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Berthe Morisot : Petit dejeuner avec Marine Delterme

Je retrouve Marine Delterme pour un petit déjeuner à quelques heures de la diffusion de Berthe Morisot, samedi 16 février sur France 3.

Elle y incarne magnifiquement celle qui fut le modèle de Manet pour une quinzaine de toiles et entretint avec lui des rapports mystérieux. Mais Berthe Morisot est peintre et si Marine Delterme porte ce projet de film depuis dix ans c'est qu'elle a été percutée par son tempérament d'artiste : "Avec son parcours et ses rencontres exceptionnelles, à un moment où le monde de l'art bascule vers l'art moderne, Berthe fait partie, presque malgré elle, des quelques guerriers en première ligne, qui ont fait évoluer la peinture" explique-t-elle.

Marine que prends-tu habituellement au petit déjeuner ?
Pain complet beurre salé, café noir et, si possible, un jus d'orange frais.

Comment t'es-tu préparée à incarner ce personnage?
Cela représente beaucoup de travail. Avec la réalisatrice, Caroline Champetier qui est assez obsessionnelle, on s'est bien trouvées sur ce plan là : on bosse beaucoup. Six mois avant le tournage, nous avons visionné beaucoup de films : Claudel, Pialat, Jeanne Campion, des portraits de femmes, certaines interprétations de Nicole Kidman, pour sa tenue. On est allé chercher des choses très précises, comme par exemple la diction, on a construit le personnage en amont.

Ce n'est pas le genre de rôle que tu joues habituellement ?
Dans les films d'époque comme Vatel ou quand j'interprétais Coco Chanel ou la Montespan, je jouais les séductrices

La plus grande difficulté pour moi a consisté à rester littérale. Berthe ne séduit jamais. Elle parle peu quand elle parle ça part droit comme des flèches, il n'y a pas d'arrière-pensées.

Physiquement comment es-tu entrée dans le personnage ?
Cela voulait dire maigrir, porter des corsets pour gommer les formes, les seins, parce que Berthe Morisot était anorexique. Porter des lentilles de contact noires et ce regard, avec ces deux trous noirs : c'était l'opacité, le mystère. Au moment des essais maquillage, on s'est dit : là, on tient Berthe.

Caroline Champetier n'aime pas trop les méandres de la psychologie ?
Avec Manet, les rapports sont compliqués alors cela aurait été facile d'épiloguer mais Berthe Morisot ne réfléchit pas à ce qu'elle ressent, sa création ne passe pas par le mental, un peintre ou un sculpteur ne pense pas au moment ou il crée une oeuvre. Je retrouvais-là ce que je ressens moi-même à l'atelier lorsque je sculpte. Quand elle vient poser pour Manet, Berthe ne le séduit pas, elle ne comprend pas très bien ce qu'il lui trouve. Et quand Manet revient de la guerre, alors que Berthe ne s'est même pas rendue compte qu'il lui avait manqué, Caroline Champetier a montré ce sentiment inconscient par ce visage qui part en arrière comme si la jeune femme se noyait. Peu de choses passent par la parole, mais par les expressions du visage et du corps. Lorsqu'elle peint, beaucoup de rictus passent sur son visage

Ce que tu as aimé dans le scénario écrit par Silvie Meyer et Philippe Lazry
Au départ le scénario était parti vers quelque chose de très romanesque, ensuite Sylvie Meyer a beaucoup travaillé pour apporter tout le mystère de cette femme à travers des situations où l'on ressent sa flamme intérieure, son incandescence. Finalement, on ne sait jamais ce qu'elle pense et c'est pour cela que Manet revient vers elle. Il bute contre quelque chose, quelque chose qu'elle ne livre pas. Sylvie a injecté de la cérébralité dans ce scénario qui ne couvre qu'une période très courte de dix ans : du premier au dernier tableau que Manet fera d'elle. Un prisme très précis qui permettait de parler de leurs rapports. C'est aussi la période au cours de laquelle, elle devient peintre professionnel.

Ils s'aiment ?
On ne sait pas ce qui s'est passé entre eux, la famille a jeté beaucoup de lettres mais il reste une correspondance picturale extraordinaire. Il l'a peint quinze fois ce qui est presque unique dans l'histoire de l'art.

Les points communs entre Berthe Morisot et toi ?
Si j'ai voulu faire ce film depuis 10 ans, ça n'est pas un hasard, j'ai voulu faire un film sur la création.

Toutes les heures et les années que j'ai passées moi-même dans mon atelier seule ont toujours été les moments les plus heureux de ma vie à la fois parce que l'on est délivré du monde, libre, dans le silence et à son rythme. C'est presque monacal et quand on a une vocation c'est toujours un peu religieux.

C'était le premier film réalisé par la Rolls des chefs-op Caroline Champetier ?
Caroline a une qualité incroyable : sa très haute conscience et son amour du cinéma, un grand respect des techniciens et les acteurs. Elle est entrée religieusement dans le film. Je n'ai personnellement jamais connu un silence aussi profond sur un plateau, une concentration qui m'a beaucoup aidée.

