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Rencontre avec Marie-Hélène de Taillac : "Un beau bijou, c'est avoir le luxe de passer beaucoup de temps dessus"

Quand on creuse un peu, derrière toutes les marques que l'on aime, il y a forcément une personnalité qui donne vie aux jolies choses que l'on veut porter. Il ne suffit pas de fabriquer des vêtements ou des bijoux pour les rendre désirables, faut-il encore avoir un parti pris, des convictions, et le goût des choses bien faites. En 1996, Marie-Hélène de Taillac a fait ses premiers bijoux pour celles qui, comme elle, voulaient porter une robe Jil Sander avec de belles pierres, sans pour autant prendre dix ans. Quatorze années plus tard, ses alliances de pierres colorées séduisent toujours de plus en plus d'adeptes d'une joaillerie féminine et décomplexée. Après Paris et Tokyo, la créatrice se prépare à ouvrir une boutique à New York. Rencontre avec Marie-Hélène de Taillac, qui nous parle marguerites de Lady Di , hausse du prix de l'or, et colliers de perles.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre dernière collection ? Il y a des bagues hommage à Lady Di...

A Lady Di oui, mais aussi un hommage à la joaillerie classique. J'adore la "marguerite", mais j'avais envie de faire une version plus jeune. Je l'ai travaillé dans un sens inversé, d'habitude elle est sertie de diamants, et j'ai plutôt utilisé des saphirs multicolores tout autour... C'était juste un clin d'oeil. J'ai souvent des clientes qui m'apportent leur marguerite pour récupérer la pierre de centre, et moi je trouve ça dommage de démonter complètement un bijou ancien. Alors qu'il suffit juste de garder la structure et de tester d'autres accords de pierre. Car tout est une question de mode en fin de compte. Mais de manière plus générale pour cette saison j'ai eu envie de couleurs pastel, j'ai essentiellement travaillé avec des saphirs multicolores taillés en rose, des pierres de Lune aussi. Je voulais des couleurs très pâles, très tendres.

 

Votre signature, c'est l'utilisation de l'or jaune, et de pierres colorées associées les unes aux autres. Est-ce que la hausse du cours de l'or qui se fait ressentir en ce moment vous pose problème ?

Non. C'est ma matière première, et je continuerai toujours de la travailler. En plus, je pense que cela conforte les gens dans leur achat, c'est-à-dire qu'ils voient qu'ils achètent quelque chose qui a une pérennité dans le temps. La hausse du prix de l'or ne nous a pas nuit du tout contrairement à ce que l'on pourrait penser. Les clients savent que ce qu'ils ont acheté, ils ne l'auront plus jamais au même prix, car l'or ne fait qu'augmenter et continuera d'augmenter. Les bijoux ont une valeur qui se maintient. C'est bien que l'or soit précieux et rare. Les belles choses sont chères, c'est logique.

 

Vos bijoux sont présentés dans de nouveaux écrins aussi...

Oui c'est un artisans français qui fait des choses magnifiques qui les réalise. Tout est fait à la main, il travaille avec les meilleures tanneries. Le satin utilisé est un satin duchesse qui est tissé à Lyon.

 

C'est important le savoir-faire, l'artisanat pour vous ?

Oui, très. Je travaille en Inde depuis 16 ans pas parce que c'est moins cher, mais parce que les Indiens ont un immense savoir-faire en matière de joaillerie, surtout dans la taille des pierres, qui est la base de mon travail. Après l'ouverture de ma boutique à New York d'ici deux mois, j'ai envie d'investir dans l'ouverture d'un atelier ici en France, avec mes propres artisans, pour pouvoir faire des choses qu'on ne sait malheureusement plus faire ici. Je travaille souvent avec des artisans joailliers à Paris, et ils me disent parfois qu'ils ne peuvent réaliser à la main ce que je leur demande, car ce savoir-faire n'est plus là, alors qu'on était les meilleurs. C'est important que la nouvelle génération apprenne, c'est important de faire de jolies choses. Ce qui fait un beau bijou aujourd'hui, c'est d'avoir le luxe de passer beaucoup de temps dessus, sans compter.

 

Comment voyez-vous l'évolution de votre maison ?

Mon but, ce n'est pas d'avoir 150 boutiques... J'ai Tokyo, Paris, bientôt New York. Ce que je veux avant tout c'est de perdurer tout en faisant ce que j'aime, et tout en gardant une exigence et un produit de qualité. Je pense que l'on n'est pas obligé de céder aux règles du marché. On peut faire de la vraie qualité, tout en réussissant. De toute manière, je pense que l'on est bon dans son domaine, tant que l'on continue à s'amuser, sans trop de pression. Ce que je fais, c'est un grand plaisir, lorsque je trouve deux pierres qui vont ensemble pour faire une bague réussie, c'est un moment de beauté et d'harmonie. C'est parce que je peux faire de jolies choses que cela plaît aux clientes, qui transmettront ensuite leurs bijoux à leurs enfants. Je fais un métier merveilleux, qui s'inscrit dans la durée. Chose qui doit d'ailleurs être très difficile pour les créateurs de mode aujourd'hui, car leur travail a une valeur très courte dans le temps, c'est terrible. Alors que ce que je fais prend sans cesse, saison après saison, encore plus de valeur. Je crois que c'est le seul bienfait de la crise, se cadrer sur ce qui a vraiment de la valeur. Il faut consommer autrement.

