants.

Alors, sans les enfants, l'amour dure toujours ?

Non, rien ne peut durer toujours. Tout est éphémère, on est dans le monde de l'éphémère, la seule chose qui compte c'est l'extase du présent. Si on ne sait pas déguster le présent, ça ne sert à rien de vivre. Quand on est jeune on fait les choses pour la première fois et à mon âge pour la dernière fois. Dans la vie on est heureux au départ et heureux à la fin. C'est au milieu qu'on s'emm*rde. Donc autant tout déguster. Regardez, ça fait 20 minutes qu'on discute, on a passé un bon moment, on a rigolé, on a dit des bêtises... C'est ça l'extase du présent !

Propos recueillis par Aurélia Baranes

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