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Majorettes, cocotes, Marie Poppins : l'univers enchanté de Fifi Chachnil

Une grande complicité me lie depuis le début des années 80, à Fifi Chachnil, électron libre de la mode et de la lingerie qui a donné, tout récemment, le nom de Paquita, à l'une de ses références : un corset, et allez donc !
Interview - sofa de Fifi Chachnil dans le salon - boudoir de sa maison, rue Jean Jacques Rousseau.

 

Paquita Paquin : Que représente pour toi la Saint Valentin ?

Fifi Chachnil : Je trouve ça super bizarre ! Ça part d'une idée qu'il y aurait un jour précis pour être sympa avec son amoureux ou pour que l'amoureux soit gentil avec vous et vous fasse des cadeaux alors qu'un amoureux, c'est sensé faire des cadeaux tous les jours. Je ne fais rien de spécial pour la Saint Valentin cependant, depuis que nous avons une boutique à Londres, j'ai noté que cette fête crée une véritable émulation. Partout dans les vitrines des magasins des coeurs et des petits noeuds. Les gens ne parlent que de ça. Et quinze jours avant la Saint Valentin, nous gardons la boutique ouverte plus tard.
Je me suis demandée ce qu'avait fait Saint Valentin pour mériter ça. J'ai été cherché et n'ai jamais rien trouvé.

Depuis quand fais-tu de la mode et de la lingerie ?

Je fais des vêtements depuis 84, de la lingerie depuis 96. A l'origine il s'agissait d'un prêt à porter un peu improbable, très excessif qui se retrouvait sur scène ou dans les night-clubs. J'avais du mal à faire comprendre aux filles qu'elles pouvaient s'habiller en majorette pour aller travailler à la banque. Ça n'est jamais passé. En 95, je faisais des photos à Los Angeles et là, révélation ! Je voyais des gens en culotte faisant du roller, l'idée m'est venue de ranger mes créations sous la catégorie lingerie, ce qui me permettait de ne faire aucune concession sur le style.

Qu'est ce qui fait l'essence de ton style ?

Mes panoplies de Marie Poppins atteignaient un degré très élevé de féminité, d'humour, de relation au spectacle, elles étaient pour moi une façon quotidienne de s'exprimer très haut et très fort. Des choses excessivement courtes, des culottes à froufrou avec des tas de volants sur les fesses, des jupes pour montrer les culottes en dessous, des détails corsetés. Je faisais des robes de femmes enceinte avec un soutien gorge en fourrure sur une idée de baby-doll en lainage, des thèmes à paillettes, à plumes, ou cloutés. C'était une façon fantasmatique de s'habiller qui a certes mieux marché en tant que sous vêtements qu'en tant que vêtements.

D'où te venait cette inspiration ?

Peut-être une envie de franche contradiction avec le courant de la mode japonisante, noire et destructurée. Bien sûr Il y avait Mugler , il y avait Gaultier. Moi, j'étais très proche de Pierre et Gilles et je travaillais beaucoup à leurs côtés. Des Japonais et quelques Américains achetaient du Fifi Chachnil, mais nous ne présentions jamais pendant les fashion week, on faisait tout de façon anarchique. Douze ans après avoir débuté, je me suis dit qu'il allait falloir rationaliser. Les filles mettent désormais des paillettes et des plumes sous leurs vêtement, mais elles ne sont pas obligées d'être totalement extraverties et totalement folles pour sortir comme ça dehors.

Quelles ont été les premières personnalités à porter tes modèles?

La chanteuse du groupe les Mikado, Pascale Borel, Nina Hagen, Muriel de Niagara; ensuite il y a eu Vanessa Paradis, des filles qui faisaient de la scène. Le problème c'est qu'elles se déshabillaient en sortant de scène pour mettre un jean... Et là, moi je pleurais. J'aurais voulu qu'elles gardent ces vêtements dans la rue, que ce soit vraiment assumé. Je n'aime pas le déguisement. Moi, je m'habillais comme ça, je faisais du vélo avec ces petites culottes, des talons compensées avec deux de mes filles sur les portes bagages avant et arrière.

Comment as-tu rencontré le duo d'artistes plasticiens Pierre et Gilles ?

