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"Louis Benech, douze jardins en France" : Petit-déjeuner avec Louis Benech

Nous avons pris un petit-déjeuner avec Louis Benech chez Claus, le spécialiste du Petit déjeuner, pour la sortie du livre "Louis Benech, douze jardins en France", aux éditions Gourcuff-Gradenigo, écrit par Eric Jansen et préfacé par Eric Orsenna de l'Académie Française.

L'occasion d'évoquer son début de carrière de jardinier assez magique en Normandie auprès d'une Jet Set, qui lui trouve charme et talent ; parler de cette passion des jardins qu'il partage avec son grand ami, Christian Louboutin mais aussi de son projet avec l'artiste Michel Othoniel, pour le bosquet du Théâtre d'Eau du Parc de Versailles. La première fois depuis Le Nôtre et Mansart que l'on confie une parcelle du parc à un paysagiste contemporain.

 

Qu'est-ce qui a décidé de ta vocation de créer des jardins ?
C'est une vocation tardive car avant cela, j'ai fait une maîtrise de droit même si mon rêve absolu était de devenir ingénieur des eaux et forêts. Quand j'avais 7 ans, mes parents se sont installés dans l'Ile de Ré où il n'y a pas de gros arbres alors quand on remettait les pieds en France, j'étais 'mesmerised' par les arbres. Je suis passé par le lycée Eugene Fromentin et, dans la cour, un somptueux magnolia Grandi Flora et un magnifique Paulownia faisaient ma joie. Les arbres ont toujours été très importants.

Tu te retrouves à travailler pour un jardin en Normandie ?
Un jardin splendide à Kerdalo chez Peter Volkonsky. Il était très copain avec la gentry anglaise qui jardinait comme des fous. Une génération qui, contrairement à celle de Vita Sackville West n'a pas marqué l'histoire des jardins. J'ai travaillé ensuite, toujours en Normandie pour La Rolls de pépinières anglaises, Hillier.

Quand deviens-tu jardinier chez Lowell Guinness ?
En 85, je deviens jardinier quatre branches, jardinier en chef d'un domaine avec deux autres jardiniers qui sont largement mes ainés. Une pelouse entretenue à l'anglaise, un immense potager que je trouve un peu trop grand, une serre chaude, une serre froide. Tout ce qu'on peut rêver dans le monde du jardin !

Le premier hiver, il a fait abominablement froid, beaucoup de choses ont gelé, ce qui m'a rempli d'aise car il y avait beaucoup de choses très moches. Lowell Guiness adorait ses orchidées. Avec un sens du management à l'anglaise, il nous demande d'en tenir la comptabilité, ce que nous faisons par télex. Certaines espèces fragiles n'avaient pas fleuri depuis dix ans et, grâce à cette gifle de froid, il n'a jamais eu autant d'orchidées, ce printemps-là.

Quel homme était Lowell Guiness ?
Irlandais apatride, de 85 ans en 1985, de passeport anglais - grosse galette – vieux monsieur adorable. Quand je lui ai raconté l'histoire du concours des Tuileries (ndlr : Louis Benech a été choisi en 90, avec Pascal Cribier et Pascal Roubaud pour réaménager la partie ancienne du jardin des Tuileries) il était enthousiaste pour moi.

Les premiers grands clients qui ont fait ta réputation?
Un beau jour Pierre Bergé que j'ai trouvé très érudit en matière de plantes, était venu à la pépinière d' Hillier à l'heure de la fermeture. Je ne connaissais pas sa tête, il ne s'est pas présenté. Je l'ai invité avec l'ami qui l'accompagnait à prendre une tasse de thé dans la caravane ou j'habitais. Le lendemain j'ai reçu une lettre signée Pierre Bergé, avec le papier à lettres le plus épais que je n'ai jamais reçu, à l'en-tête du Château Gabriel, des photos de Marrakech, et la proposition de devenir son jardiner là-bas.

C'était le second d'une longue série de clients prestigieux ?
Lowell Guiness était très lié avec Guy de Rothschild et la fine fleur d'une jet set un peu has been et vieillissante. Quand Guy et Marie Hélène sont venus, ils ont découvert que le jardin était transformé. Je me suis mis à travailler pour Guy de Rothschild qui venait souvent à cause des haras alors que Marie Hélène ne venait qu'au mois d'août. Avec elle, j'étais tremblant de timidité car elle adorait vous déstabiliser. Elle m'a embauché pour son jardin dans la palmeraie de Marrakech.

