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Rencontre avec Guy Marineau, photographe "maison"

Guy Marineau est un photographe de mode. Plus précisemment, un photographe "maison". Pendant plus de 30 ans, il a shooté les collections pour les look books des plus grandes marques, les défilés pour les magazines les plus prestigieux, et les coulisses de certaines maisons. Ses photos d'archives sont une véritable mine d'or, qui suscitent l'intérêt des spécialistes de la mode, pour l'édition de livres comme celui d'Olivier Saillard, Histoire idéale de la mode contemporaine, ou l'organisation d'expositions comme celle dédiée à Yves Saint Laurent au Petit Palais. Parcours, anecdotes, regard sur la mode et avenir de la profession, entretien entre deux défilés de Fashion Week, avec Guy Marineau.

 

Pouvez-vous en quelques mots, nous exposer votre parcours ?

J'ai commencé ma carrière au labo, bien évidemment, comme tous les photographes de ma génération, puis j'ai fait du reportage de guerre. J'ai eu très peur une fois, en Irlande, j'ai alors décidé d'arrêter. Une amie américaine m'a dit qu'une place de photographe était libre dans le plus grand quotidien de mode au monde, le Women's Wear Daily. Je suis entré là-bas en 1975, pour y rester une quinzaine d'années. Je suis ensuite allé travailler au Vogue US où je suis aussi resté une quinzaine d'années. Cela a été une très bonne formation, car c'était une très belle référence. J'ai donc démarré dans un milieu que je ne connaissais pas et j'ai découvert le monde de la mode, dont je pense avoir vécu le meilleur. Car je suis un peu déçu de ce qui se passe aujourd'hui.

 

Qu'est-ce qui vous déçoit précisément aujourd'hui ?

L'ère du numérique a changé beaucoup de choses. A l'époque, lorsque vous étiez mauvais photographe, vous faisiez de mauvaises photos. Aujourd'hui, avec un bon logiciel de retouche, même si vous faites une mauvaise photo, vous la récupérez. Cela a nivelé beaucoup le terrain. Cela a beaucoup joué aussi sur l'emploi. Dans les années 1980, j'avais deux assistants, dont un qui me rechargeait mon boîtier avec un film lorsque ma pellicule était terminée en plein défilé, pour ne rien rater. Aujourd'hui on peut travailler tout seul sans aucun problème.

 

En quoi consistait exactement votre travail pour le Women's Wear Daily et le Vogue ?

Pour le Vogue US, il s'agissait à 90% de couvrir les défilés de New-York, Milan, Londres et Paris. Pour le WWD, je travaillais pour le bureau de Paris, et je faisais tout : les soirées, les natures mortes des créateurs, les backstage, les défilés... Cela a été une excellente école pour apprendre sur le terrain. Lorsque j'ai commencé au WWD à la fin des années 1970, Mr Fairchild était pratiquement à tous les défilés, et il voulait que je sois assis à côté de lui, pour me dire quel modèle photographier. Et puis honnêtement, très vite j'en ai eu marre. Déjà parce que je détestais cet angle de prise de vue, on était sur le côté, et on avait les filles en contre-plongée avec les spots derrière, c'était affreux. Je lui ai suggéré de faire différemment. C'est comme ça que j'ai été le premier photographe, à me placer en bout de podium, avec un très long téléobjectif. Le photographe Graziano Ferrari m'a ensuite rejoint. A l'époque, il fallait faire la mise au point, et avec un 300 mm, c'était compliqué, il fallait avoir l'habitude. Habitude que j'ai acquis au service militaire, au cours d'un stage de tireur d'élite. J'ai appliqué cette technique à la photo de mode ! Mais il faut dire une chose, c'est qu'à l'époque, les mannequins donnaient quelque chose. Aujourd'hui elles sont trop rapides, mais ce n'est pas de leur faute, ce sont les consignes qu'on leur donne. Aujourd'hui un défilé doit être rapide, il ne doit pas durer plus de 15 minutes ! A l'époque, les filles marchaient lentement, il y avait beaucoup plus de looks, jusqu'à 140 passages chez Yves Saint Laurent ou Givenchy.


Comment voyez-vous l'avenir de ce métier ?

Malheureusement, je pense qu'à très court terme, ce métier est condamné... Il restera une dizaine de photographes maximum, qui serviront la planète entière. C'est une question de budget aussi. A l'époque, chaque magazine avait son photographe, qui couvrait toutes les villes en même temps que les journalistes. Aujourd'hui c'est l'inverse, un magazine va se servir dans une agence. Il y aura moins de créativité. Pour la presse, à l'époque, il y avait de véritables directeurs artistiques, qui faisaient une mise en page en fonction des photos qu'ils trouvaient intéressantes. Aujourd'hui les filles arrivent sur le podium, elle font toutes la même tête. Jamais un sourire, jamais une expression, donc on fait tous la même image. Lorsque Christy Turlington arrivait sur un podium, elle donnait quelque chose, il se passait quelque chose, on faisait des photos superbes. Je pouvais même dire, au mètre près, quel mouvement elle allait faire ! Il m'est arrivé de faire un 36 poses sur un modèle. D'ailleurs je me rends compte aujourd'hui qu'on me réclame beaucoup de photos de cette époque. Nous avons sorti un livre l'année dernière avec Olivier Saillard, le directeur des Arts Décoratifs, dans lequel il y a mes anciennes photos, tout comme l'exposition Yves Saint Laurent au Petit Palais. Ce sont des documents presque "historiques".

 

Quel est le rapport que vous avez créé avec les marques ?

Parallèlement à mon activité au WWD puis au Vogue US, j'ai créé des bons contacts, par exemple avec la maison Saint Laurent. Depuis ma rencontre avec Pierre Bergé et toute l'équipe d'Yves Saint Laurent en 1975, jusqu'au magnifique défilé de Beaubourg en 2002, ils m'ont été fidèles. J'ai toujours travaillé pour eux.

Quand on parle de " photographe maison ", il s'agit de la personne qui prend les photos pour les look books. Car il ne faut pas oublier la démarche commerciale derrière un défilé. Les images que l'on prend sont imprimées et servent à vendre la collection aux acheteurs venus du monde entier. Par exemple cette saison, pour le défilé Christian Dior qui a commencé vers 15h, j'ai shooté les photos de la collection, je suis sorti avec ma carte mémoire, un coursier m'attendait pour se rendre ensuite au labo. Une fois que les photos arrivent au labo, elles sont tirées sur papier (car chez Dior, ils ne veulent pas voir les photos sur un écran), une heure qui suit le défilé, la commerciale de chez Dior va présenter les photos à l'assistante de John Galliano qui fait son choix. Les photos sont ensuite retouchées, tirées dans la nuit, et le lendemain matin, 650 look books sont livrés avenue Montaigne. Je fonctionne comme ça avec tous mes clients.


Est-ce que vous trouver que la mode a beaucoup évolué depuis que vous avez commencer votre carrière ?

Je ne trouve pas qu'il y ait une grosse évolution. Au niveau des matière peut-être. Mais pour moi, tout est réutilisation. En fonction des périodes, on va utiliser certaines couleurs, coupes... Ce qu'on voit aujourd'hui est aussi beau que ce qu'on voyait dans les années 80. La mode est cyclique. D'ailleurs, je ne peux jamais m'empêcher de faire des comparaisons lorsque je vois un défilé. Je me dis "Tiens, ça a déjà été fait !".

 

Propos recueillis par Mélody Kandyoti

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