On s'est connu à l'ouverture du Musée de la mode. Sous l'initiative de Jack Lang, un défilé avait été organisé juste pour François Mitterrand et ses proches en même temps qu'un concert des Rita Mitsouko et une exposition de Pierre et Gilles. Pour des raisons de sécurité, nous avons passé des heures dans cet endroit en attendant le président. C'est une histoire d'amour qui s'est nouée, une histoire de famille, on s'est reconnu sur quelque chose que nous avons en commun. Ça ne s'explique pas avec des mots. Le courant est passé instantanément et dès le lendemain de notre rencontre, nous faisions des choses ensemble. Pierre et Gilles avaient besoin de costumes pour une pochette de disques de Lio, et ça a commencé. Ils venaient piocher des choses et puis après évidemment, ils idéalisaient tout.

Aujourd'hui tu es également très proche de Philippe Katherine. Des projets de chansons ?

Oui, l'amitié, c'est une façon de se retrouver sur des envies communes. Avec Philippe Katherine, on se comprend, il m'a écrit des petites chansons car je trouvais très difficile d'écrire. Je lui balançais des idées et lui transformait ça en chansons magnifiques. Je les interprète pour un disque que nous venons d'enregistrer. La pochette reste à faire. Cinq chansons, c'est le plaisir d'aboutir quelque chose mis en chantier depuis pas mal de temps. L'histoire est jolie. Moi, j'ai toujours chanté pour les copains et tous les 20 ans, je fais un truc. Le pianiste c'est l'ex-pianiste de Charles Trenet. En studio, on a eu des musiciens hallucinants, je ne pense pas que se sera jamais distribué, on a fait ça pour le plaisir.

Tu as toujours fait des défilés spectaculaires et chaleureux sans tenir aucun compte du calendrier des collections?

Il s'agit toujours du plaisir de faire des choses avec des gens dont je partage le goût, au moment où ça se présente.
Ces petits spectacles répondent à l'envie de rallier tout ce que j'aime : la lumière, l'image, le son, le travail d'équipe. Après avoir été au service du vêtement, mettre en scène une collection cela peut paraître un acte gratuit. J'ai mis du temps à comprendre le système : j'oubliais d'inviter les acheteurs. C'est idiot... Il y a eu le défilé dans une patinoire pour lequel mes amis ont appris à patiner pendant plus d'un mois avant de patiner en portant mes modèles. Puis, le défilé au cirque Pauwels où Pierre et Gilles faisaient un beau numéro à vélo et un autre en mobylette. Des funambules sautaient dans des cercles de feu, sauf qu'il n'y avait pas de flammes, Les garçons portaient les filles dans leurs bras et les déposaient sur les balançoires. Valérie Lemercier a défilé au Paradis Latin, en 97, pour le premier show de lingerie avec LNA Noguera et Marie-France qui descendait de sa nacelle en interprétant une chanson de Marc Almond. Le dernier show pour le lancement du parfum a eu lieu au Lido avec tous les effets spéciaux, jets d'eau etc. La chorégraphe Blanca Li, très enceinte, devait danser au milieu du jet d'eau, mais Le jour J, elle accouchait et Lio l'a remplacée au pied levé, on a rétréci la robe baby Doll.

Parles-nous de ton système vestimentaire hyper rationnel.

C'est L'esprit de panoplie une robe cintrée, droite, simple, aux genoux qui ne veut rien dire mais peut être flatteuse avec des couleurs beige rosé, bleu ciel ou rouge dans une matière infroissable et lavable assortie au manteau avec des gants un sac à main. J'aime bien marier l'élégance et l'attitude avec une notion de simplicité.
Tu connais la vie des filles. Tu te lèves le matin, mais il va falloir qu'éventuellement tu ailles jusqu'au bout de la nuit et que tu prennes deux trois avions et que tu reviennes en passant à l'école de ta fille. Alors j'aime bien la tenue idéale en toutes circonstances pour ne pas se compliquer la vie. Il faut aussi pouvoir voyager extrêmement léger. Les gants courts complètent mes panoplies, ils viennent de chez Lavabre Cadet.

Il n'y a pas des tonnes de filles qui, comme toi, se baladent avec un sac à main à la saignée du coude ?

Moi c'est comme ça. Le sac à main c'est vraiment une maison. Récemment j'ai trouvé mon sac idéal chez Hermès.
Je déteste la besace, le truc mou qui te déséquilibre, j'ai un esprit un peu gymnaste ou patineuse. " Mesdemoiselles, un peu de tenue, on se tient droite, on rentre les fesses, on reste un peu cambrée quand même, les seins en avant". J'aime bien !

