Accueil
Mode
Accessoires
Chaussure
Lingerie
Maillot de bain
Morpho
Street Style
Fashion week
Sélection
Beauté
Maquillage
Manucure
Soins
Bien-être
Coiffure
Vernis
Rouge à lèvres
Frange
Balayage
Lissage
Brushing
Coloration
Coiffure afro
Tous les dossiers
Joaillerie
Horlogerie
Mariage
Coiffure de mariage
Maquillage de mariage
Célébrités
1 Star, 1 Style
Copier le look !
Match de look

Les portraits de Richard Dumas : Visages de l'artiste

A l'occasion de l'exposition "Suite" à la Galerie VU', nous avons rencontré Richard Dumas. En une cinquantaine de clichés exposés, des formats carrés aux bords déchirés à la main rappelant les photos d'antan, le photographe nous présente son propre album de famille aux membres aussi variés que Kate Moss, Patti Smith, Charlotte Gainsbourg ou David Lynch. Un album-souvenir forcément riche en anecdotes...

Richard Dumas n'aime pas parler de son travail. Malgré une carrière florissante et reconnue, des commandes pour les plus grands titres de presse, des collaborations avec de nombreux artistes, il se refuse presque à entrer dans l'explication de ses clichés. "J'essaie de ne pas trop analyser ce que je fais, de peur de perdre la spontanéité. Je travaille avec des intentions secrètes, ou tout du moins inconscientes. Je ne pense pas l'image en termes de reproduction de ce que je vois mais en termes de possibilité." Bien plus à l'aise et loquace dès lors qu'on s'éloigne des questions techniques, le photographe n'hésite pas à revenir pour nous sur certaines rencontres.

Fragilité du portrait

De ses portraits, célèbres ou plus confidentiels, se dégagent une impression d'intimité, une facette souvent plus personnelle de ses modèles. Pour Richard Dumas, la singularité de cet "oeil" ne se calcule pas : c'est la vision du photographe qui est retranscrite. "Ça ne me pose pas de problème de photographier quelqu'un qui a déjà été beaucoup photographié. La première chose que je perçois chez ces personnes, c'est ce que je n'avais pas vu avant. Je me laisse guider par cette impression." Exemple notable pour un portrait qui l'est tout autant, sa séance à Cannes avec Kate Moss, soudain à nue face à un instantané, loin des shooting mode millimétrés et du tapis rouge où le sourire est l'uniforme exigé : "Quel bonheur cette séance sur une plage, cette nana est incroyable. Elle m'avait tapé dans l'oeil à l'époque de sa première série dans un magazine. Cette photo, c'était à Cannes, elle venait de se faire plaquer par Johnny Depp et les journalistes n'arrêtaient pas de lui poser des questions et de la faire pleurer... Il y a eu beaucoup de douceur et de gentillesse dans ce cliché." Sans complaisance, le portrait qui trône au coeur de l'exposition retranscrit cette douceur et la fragilité du moment.

Quant à Marion Cotillard, biche apeurée en robe de soirée, prise dans les phares d'une voiture, la représentation de l'actrice est loin du glamour cinématographique des photos cannoises. Sans sourire, les yeux qui ne cherchent plus la séduction, à contre-courant des strass du spectacle : "Elle patientait avant de monter sur le plateau du Grand Journal et je l'ai emmenée dans les toilettes sur la plage. Il y avait cette porte en bois qui ressemblait à une porte de motel américain. J'ai choisi de lui faire une lumière plate par devant, comme un phare de voiture. Quand je suis arrivé, j'ai vu immédiatement ce qu'il ne fallait pas faire ! Je sens facilement comment la personne peut m'amener à reproduire des images que j'ai déjà vues. Je n'aime pas trop les productions lisses, lorsqu'il y a les mêmes règles pour tout le monde."

Le présent est un cadeau

Pourtant rien n'est prémédité. "Je ne formalise pas les choses avant, c'est toujours sur le moment où l'on me donne 'l'adversaire' " commente-t-il devant les deux portraits de Patti Smith, pris lors d'un shooting dans les bureaux de l'éditeur de la musicienne. Deux visages contradictoires : l'un fragile, lui évoquant presque un poète du XIXe siècle ; l'autre bien plus arrogant, aux faux airs de grand chef indien dans un western. Richard Dumas nous dira juste qu'il a fait sortir l'éditeur pour réaliser ces portraits et rester seul avec Patti Smith. Le reste de l'histoire lui appartient. "J'aime jouer avec ce que me propose l'instant, le présent. Le présent est cadeau."

Les conditions, il en joue aussi. Même si ses photographies semblent coupées du monde, avec des contrastes très marqués qui relient une chevelure à un arrière-plan très sombre, elles s'inscrivent toujours dans une démarche similaire au reportage. La lumière naturelle d'une fenêtre, le décor vieillot d'un hôtel ou le bruit et l'agitation d'un café, comme pour ce portrait d'Udo Kier réalisé lors de la promotion d'"Holy Motors" : "Je m'interrompais pour laisser passer le serveur, je trouvais que ce qu'il faisait était plus important ! J'aime bien ça, être dérangé, qu'il se passe quelque chose, qu'on ne soit pas coupé de la vie. Je ne pourrais pas retranscrire la même chose si j'étais en studio : ça serait une image peut-être ennuyeuse, en tout cas qui s'épuise rapidement."

"Pour réussir, il faut que je m'oublie"

Le portrait est toujours fidèle à sa vision des choses, qu'il soit une quatrième de couverture commandée par Libération, un reportage pour Le Monde, une pochette d'album pour un musicien ou un travail personnel : "C'est très égoïste mais ça donne toujours quelque chose que je fais pour moi. C'est peut-être pour ça que je m'en sors." L'image attendue, presque institutionnelle, très peu pour lui. Son nom lui offre la liberté de suivre son instinct. Quitte à remuer les habitudes : "Un des seuls souvenirs d'accrochage, c'était pour un portrait de Kirsten Dunst. Son conseiller en image restait à côté de moi, à tout observer. Je sentais que mon travail était sous contrôle, que je devais rentrer dans un rôle. Pour bien travailler, il faut que je m'oublie. Je lui ai demandé de partir ou de se cacher, ce qu'il a fait. En voyant ça, Kirsten Dunst m'a fait un clin d'oeil avec un sourire entendu et tout s'est bien déroulé."

Question évidente mais inévitable : qu'aime-t-il tant dans le portrait, au point d'en avoir fait une marque de fabrique ? Sa réponse est sans appel : "La rencontre. Si l'on perd cette envie, plus rien n'est possible."

YG


Plus de portraits sur les sites de l'Agence VU' et de la Galerie VU'

Exposition "Suite" à la Galerie VU'
58, rue Saint Lazare, 75009 PARIS
Jusqu'au 5 janvier 2013.

À ne pas rater