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Cannes 2013 : ''Opium'', l'interview d'Arielle Dombasle

Arielle Dombasle réalisait à 22 ans son premier film : "Chassé-croisé" à propos duquel on écrira que la jeune cinéaste était une enfant de Jean Cocteau. Suivront, "les Pyramides bleues", "La traversée du désir". Avec "Opium", présenté aujourd'hui au 66e Festival de Cannes, elle conjugue ses deux passions, le cinéma et la musique.

Il faut avoir une vraie proximité avec ces poèmes de Cocteau pour avoir l'idée de les mettre en musique et de les chanter. Qu'est-ce que tu aimes dans ces poèmes ?

J'aime l'invention de langage et que ce ne soit jamais de la poésie poétique. C'est complètement d'une époque où l'on commence à inverser les mots, à les scinder en deux, à leur prêter plusieurs sens et cela et de façon très instinctive, c'est très lacanien. Ce moment est tellement lié, à cette rupture musicale et à cette rupture de tous les arts qui à l'époque sont complètement upside down. C'est juste avant le nouveau roman mais il y avait déjà cette rupture dans l'écriture avec les surréalistes...

Pourquoi t'es-tu dit qu'il fallait faire de ces chansons un film ?

Parce les textes sont tellement imagés. Moi même, je connais bien Villefranche, l'hôtel Welcome et la Villa Santo Sospir où j'étais allée à cause de ma fascination pour Cocteau. Du coup je me suis dit : tout cela doit passer par les yeux. Car la poésie de Cocteau passe par les yeux. On écoute par les yeux et on voit avec les oreilles.

Tu te sentais à l'aise avec l'idée de passer du rêve à la réalité, j'ai pensé aux scènes d'extases des "Pyramides bleues". Tu aimes basculer vers l'irréalité ?

C'est vrai, je trouve, dans la vie, on passe un temps immense à la rêverie, à rêver sa vie, à rêver les choses. On y pense, on se projette, on les désire et cette partie-là de la vie est, à mon avis, la plus importante. C'est là que réside l'inspiration. C'est donc vers cela qu'il faut aller. C'est comme cela que les association d'idées se présentent, non plus dans la raison mais dans l'irrationnel, le merveilleux. C'est le principe même du surréalisme et j'ai toujours aimé ça. Peut-être a cause du Mexique, ma première patrie, un pays étonnement surréaliste.

Cela ne te posait pas un problème de réalisation de passer en image de la réalité au rêve ?

Non, je crois qu'il faut essayer de trouver les images justes et peu importe par quel moyen on y arrive. Est-ce qu'il faut un mouvement ou pas de mouvement, est-ce qu'il faut une caméra avec tel objectif ou tel autre ? Il fallait beaucoup de subtilité, car Cocteau c'est vraiment l'écrivain du mystère, de l'invisible, du perpétuel renouvellement. Un funambule qui aime être en déséquilibre et ne pas savoir très bien où il va. Tout cela, c'est Cocteau, donc on s'est remis dans cet état là. Et aussi avec cet amour de l'artisanat, Cocteau admire le travail du son, il admire la lumière, les machines qui se mettent en marche toute seule. Il fallait suivre son chemin, il fallait suivre Cocteau.

Un livre de Cocteau t'intéresse : "le cinématographe"...

Ce livre "le cinématographe" a évidemment été décrié et moqué avant d'être réhabilité avec Godard et Truffaut. On y trouve un merveilleux apprentissage. Comment faire du cinéma, pourquoi en faire, qu'est-ce que c'est qu'une image. Cocteau utilise le cinéma comme un véhicule, exactement comme il le fait pour la poésie et la littérature. Ce sont pour lui différentes formes pour conduire à l'essentiel que sont pour lui : l'émotion, l'éblouissement, le tremblé de l'être.

L'histoire d'amour avec Radiguet si elle n'avait pas été doublée avec l'histoire de l'opium, ne t'aurait pas autant intéressée.

Opium est tout son parcours d'intox et de désintox -une frontière difficile à cerner- l'intoxication est une douleur la désintoxication aussi, avant d'être un soulagement comme l'intoxication a pu être au départ un soulagement. Opium est écrit après la mort de Radiguet, on y lit tout le manque et toute la douleur.

Qu'est-ce qui te plaisait ? Cette histoire mêlée d'amour et de créativité, entre Radiguet et Cocteau... peut-être même l'histoire de la rivalité entre deux écrivains ?

Dans cette histoire, on va au plus près des contradictions de la création. Cocteau a toujours mêlé sa vie, son être, à ce qu'il faisait et ça me semble merveilleux ! Il est loin des attitudes : tiens on fait des films pour gagner de l'argent, on fait des films pour envoyer des messages à la planète, tiens on fait des films pour être puissant ou pour un maximum de raisons secondaires.

Cocteau faisait des films parce qu'il ne pouvait pas faire autrement qu'utiliser ce véhicule pour dire ce qui lui semblait essentiel et ça, ça me plaît. J'adore cette finalité, qui est qu'il ne peut pas faire autrement.

Et j'aime beaucoup cet amour qui le lie complètement et intrinsèquement à l'autre : le fait qu'on crée pour l'autre, pour le séduire. Finalement on fait les choses pour éblouir très peu de monde juste pour l'intime. C'est tellement juste.

Pas de jalousie d'écrivains entre Radiguet et lui?

Pas du tout. L'un est incompris, il est le génie, il est le maître et c'est lui qui est moqué, vilipendé, réduit a sa figure de prince frivole et l'autre qui est le jeune fou, autodestructeur et destructeur tout court ; lui, avec une jeunesse incroyable et grâce à Cocteau, il a un succès immédiat. J'aimais beaucoup ce rapport au succès et à la notoriété.

Tu es à l'aise avec l'idée d'un film de copains de l'amitié mélangée à la créativité ?

J'adore ça ! Je me suis appuyée sur des gens que je savais liés affectueusement à moi et, par conséquent, prêts à s'embarquer là-dedans et suffisamment inspirés par la figure de Cocteau pour comprendre qu'on allait faire quelque chose qui avait du sens et de la beauté. Tout le monde m'a dit oui alors que nous allions un peu à l'aveugle.

On dit que tu est très convaincante D'ou tires-tu ta force de persuasion ?

Je crois que c'est la fibre des artistes vulnérables, et on se reconnaît entre nous. On déteste les étangs glacés du conformisme et sait qu'on peut demander à l'autre quelque chose qu'il va nous donner.

Propos recueillis par Paquita Paquin

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