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Rencontre avec Isabelle Lenfant, créatrice de bijoux émotion

Générosité, sensibilité et ouverture d'esprit résument bien la personnalité d'Isabelle Lenfant. Créatrice de bijoux gris-gris qui frappent par leur singularité, elle ne travaille que les métaux nobles et les pierres précieuses, faisant fabriquer ses pièces en France et en Belgique. Intense, spontanée et drôle, Isabelle poursuit sa quête spirituelle grâce aux objets qui accompagnent ceux qui les portent. Refusant l'idée bourgeoise et convenue du bijou, elle préfère l'imperfection et la fragilité. Elle a beau être habillée d'une robe de soie noire le jour de notre rencontre, je suis frappé par son charisme et sa luminosité. Isabelle brille, comme l'argent miroir de ses créations. Plus intéressée par les failles de l'être humain que par la tromperie des apparences, ses bijoux sont honnêtes, particuliers et profondément intimes.

Quand est-ce que tu es arrivée à Bruxelles ?

J'ai quitté Ath, ma ville natale, à l'âge de 18 ans pour étudier la mode à l'école de la Cambre. J'y suis restée 5 ans et ensuite j'ai travaillé pour Plein Sud et d'autres stylistes.

Faisais-tu déjà des bijoux pour eux?

Non, pas du tout. En fait, le déclic s'est fait avec le vol des bijoux de ma maman. La maison a été cambriolée et ils ont tout pris. J'avais déjà dessiné ma bague sparadrap à l'époque, mais n'avais jamais pu la faire réaliser. Ma mère s'était fait voler une bague d'artiste qu'elle avait achetée à Knokke et elle a trouvé un joaillier sur Bruxelles qui connaissait l'artiste. Je l'ai accompagnée là-bas et il m'a demandé si je n'avais pas envie de faire des bijoux. J'ai dit oui tout de suite en me disant que j'allais enfin pouvoir faire ma bague.

Plutôt chouette comme histoire...

Oui, surtout que je n'avais jamais pensé en faire mon métier.

Qu'est-ce que t'intéresse dans le monde médical? Ce sont des associations qui reviennent souvent dans ton travail.

Mon père est gynécologue chirurgien. J'ai donc baigné dans le milieu médical depuis l'enfance. J'ai toujours adoré les sparadraps d'ailleurs et les armoires à pharmacie.

En fait, ça t'a toujours attirée.

Oui, en plus, je ne sais pas pourquoi, je me coupais tout le temps. J'avais toujours un sparadrap à mon doigt. Je trouvais ça très beau. C'est la symbolique de l'objet que j'aime aussi, le fait que ce soit quelque chose qui soigne. D'ailleurs, je me coupe beaucoup moins aujourd'hui (rires).

Est-ce que tu penses que le bijou a un côté protecteur?

Je ne sais pas s'il a vraiment ce côté-là, je crois plutôt qu'il a une charge émotive et une symbolique énorme. Ce n'est pas tellement l'argent qui préoccupait ma mère après ce vol, mais plutôt la valeur sentimentale des pièces qu'on lui avait prises, comme ces bagues d'arrière-arrière-grand-mère qui passaient de génération en génération. C'est cette dimension que je trouve forte dans le bijou. Je crois aussi que ça fonctionne bien avec ma philosophie de vie et le message que j'essaie de faire passer dans mon travail.

Et de quoi parlent tes bijoux?

Ils parlent de la vie, des traces de la vie. Il y a des colliers deux longueurs qui semblent "arrachés" et des chaînes coupées à vif, ce qui est d'ailleurs bizarre en joaillerie, puisque la plupart des bijoutiers cherchent toujours la perfection totale. J'aime beaucoup les clés et les pendentifs, il faut que tout soit imparfait et qu'il y ait un vécu. En même temps, je suis très pointilleuse sur les finitions et ne travaille qu'avec de l'argent pur, de l'or 18 carats ou des pierres précieuses, comme le diamant et le rubis. Mes bijoux sont comme des puzzles pour prendre sa place dans l'univers.

Est-ce que tu fais des grosses pièces aussi?

Oui, bien sûr. Le plus important pour moi, c'est l'individualité. Chacun peut prendre mes bijoux et y ajouter ses propres choses, ils sont interchangeables et modifiables. Avec mes pendentifs, je peux parler d'une histoire qui me concerne, mais libre à chacun de la voir et de l'interpréter à sa manière. Ce n'est qu'une proposition. Si j'arrive à alléger la vie de ceux qui portent mes pièces -comme j'essaie d'alléger la mienne- alors le pari est réussi.

Je suppose que tu as toujours mis des bijoux dans ta vie ?

Non, pas du tout. C'est pour ça que je dis toujours que j'ai des bijoux bizarres. Je n'ai jamais porté de bijoux avant d'en faire et me dis qu'ils doivent avoir quelque chose de spécial, car les gens qui ne portent pas de bijoux me répètent souvent qu'ils les aiment. Ils voient une de mes bagues, l'essaient et me répondent finalement qu'ils aimeraient la porter. Peut-être parce que je n'en mettais jamais avant.

Tout ça semble très neuf pour toi ?

Oui, totalement. Je me suis rendue compte que le bijou me convenait, plus que la mode à proprement parler, car j'avais le désir de quelque chose d'intemporel. Ma collection se prolonge, mais je n'enlève aucune pièce. Dans la mode, on te demande de changer tous les six mois. J'ai envie de donner les émotions que j'ai en moi et ma réflexion sur la vie. Je me pose des milliers de questions et cherche constamment des réponses.

 

Propos recueillis par Philippe Pourhashemi.

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