 

Qu'est-ce que vous pensez des créateurs de bijoux écolo, éthiques ?

Je ne les connais pas personnellement. Je sais juste qu'il y a une marque de bijoux "éthique", qui s'inspire beaucoup de mon travail, et pour le coup, je ne trouve pas cela très éthique. Peut-être ne se rendent-ils pas compte qu'ils sont influencés par le travail de quelqu'un d'autre. C'est bien d'avoir de l'or éthique, mais c'est encore mieux d'avoir une éthique personnelle. Mais sinon, dans ce métier, il est très difficile de maîtriser la provenance des matières premières. Ce que l'on sait en revanche parfois, ce sont les conditions dans lesquelles certaines pierres sont exploitées. Le jade est connu pour être exploité dans des conditions épouvantables, et du coup, c'est une matière que je n'ai pas envie de toucher. Le diamant aussi c'est compliqué... Je pense que l'idée d'une joaillerie écolo et éthique est bonne, mais c'est compliqué concrètement. Ce qui est important c'est l'idée de vouloir changer les choses je trouve, cela a du sens. Les matières éthiques c'est bien, mais les conditions de travail aussi c'est très important. En joaillerie, je sais que les bons artisans doivent être très qualifiés, et doivent travailler forcément dans des bonnes conditions. Je commande l'or avec lequel je fais mes bijoux en France, car il y a une vraie démarche de traçabilité, alors qu'en Inde, c'est plus compliqué.

 

Comment vous placez-vous par rapport aux tendances, craignez-vous le rythme imposé des collections ? Est-ce que c'est une pression ?

Je pense qu'en joaillerie on a beaucoup moins la pression. C'est important de pouvoir travailler comme on en a envie. Mais c'est sûr que c'est le système qui veut cela, car les acheteurs on besoin d'avoir de nouvelles choses chaque saison. Ce qui est drôle, c'est qu'en général ils n'achètent pas les nouveautés. Lorsque je leur présente la nouvelle collection, ils achètent la collection précédente. Mais dans l'ensemble, je ne travaille pas avec la pression, car la base de mes bijoux, ce sont les pierres, c'est le fait d'en trouver qui me motivent à créer. Les saphirs que j'ai utilisés pour ce bijou, je les ai achetés bruts en mars 2011, et le temps de les tailler, cela a pris presque un an. Les bracelets et les boucles d'oreilles que je porte aujourd'hui, cela fait dix ans que je les ai. On n'est pas dans la même consommation que le prêt-à-porter. Mais en même temps, je suis à l'écoute des envies des femmes en fonction de l'air du temps. En ce moment c'est par exemple la mode des chaînes avec plein de petits pendentifs ; à une autre période, c'était les grosses boucles d'oreilles... Mais dans l'ensemble, ma création est aussi un peu égoïste, car je fais les bijoux que j'ai envie de porter. Quand j'ai commencé en 1996, je portais beaucoup de Miu Miu et de Jil Sander, et à l'époque je ne trouvais pas de bijoux avec de belles pierres que je pouvais porter avec mes vêtements très minimalistes, mis à part ceux de ma grand-mère. C'est comme ça que j'ai créé mes premiers bijoux : des désirs ! Aujourd'hui encore, si je me rend compte que je n'ai pas de grand collier pour porter avec ma robe de cocktail, j'en crée un, car je me dis qu'il y a forcément des femmes qui vivent la même chose que moi.

 

Est-ce que le fait d'être une femme serait donc un avantage pour faire des bijoux ?

Je ne sais pas... C'est important de porter des bijoux pour en faire c'est sûr. On me demande souvent pourquoi je ne fais pas de boutons de manchette, mais je n'ai pas le feeling car je n'en ai jamais portés. C'est sûr que c'est pas mal d'être une femme. Mais cela n'empêche pas des créateurs masculins de faire des choses fantastiques. J'ai récemment travaillé avec la maison de joaillerie japonaise Tasaki, ils ont pour habitude de travailler avec des hommes, en ce moment c'est d'ailleurs avec le créateur Thakoon. La directrice de création pensait que pour une collection avec des perles, il fallait travailler avec une femme, et j'ai donc fait des fermoirs pour plusieurs colliers que je porte souvent d'ailleurs. Cela donne un superbe éclat à la peau de porter des perles. Parfois je me dis que certaines femmes devraient plutôt s'acheter un collier de perles ou en diamants plutôt que de dépenser des fortunes en chirurgie esthétique ! C'est un meilleur investissement sur le long terme, que l'on peut transmettre à ses enfants quand on n'est plus là !

 

Propos recueillis par Mélody Kandyoti.

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