La patte de Caroline est faite de simplicité et, en même temps de puissance et de mystère. On sent que quelque chose va advenir et cela vient de la confrontation, de ce que Caroline demande inconsciemment aux acteurs avec beaucoup de force, et parfois une certaine intransigeance. Elle a une vision et vous embarque, c'est tellement rare au cinéma de voir des gens se battre pour faire respecter leur point de vue.

Tu sembles très impliquée dans des projets que tu proposes toi-même aux chaînes de télé, c'est pas courant ?
C'est venu grâce à mon travail sur la série "Alice Nevers, le juge est une femme ". En faisant l'adaptation du scénario, j'ai pu passer par derrière. Quand on fait une série comme celle-là pendant douze ans, on est pas juste de passage, j'ai donné beaucoup de moi, de ma vision. De nombreux metteurs en scène se sont succédés, moi je suis gardienne du temple, cela m'a appris beaucoup de choses, dont l'écriture. J'ai envie aujourd'hui de monter des projets de choisir le producteur, comprendre le rapport de force entre les chaînes, je trouve cela passionnant. France 3 a été formidable, ils m'ont laissé totalement carte blanche, c'est assez fort de produire des films comme cela, c'est la mission de service public. Berthe Morisot, c'est parfait pour une chaîne qui est dans l'historique, le patrimoine français.

Samedi, on se retrouve face à the Voice et à Michel Drucker. C'est génial, on résiste !

Les costumes de femme du film sont ravissants, tu te permets de dépareiller les ensembles un peu comme dans la vie.
Berthe Morisot n'est pas coquette. Caroline Champetier ne lâche rien sur direction artistique, il n'y a pas un objet dans le cadre qui n'est pas voulu par elle, souvent dans les téléfilms, les costumes viennent d'autres films mais ils auraient été un peu trop chatoyants et anecdotiques. Caroline a exigé de faire faire des costumes sur mesure. Ils ont une ligne, une espèce de rigueur qui convient au personnage.

Je t'ai souvent vu en costume d'époque
J'aime ça ! Toute ma vie de petite fille, cela m'a plus et peut être même que cela avait son importance lorsque je suis venue au métier d'actrice. J'adore me déguiser ; j'ai toujours fait des robes, cousu, collé, assemblé, rêvé sur des costumes. Mon imaginaire est beaucoup axé sur l'époque il y a une poésie inhérente à ces costumes, il en découle une façon de porter, une façon de parler, un maintien.

Tu as été mannequin, photographié par Peter Lindberg, Paolo Roversi, Richard Avedon, Albert Watson, Dominique Issermann ?
C'est une vraie mue de devenir comédienne quand tu as été mannequin mais cela fait tout de même 25 ans que je suis comédienne. Trois ans de mannequinat, j'ai eu la chance d'avoir une carrière assez fulgurante ! Je posais pour ceux que j'estime comme des artistes.

On ne me demandait pas d'être la mannequin parfaite : je ne l'étais pas, j'étais petite, ronde, ma personnalité ressortait trop. Un peu comme lorsque Berthe pose pour Manet, ces photographes avaient un univers, et la force de me faire adhérer à ce qu'ils proposaient.

Y a-t-il un savoir qui vaut pour les deux disciplines ?
Poser avec une forme d'intensité.
Manet dans le tableau du balcon a peint deux fantômes aux cotés de Berthe, il a vu ce qu'elle voyait et il l'a montré à travers ces yeux perçants. Pervers, il lui dit : " vous êtes encore un modèle " mais en même temps il reconnaît qu'elle regarde et qu'elle va donner à voir. Je me demandais comment j'allais trouver cette intensité de regard car les yeux lui sortent littéralement de la tête. Exactement comme lorsque l'on est avec de grands photographes, il faut donner quelque chose en plus.

Quels sont des goûts vestimentaires ?
J'aime les matières agréables. Un jour Françoise, la femme de Christian Lacroix m'a révélée. " Toi avec ta peau blanche, tu es toujours en noir, pourquoi ne pas porter des rose pale, des orange acidulé ? "Mr Ungaro m'avait dit la même chose. Désormais j'ai un grand bonheur à trouver de belles couleurs de peintre.

J'aime le style amazone, je porte des bottes plates ; je suis aussi fan de fourrure. Mon père venait d'Auvergne, du Cantal, ma mère de l'Est, je suis plutôt une fille du froid.

Dernier objet acheté
J'ai acheté un petit tableau du 19e qui ressemble un peu à du Morisot sur le site "Expertissim". Le peintre est inconnu mais c'est très joli.

Quand pratiques-tu la sculpture ?
Depuis un an je tourne beaucoup. Paris-Manathan, pour le cinéma, la série d'Alice Nevers et Berthe Morisot et je n'ai pas eu tellement de temps pour sculpter. Pour l'instant j'ai très envie de me retrouver à l'atelier, j'ai besoin de deux-trois mois devant moi pour préparer ma prochaine exposition qui aura lieu en septembre prochain, en Angleterre
Ce sera long, agréable et laborieux.

Propos recueillis par Paquita Paquin

Berthe Morisot Samedi 16 février à 20h45 sur France 3

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