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Yves Saint Laurent ou la tentation du voyage

" N'importe où, mais ailleurs..."
Charles Baudelaire

 

Yves Saint Laurent est né un 1er août à Oran, ville colorée, resplendissante sous le soleil de la Méditerranée. A l'âge adulte, il a adopté celui de Marrakech, autre lieu coloré, exotique, mystérieux et verdoyant au milieu de l'aridité de l'Atlas voisin.
Le voyage a toujours nourri l'inspiration de ce couturier féru de la magie de l'ailleurs. Si ses collections ont conduit ses clientes vers les horizons lointains de la vieille Russie, de la Chine, d'Afrique du Nord ou de Patagonie, elles n'en demeuraient pas moins essentiellement "de Paris" mais avec une universalité comprise par toutes les cultures.

On parle souvent de l'état d'angoisse qui habitait Yves Saint Laurent, mais on oublie qu'à la manière d'un Vincent qui peignait des paysages comme par hallucination, la vision d'Yves Mathieu Saint Laurent faisait siens les mots de Blaise Cendrars lorsqu'il proposait d'emmener son lecteur "au bout du monde" ou bien ces après-midis qu'évoque Aragon à Saint-Nom La Bretèche où le bonheur extraordinaire "en était d'un verre d'eau fraîche" ou bien ces roses tyriens où palpite encore le coeur d'Europa, princesse phénicienne, future mère de tout un continent, enlevée par le Minotaure.
Autant de paysages peuplés de couleurs, de tonalités, de spiritualité même, avec une singulière lumière que tempéraient le noir et le brun brûlé, couleur fétiche du maître.
Le folklore a souvent influencé l'oeuvre d'Yves Saint Laurent, mais c'est la peinture, art majeur, qui lui a servi de guide sur les sentiers de la création d'où jaillirent les modèles qui ont assis sa préséance, non seulement de grand couturier, mais aussi de coloriste d'exception.
Les légendes participent également au cheminement créatif d'Yves Saint Laurent. Elles s'insinuent par touches ou par pointes, sans qu'on ne s'y attende, pour éblouir, donner le ton, conduire vers un dépaysement que rattrape le "métier" du faiseur et son extraordinaire technique à dompter les merveilles des continents.

1976, année charnière pour Yves Saint Laurent. L'exotisme et la passion du voyage sont au rendez-vous. La Collection Russe naît comme par magie d'un studio exceptionnellement rôdé grâce à la complicité d'une équipe de choc : Anne-Marie Munoz, Loulou de la Falaise et Monsieur Jean-Pierre, trois collaborateurs, sorte de garde rapprochée, qui, sous la direction du maître, vont produire une collection qui fera retentir ses échos aux quatre coins du monde. La somptuosité de la vieille Russie déploie ses fastes sous les lambris du Salon Impérial de l'ex-Hôtel Intercontinental, rue de Castiglione. Le magazine Time accorde la couverture à la Russian Collection et nomme Saint Laurent le couturier le plus important des seventies. Sur le podium, une orgie de tissus chatoyants, lamés somptueux, turbans, bijoux grossis, bottes, passementeries et c'est la cohue ! La terre entière acclame le talent, certains prononcent déjà le mot "génie" de celui qui va révolutionner son époque en donnant aux femmes un pouvoir transcendant dans l'action comme dans la séduction. La collection Rive Gauche dérivait un prêt-à-porter issu de celle de la Couture et c'est la ruée dans toutes les boutiques, de la place Saint-Sulpice jusqu'à Madison Avenue ou bien celles de Monte-Carlo, Londres ou Tokyo. Saint Laurent est au pinacle de la célébrité. Cette secousse tellurique devait produire encore un autre choc : celui du lancement, un an plus tard, du célèbre parfum "Opium", philtre magique dédié à "celles qui s'adonnent à Yves Saint Laurent" . Elles furent légions de par le monde à le porter et continuent de le faire à ce jour.

