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Alaïa, couturier comme personne

Après deux ans travaux, Le Palais Galliera, musée de la mode de la ville de Paris, ouvre à nouveau avec la première rétrospective à Paris de l'oeuvre d'Azzedine Alaïa, couturier au parcours unique. " Je trouvais que c'était un signe fort que d'ouvrir avec lui ", explique Olivier Saillard, Directeur du Palais Galliera et commissaire de l'exposition.

Pas de grands changements à l'extérieur du Musée mais à l'intérieur, Galliera redevient un petit palais. Là où tout avait été segmenté, camouflé on redécouvre une hauteur sous plafond de 9mètres, les murs pompéiens, et les boiseries noires du 19e. 78 modèles iconiques du travail du couturier prendront place dans les galeries rénovées ainsi que dans la salle Matisse du Musée d'art moderne de la Ville de Paris, tout proche dans une scénographie confiée au designer Martin Szekely.

Encouragé par son ami Thierry Mugler, c'est en 1979, qu'Alaïa présente sa première collection griffée. Depuis, il est devenu le couturier d'une oeuvre qui traverse le temps. Son influence sur la mode contemporaine est fondamentale. Infatigable travailleur, artisan sublime, il poursuit son chemin en préférant " les vêtements qui durent " à ceux qui s'éteignent avec les saisons. Maître de son timing, il présentera souvent ses collections en dehors des fashion week.

Azzedine Alaïa est l'un des rares à maîtriser toutes les étapes de la réalisation d'un vêtement : tracer un patron, dessiner à même la toile les formes et les volumes qu'il a en tête, couper, coudre et dompter les tissus

" Quand je travaille le vêtement, il faut que ça tourne autour du corps, de profil et de dos ", dit-il. Les zips tracent leur chemin autour des robes, les oeillets percent les manteaux, les piqûres soulignent le galbe des tailleurs... Ancien étudiant en sculpture aux beaux Arts de Tunis, Azzedine Alaïa modèle un corps nouveau, ses mains façonnent la mousseline ou le cuir. Son apprentissage est intimement lié aux clientes qu'il a su séduire par des vêtements sur mesure, Arletty ou encore Greta Garbo.

Paquita Paquin

ALAÏA Exposition temporaire
Du 28 septembre 2013 au 26 janvier 2014
Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
10, avenue Pierre Ier de Serbie, Paris 16e - Tél : 01 56 52 86 00

Extrait, en avant première, de l'entretien entre Olivier Saillard et Azzedine Alaïa, qui figurera sur le catalogue de l'exposition.

Olivier Saillard

En 1979, Michel Cressole, célèbre journaliste de Libération, dit de vous : " Il est le plus discret des grands couturiers, parce qu'il est le dernier, peut-être. Les professionnels de la mode le connaissent bien pour lui avoir en vain proposé de travailler pour eux. Immortaliser son nom dans une griffe de prêt-à-porter ne le tente pas. Avec quatre ouvrières, il crée des robes uniques, toutes à la main ". Ces quelques lignes sont issues d'un des premiers articles que le quotidien vous a consacré et que le journaliste titre " À la recherche du plaisir perdu de la mode ". En le relisant aujourd'hui, on est frappé par le caractère inchangé et inflexible de vos positions. Comme les robes de vos débuts pourraient être rééditées, cet article pourrait avoir été écrit hier. Comment regardez-vous le couturier Alaïa, ... celui dont on disait qu'il était couturier en chambre ?

Azzedine Alaïa

Certains disent que je suis brouillé avec la chronologie. À ceux-là je réponds que j'ai l'âge des pharaons ! Je crois pouvoir dire que mes vêtements sont indatables, ils sont faits pour durer. Depuis mon arrivée à Paris à la fin des années 1950, je ne pense pas avoir répondu à d'autres demandes ou d'autres impératifs que ceux des femmes qui m'entouraient et continuent à m'entourer. Je peux commencer une robe ou une veste une année et avoir le sentiment de l'achever dix ans plus tard. En m'opposant au rythme superficiel des saisons et des défilés, j'ai été un des seuls à oser rompre avec ce calendrier astreignant qui méprise la création au profit du rendement. Je suis entré dans la mode par et pour le vêtement, par et pour les corps des clientes privées que j'ai touchés des doigts et non par convoitise médiatique. À d'autres encore, qui ont pu dire " Alaïa, vous ne défilez plus ", je réponds que nous défilons tous les jours, que l'auditoire soit composé d'une seule cliente nouvelle ou d'un parterre d'acheteurs. J'ai fait de mon lieu de travail un lieu de vie. Je voyage assis sur mon tabouret, au gré des rencontres qui ont lieu autour de ma table de cuisine. Le travail est tout mon temps.

O.S.

Vous avez sculpté les années 1980 selon un modèle féminin nouveau qui s'est largement répandu dans la rue. Toutes les femmes ont porté des caleçons longs, des robes sexy, des vestes galbées qui ressemblaient aux modèles sortant de la rue de Bellechasse, puis de la rue du Parc-Royal, à deux pas du musée Picasso, où vous avez en 1985 installé boutique, atelier et lieu de vie. En 1982, le grand magasin Bergdorf Goodman vous invite à défiler à New York ; Jean-Paul Goude signe la mise en scène du show. En 1985, des mains de Grace Jones, maîtresse de cérémonie, vous recevez deux oscars de la mode sur la scène de l'Opéra de Paris. La même année, Jean-Louis Froment, ami et fidèle de toujours, vous propose de présenter un défilé rétrospectif dans le cadre d'un musée d'art contemporain à la programmation exigeante, le CAPC de Bordeaux. Quel regard portez-vous sur cette décennie fondatrice ?

A.A.

Je n'ai jamais suivi la mode. Ce sont les femmes qui ont dictée ma conduite. Je n'ai jamais pensé qu'à elles car je suis convaincu qu'elles ont plus de talent que n'importe quel styliste. Il faut connaître l'académie de leur corps pour les devancer dans leurs envies. Au fil des années, j'ai suivi l'enseignement de leur silhouette. L'épaule est essentielle, la taille primordiale. La cambrure des reins et le derrière sont capitaux. La poitrine, on s'en arrange toujours. Le cou, s'il est court, doit être flatté par un col haut et de petites épaulettes. En 1993, j'ai souhaité rompre avec le système imposé des défilés saisonniers pour me concentrer sur des vêtements et non sur l'effet de mode. J'aime les vêtements qui restent beaux et éternels, qui ne sont pas trahis par des détails, des ornements ou des couleurs les vieillissant prématurément. Ce sont les modèles les plus simples et les plus difficiles à réaliser. "Si je n'ai pas un mannequin sous les yeux [...], je n'ai pas d'idées." J'ai besoin de leurs corps à proximité. Farida Khelfa, Veronica Webb, Marie-Sophie Wilson, je leur suis reconnaissant à toutes de m'avoir accompagné dans ces longues séances de pose, d'essayage et de recherche. J'ai imaginé certains vêtements qui m'ont paru aboutis presque dix ans après les premières toiles. Quelques vestes n'ont pas encore reçu mon accord et je les corrige sans cesse, au grand désespoir de mes proches collaborateurs. Il y a des vêtements faits pour ne pas être faits. La recherche compte davantage...

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