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Cannes 2013 : rencontre avec Philippe Eveno, compositeur pour "Opium" d'Arielle Dombasle

Le musicien et compositeur, Philippe Eveno, est entre autres le chef de musique d'Arielle Dombasle. Ils partageaient la même passion pour Jean Cocteau aussi ont-ils décidé de mettre en musique certains de ses poèmes. Et puis ce qui devait être un disque est devenu un film musical : Opium, présenté a Cannes.

Interview compositeur et musicien Philippe Eveno.

C'est l'histoire d'un disque qui se transforme finalement en un film musical.
Nous avons découvert par hasard, avec Arielle Dombasle que nous avions une passion commune pour la poésie de Cocteau. On a donc choisi ensemble une vingtaine de poèmes tirés des recueils des années 20-30, écrits lorsque Cocteau avait une trentaine d'années dont "L'ange Heurtebize" et "Plain Chant". J'ai ensuite tout mis en musique

Tu faisais en sorte que ces poèmes durent le temps d'une chanson ?
Nous avons fait des formats chanson de trois à quatre minutes c'était la première étape.

Dans le film pas une parole échangée qui ne soit de Cocteau ?
Arielle y a mis un point d'honneur. Toutes les chansons sont des poésies de Cocteau et toute la voix off du film et les dialogues sont des extraits de romans, d'essais, ou du journal de Cocteau.

Arielle a pris l'histoire sous deux axes : la dépendance de Cocteau a l'opium et sa dépendance à Radiguet, à l'amour. L'opium et l'amour et comme deux drogues parallèles. Elle s'est beaucoup servie d'Opium de Cocteau, un livre qu'il écrit à l'hôpital où il raconte sa désintoxication, sa souffrance d'opiomane. Arielle a repris également ce que Cocteau a pu écrire juste après la mort de Radiguet dans l'ange Heurtebize.

Comment se fait la transformation d'un projet de disque en film ?
On a tous ces poèmes mis en musique, une dizaine de chansons aux textes parfois très mystérieux. C'est alors qu'Arielle a l'idée de les mettre en film et de travailler avec Patrick Mimouni pour commencer à trouver une logique entre les chansons. Petit à petit tout s'est mis en ordre. Ces vers extraits de Plain Chant, sont la fin du film :
"Je n'aime pas dormir
Quand ta figure habite
La nuit contre mon cou,
Car je pense à la mort
Laquelle vient trop vite
Nous endormir beaucoup."
Radiguet qui était arrivé à Paris à quinze ou seize ans, meurt à 20 ans.

Tu fait donc chanter les acteurs du film, même ceux qui ne chantent pas habituellement ?
Tout le monde sait à peu près chanter, j'aime beaucoup la façon dont Grégoire Colin qui joue Cocteau, a abordé sont texte. Il le parle-chante avec beaucoup d'émotion. Certains sont des professionnels de la chanson comme Arielle, Anna Sigalevitch ou Philippe Katerine ou encore Julie Depardieu qu'on n'a pas encore beaucoup entendu mais qui chante très bien.

L'idée générale de l'approche musicale ?
C'est une musique inspirée du groupe des Six et de Satie il était plus âgé, mais c'était le maître de Cocteau. Le groupe des Six est un groupe un peu fictif, que Cocteau a plus ou moins inventé en réaction à la mode de ce qu'on appelait la musique un peu liquide de Ravel et Debussy. Ils représentaient une sorte de jeunesse qui donnait un grand coup de pied dans ce style, leur idée était de retourner au source en s'inspirant du cirque ou de la musique populaire. Mais chacun des six ayant un style bien particulier Darius Milhaud, Arthur Honegger ou Poulenc, firent ensuite leur chemin séparément.

Comment as-tu tiré ton miel de tout ca ?
Notre idée, car nous étions sur la même longueur d'ondes avec Arielle Dombasle, aussi bien sur l'image que sur la musique, était de s'amuser avec la musique et de manière un peu enfantine et artisanale avec une approche assez éclectique donc : s'inspirer de la musique moderne de ces années 20, mais utiliser tous les moyens de notre époque.