Grâce à Lowell Guiness, je n'ai jamais eu de clients aussi glam qu'au tout début. Dans ce ricochet jet et chic, j'ai commencé à travailler pour Sadruddin Aga Khan, puis ce fut François Pinault alors qu'il faisait construire la Mormaire. Les amateurs de jardins, comme Jean Louis de Faucigny Lucinge venaient chez Lowell Guinness. Un jardin visité c'est très dopant pour les jardiniers, nous trouvions avec tous ces visiteurs chics la parcelle de reconnaissance dont nous avons tous besoin, y compris la personne qui s'occupe du potager.

Ce n'est pas un hasard si tu as croisé le chemin de Christian Louboutin car lui-même aime les jardins et les plantes
La personne importante dans notre rencontre c'est Olivia, la fille d'Andrée Putman qui faisait un diplôme de paysagiste par correspondance avant de venir travailler chez moi. Chaque jour elle me disait : j'ai un copain, c'est incroyable ce que vous vous ressemblez, elle disait la même chose à Christian. Elle me parle de Champgillon, le château de Bruno Chambelland en Vendée. Là, j'ai découvert que Christian jardinait comme un fou et qu'il était très intéressé par les jardins. J'ai trouvé Bruno au-delà du charmant et Christian m'a amusé comme il amuse tout le monde.

Qu'aimes-tu dans sa façon à lui de regarder les jardins ou de les concevoir ?
On ne les regarde pas de la même façon. Au Portugal, un endroit qui est commun à nous deux, je pense que je vais lui faire " son " jardin. Il a des idées très précises, des envies suffisamment fortes en matière de plantes et d'agencement. Il est assez déjanté pour se créer des univers qui ne ressemblent à rien d'autre. Un jardin c'est aussi une histoire.

Des points communs dans votre approche des jardins ?
Nous n'avons pas la même approche : j'aime les choses qui se lisent clairement. Christian est très baroque, très flamboyant, moi j'aime une réelle simplicité. Je pense toujours : entretien. Souvent, je me trompe sur la capacité des gens à entretenir leur jardin. Certains ont un jardiner, d'autres trois, d'autres encore un demi par semaine et certains n'en ont pas.

Le concept de mode en matière de jardin t'est étranger ?
C'est très perturbant je regarde un peu ce que les autres font par exemple, le travail au Musée de Lens de la très talentueuse Catherine Mosbach. La tendance est " minimal et très minéralisé " ; moi qui travaille avec des plantes, je suis sans doute considéré par mes camarades comme un peu ringard. Et puis je ne bouscule pas tout. Dans un jardin Napoléon III, je garde un coté napoléon III. Si l'atmosphère est charmante, je garde une écriture qui la respecte. Je ne vois pas pourquoi je mettrais un pipi qui est juste le mien simplement pour me faire plaisir. Aujourd'hui les jardins sont souvent très élaborés intellectuellement par les paysagistes-artistes.

Le comble du démodé ?
Le saule pleureur : le coté romantique, ce n'est pas ce qui séduit les gens aujourd'hui. Ceci dit, il n'y a pas une plante que je n'aime pas.

Des modes que tu n'aimes pas ?
- Celle du bambou qui pourtant est vert, frais, fait un bruit délicieux et nous fait voyager dans la tête, mais, il n'y a pas de frontière -aussi profondes soient-elles- qui lui résistent et on a un mal fou à s'en séparer.
- " L'olivier n'importe où". Dans un jardin de banlieue parisienne, j'ai froid pour lui.
- L' érable américain, l'Acer Sacharinum argenté. Il pousse très vite donc il est très planté, mais, amateur de terres acides, il n'est pas tellement heureux dans nos sols calcaire.

A quoi sont dues les épidémies végétales comme la mineuse du marronnier ?
La mineuse n'existait pas il y a dix ans. Aujourd'hui le marronnier perd ses feuilles en juillet La cause vient sans doute des degrés de pollution, l'équilibre naturel est une alchimie. Nos usages inconsidérés de pesticides d'un type précis ont probablement éliminé une autre animal qui était le ravageur de cette mineuse. Sans son prédateur, elle devient nuisible.

Faudrait-il cesser de faire voyager les plantes ?
Certainement pas ! J'aime l'exotisme, j'aime la mondialisation !

Le monde jardin a été mondialisé depuis des siècles et je suis terriblement pour l'introduction des végétaux. les arbres de Paris viennent de partout d'Asie, d'Amérique. Enfant les plantes me faisaient voyager sur la planète entière, c'est pour cela que je les ai adorées.

Tu utilises les graminées ?
Oui, et c'est très à la mode On les aime parce qu'elles sont très présentes. La pousse est assez jolie, la floraison verte aussi et quand la graminée sèche on peut la laisser éternellement. Donc la longueur de l'effet est maximale. D'un entretien facile, elle se fauche une fois par an.