Quelques collections plus tard, plus précisément en 1978, naissait un travail inspiré des mystères et sortilèges de la Chine : tuniques, cols Mao, bibis dans des coloris plus atténués mais d'un chic incontestable. La veste chinoise deviendra un objet permanent dans le vernaculaire saint-laurentin, elle perdurera plusieurs saisons, retravaillée, simple ou sophistiquée, toujours renouvelée. Originaire du Caucase et transitant par les fastes de la cour Ottomane, le sarouel lui donnera la réplique dans un "look" répété et repris par plusieurs podiums à la fin des années 70. L'Orient omniprésent, des sables d'Arabie, de la Haute Egypte jusqu'au Maroc, continuait de nourrir l'inspiration d'Yves Saint Laurent et de révéler des chapitres successifs comme autant de tableaux où Delacroix, Ingres et les Orientalistes étaient convoqués dans une interprétation d'une modernité conquérante qui a su s'imposer, bouleversant du coup le reste des propositions saisonnières.

Le Maroc laissera une empreinte indélébile dans l'esprit du Couturier. Ses lumières, ses couleurs, ses plantes, ses jardins, fruits et épices seront autant de sources d'interprétations chromatiques, toujours plus riches et surprenantes, traduites dans des tissus exclusifs fournis par un complice fidèle de la Maison, le suisse Monsieur Zumsteg. Au travers des collections de haute-couture, il offrira à Yves Saint Laurent les avancées les plus pointues de la technologie textile dans des échantillons de tissus aux imprimés uniques qui ajouteront à la brillance d'un discours demeuré à ce jour inoubliable tant par les proportions que les formes. Le caftan, vêtement folklorique marocain, trouve une dimension universelle quand il est présenté accompagné d'une cape avec passementerie, les brocards, lamés, tissus brochés font étinceler des robes du soir ou d'apparat, les imprimés à la fraîcheur primesautière invitent à danser au bal ou sous une tonnelle ; danser, jamais "guincher" : le discours, sans être coincé ou étriqué, demeurait d'une classe indiscutable, faisant d'une "souris " une princesse.

L'Espagne, source proche et pourtant exotique d'inspiration mauresque, nous vaut des pantalons magnifiquement structurés à la taille rehaussée, avec un boléro taillé comme un habit de lumière ponctué du fameux sombrero sévillan, sans compter les jupes andalouses amples et volantées pour parachever la signature d'une séduction toute ibérique. Le Japon et ses kimonos traditionnels envahit le podium YSL dans des coloris qui le renouvellent et le projettent dans une perspective occidentale. L'Inde et ses saris aux fulgurances chromatiques surprenantes, ses bijoux féminissimes, ses voiles, ajoute son apport à un diorama déjà riche... De l'Egypte millénaire jaillit un objet qui fera date : le "khalkhal", sorte de bracelet à grelots placé à la cheville droite ou gauche, selon l'état civil de celle qui le porte, symbole d'une puissante féminité.

Autant de fascination où le détail, l'accessoire, la couleur du maquillage ou la coiffure servent de viatique à la femme prête à embarquer dans l'aventure du voyage munie du bon passeport. La quasi-religiosité, le "cachet" Yves Saint Laurent étaient tellement puissants, tellement définitifs et justes que la même collection présentée un mois de juillet à Paris avec l'équipe "maison" s'en trouvait totalement autre un mois plus tard sur le podium du Fashion Group à l'hôtel Waldorf Astoria à New York avec d'autres mannequins, d'autres coiffures et maquillages que ceux créés respectivement par Monsieur Alexandre et Terry. Prestigieuse plateforme que la plateforme new-yorkaise, certes, mais à qui il manquait la magie saisissante des défilés, rue de Castiglione. Jamais couturier n'aura autant su servir les femmes en devinant leurs attentes et en leur répondant avec éloquence, talent, bon goût et harmonie, cette fameuse harmonie française qui fait contention de tous les éclats pour les rassembler dans un univers d'élégance pérenne, souveraine, inégalée.

 

Fady el-Khoury

 

Puretrend, partenaire web exclusif de la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent pour l'exposition Yves Saint Laurent Rétrospective

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