Ne pas s'enfermer dans ce qui aurait été une relecture de cette musique, dite des années 20, mais de se dire si Cocteau faisait de la musique maintenant, que ferait-il ? Cela m'a libéré d'un carcan.

Rien de typiquement années 20
Pas de charleston, ou du jazz précis de l'époque, même si on en a mis un peu. Nous avons utilisé donc tous les moyens électroniques de notre époque. Et il y a des passages électro.

Celui qui dans mon esprit a repris le flambeau après la mort de Cocteau, c'est Warhol. La même passion de l'avant-garde, de la mode de la musique, de la jeunesse, du cinéma, un rapport très fort à la religion catholique.

Étonnant que tous les acteurs aient réussi à chanter
Non, car nous sommes allés dans leur sens, on ne leur a pas demandé de faire des choses techniquement impossibles ou hors de leur registre. A l'inverse, on a cherché des tonalités qui leur correspondent. Au final, il y a une unité et cela pourrai faire un très beau disque.

Tu vois "Opium" comme un film de copains ?
J'ai participé au scénario au départ, car on l'a monté ensemble avec Patrick Mimouni, Arielle, Vincent Darré et François Margolin, le producteur. On a fait cela en équipe, on voulait vraiment retrouver cet esprit de Cocteau qui savait mélanger les histoires d'amitiés et les histoires de création.

Beaucoup de musique dans le film ?
J'ai composé les chansons mais aussi la bande originale du film. Le film dure une heure quinze avec 65 mn de musique pour moi plus qu'une comédie musicale, c'est une tragédie musicale.

D'où vient la légèreté du film ?
La légèreté vient d'une approche sans prétention dans la façon de s'attaquer à l'oeuvre de Cocteau. J'ai composé des choses, un peu dans tous les sens, puis nous les avons placées ensemble, certaines prévues pour une scène sont passées sur une autre, et tout cela s'est fait de manière très naturelle. On allait au montage et autour de discussion, les choses s'imposaient d'elles-mêmes.

Philippe Katerine (avec qui tu enregistres en ce moment " La petite sirène d'Andersen, adaptée par Anna Karina) est-il un Nijinski, plausible ?
Il s'est réapproprié le bond nijinskiesque, il arrive d'un bond sur scène et c'est très drôle . Depuis ses spectacles de danse avec Mathilde Monnier au festival d'Avignon qui avait calqué ses chorégraphies sur sa gestuelle à lui, il sait bouger avec un style très personnel.
Dans Opium, J'ai cru voir dans son expression corporelle qu'il a repris des gestes de Nijinski, il connaissait ces poses de profils à l'égyptienne de " l'Après Midi d'un Faune ".

Il chante aussi dans le film?
Avec lui je suis très fier d'avoir réalisé un morceau à l'envers. Il a choisi un poème de Cocteau " les voleurs d'enfants " que j'ai essayé de mettre en musique et je n'y arrivais pas, alors on s'y est pris différemment. Philippe déclame la chanson devant la caméra, il l'a improvisée en parlant sans musique. J'ai pris ensuite le son de la scène et suis allé chercher les notes qu'il y avait dans sa voix parlée, puis, j'ai harmonisé cette mélodie parlée, à l'inverse de ce qu'on fait d'ordinaire cela donne un résultat étrange chaque syllabe correspondant a une note. C'est quelque chose que j'avais vu faire par un musiciens brésiliens, moi je l'ai fait à l'oreille.

Tu joues aussi Momo le dealer d'opium?
Dealer d'opium marseillais des années 20, je ne chante pas dans ce rôle mais j'apporte une boulette d'opium à Cocteau en lançant cet extrait de poème pas si énigmatique que ça : "Méfiez-vous, si vous n'enfermez pas l'opium dans une boite de métal, le serpent noir aura vite fait de s'enrouler autour du sergent de ville".

Propos recueillis par Paquita Paquin

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