Tu continues à faire les petites culottes bouffantes ?

Toujours des culottes à froufrou et, cette saison, des bloomers. Ça n'est pas d'aujourd'hui, le bloomer a été inventé par Mademoiselle Bloomer en 1923 aux USA, c'était un vêtement confortable pour faire de la gym. Mlle Bloomer a été emprisonnée pour indécence. J'ai fait des combi-bloomer, chemisier et bloomer d'un seul tenant, c'est le body pour l'été 2010 en tulle à plumetis à porter seul ou avec une jupe droite dont la taille monte jusque sous la poitrine à porter sous une veste de tailleur boléro.

Tu donnes des noms de cocote à tes modèles ?

Oui, la prochaine collection, ce sont "les insoumises" : Hortense de Galifet, la marquise de Chabriand, des cocotes des années 1870-1900 aux moeurs légères qui passaient chez Lapérouse et qui étaient si bien protégées qu'on ne pouvait pas les ficher d'où leur qualificatif d'insoumises. J'aime aussi une autre catégorie d'insoumises, certaines femmes pirates, ou femmes bourreaux. J'aime l'idée d'une femme bourreau dans un magasin de lingerie.

Votre mannequin maison a des allures de pin-up !

Notre mannequin est voluptueuse, elle est ronde. Je ne vais pas en dessous du 85 comme taille de bonnet, c'est un minimum ! Le 90 D c'est bien. Pour les vêtements, cela correspond à un petit 42. Il n'y a rien de plus laid quand on est nue que d'avoir la peau sur les os.

Le Best seller de l'hiver 2009-2010?

Une grande culotte haute avec une ceinture qui arrive sous les seins avec de larges bretelles en satin. Elle donne une ligne superbe car la taille est maintenue. Il existe un modèle Marquisette, un modèle Crimolette avec des volants sur les fesses et un modèle Gigolette qui inclut le fameux serre taille Paquita. Avec cette culotte, je reviens à mes premières amours. Ça a été vraiment le truc de la saison, les filles ont bien compris ce vêtement qui leur permettait de sortir en culotte avec des collants résilles, un chapeau et des accessoires.

Tu as lancé un parfum tout à fait en accord avec l'image du boudoir ?

C'est un Anglais, Philippe Maïkovitch, qui m'a soufflé l'idée. Nous sommes allés voir Givaudan, des gens charmants.
J'ai adoré travailler le parfum parce que, comme en musique, on traduit des émotions. Il n'y a pas de matériel, on reste un peu dans l'abstraction. Je décris l'histoire que j'aie envie de raconter et eux traduisent. Je voulais un parfum qui parle du vrai féminin, et comme beaucoup de mes vêtements, ce parfum est basé sur la contradiction. Du pétillant au début : les agrumes, puis des notes très graves presque masculines au milieu : le tabac et l'ambre, et pour finir l'odeur poudrée d'une joue de grand-mère ou d'un front de bébé, comme une nuance de talc. La mémoire olfactive, m'a-t-on dit, reste intacte dans le cerveau. On arrive à se rappeler parfaitement une odeur de cire dans l'escalier, ou une odeur d'humidité dans une maison de campagne. Autre point essentiel : le flacon avec la poire. Indispensable, la poire ! Car le geste est plus joli, plus ample qu'avec un simple vaporisateur. Ce parfum qui démarre agrume et se termine en oriental léger fut un succès immédiat, il est distribué dans toutes les boutiques de lingeries qui représentent Fifi Chachnil.

Où peut-on trouver la marque Fifi Chachnil ?

Dans nos boutiques en propre rue Jean-Jacques Rousseau, 231 fbg St Honoré et maintenant, 48, Beauchamp place à Knightsbridge. La marque est présente dans quarante-cinq pays et, ce qui me réussit le mieux, c'est de choisir un grand magasin, un seul, et le meilleur. On a fait l'expérience à Paris avec le Bon Marché, avec qui nous avons pu construire une histoire sur le long terme. À New York, nous sommes chez Barneys. La marque est présente au Moyen Orient, d'ailleurs nos points de vente en Jordanie sont actuellement très prisés par les irakiennes qui sont devenues les dernières grandes fans du parfum.

 

Propos recueillis par Paquita Paquin

Voir le site FifiChachnil.com

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