Es-tu un adepte du jardin blanc ?
Ce n'est pas le snobisme qui prime quand pour un jardin parisien, on choisit des plantes à fleurs blanches. Le blanc donne de la lumière plus qu'aucune autre couleur.

Il faut savoir que le jaune rapproche, que le bleu éloigne. Et qu'on se sert des couleurs pour, ou conforter ou aggraver une situation, agrandir un lieu, le rétrécir ou lui donner de la densité.

As-tu déjà crée un jardin japonais ?
Quand tu as été au Japon et que tu connais leur subtilité... c'est difficile. Non, je n'aime pas l'idée qu'on me demande un jardin japonais parce que 80% des jardins japonais sont fait sur une base spirituelle alors quand tu n'as pas cette spiritualité-là, cela devient du décoratif. Au Japon, dans un pin, il y a trois personnes en permanence en train d'enlever trois aiguilles là pour que la branche parte comme-ci ou comme-ça. Le ratissage est impeccable. A Kyoto, ce sont des gens sur des échasses qui ramassent les feuilles unes a unes à la petite pique.

Le contrat - temps avec un client ?
En Grèce, une fois, quand j'ai commencé à me dire que je pouvais m'asseoir et regarder comment ça allait marcher, alors les gens m'ont viré en me disant : " où est le jardin ? ". 90% de la surface n'était pas arrosée alors cela prenait vraiment du temps à pousser, j'avais travaillé trois ans et l'image était à peine changée. Ici en trois ans ça change déjà beaucoup, surtout quand on mélange des arbres à vitesses de croissance différentes.

L'intérêt des tables de buis que l'on retrouve dans plusieurs de tes créations ?
C'est pour meubler pour occuper l'espace quand j'ai envie qu'il n'y ait rien, et globalement il n' y a rien puisque c'est vert. Cela crée une écriture, une distribution, cela génère du vide, du plein. Tu sais où tu passes, tu sais où tu vas, mais il n'y a pas grand chose. C'est reposant à l'oeil. A Paris, dans 90% des cas, je ne met pas de pelouse car elle ne pousse pas. Alors, pour répondre à une envie de sérénité, de plat, une table de buis c'est génial.

Parles-nous des origines du projet du bosquet du Théâtre d'eau à Versailles
Dès son arrivée à Versailles, Jean Jacques Aillagon a commencé à poser des jalons pour pouvoir intervenir dans le Parc. Personne n'était prêt à cela. Six concurrents ont présenté devant un jury leur projet pour ce bosquet du Théâtre d'Eau. Il s'est trouvé que c'était le jour même du départ d'Aillagon. Hésitant encore entre trois projets, le jury n'a pas choisi le lauréat, ce jour-là. Catherine Pegard, en prenant à sa suite, les rennes de Versailles, n'a pas fait table rase, elle a lancé l'idée d'un oral pour les trois retenus et mon projet a été choisi.

Une première création contemporaine à Versailles depuis Le Nôtre et Mansart ?
C'était un bosquet vide et fermé au public, qui servait d'entrepôt au artificiers ou de manège à Bartabas. La restitution était impossible. Pour ce bosquet du Théâtre d'eau, je vais travailler en co-traitance avec Jean Michel Othoniel qui va créer des sculptures inspirées par des dessins de chorégraphies du maître de ballet de louis XIV.

C'est un bosquet fontaine en 3 axes : une scène en eau , une salle, un grand espace minéral. Je me suis basé sur l'archéologie du buffet d'eau trouvée en-dessous du sol mais auquel je n'ai pas voulu toucher.

Espèces et tonalités utilisées?
Principalement des chênes verts assez sombres, des graminées qui vont être blondes quand les sculptures de Jean Michel Othoniel seront or.

On peut s'attendre à ce que cela ressemble à quelque chose à partir de quand ?
Grâce à Jean Michel Othoniel, ce sera bien et durablement dans sa situation dès l'inauguration en 2014. Sinon le bosquet sera bien dans trente ans. Les chênes poussent lentement, les distances que j'ai voulu voulues entre les arbres est de plus de 6 mètres, c'est beaucoup, personne ne fait ça dans un jardin public . Les arbres auront de grands développements, mais ils vont se toucher.

Pourquoi privilégies-tu cette croissance peu rapide, à Versailles ?
Un arbre que l'on plante déjà grand est deux fois moins bien ancré qu'un arbre planté petit. Dans un endroit qui a magistralement souffert de la tempête comme le Parc de Versailles, je préfère faire en sorte que les arbres ne cassent pas à la prochaine tempête.

Propos recueillis par Paquita Paquin

Claus : 14 rue jean jacques Rousseau 75001 Paris

 

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