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Yves Saint Laurent et la magie des femmes noires

" J'ai conscience d'avoir fait progresser la mode de mon temps et d'avoir permis aux femmes d'accéder à un univers jusque-là interdit. " Cette phrase prononcée par le couturier lors de son discours d'adieux, évoquant l'ouverture, pour la première fois, de boutiques de prêt-à-porter à l'enseigne d'un nom de la haute couture, Yves Saint Laurent aurait pu la prononcer également en rajoutant le mot " noires ", juste après le mot " femmes ".
Suite à son décès, le 1er juin 2008, la top modèle britannique Naomi Campbell, une des égéries noires de Monsieur Saint Laurent lui rendait en effet hommage (au micro de Channel 4 en Grande-Bretagne) en ces termes : " Yves Saint Laurent a tant fait pour les gens de couleur (...). J'ai obtenu ma toute première couverture de Vogue grâce à cet homme. Quand je lui ai dit "Yves, ils ne vont pas me donner la couverture de l'édition française de Vogue, ils ne veulent pas mettre une noire en couverture", il a répondu "Je vais m'occuper de ça", et il l'a fait. (...) Il a été extrêmement important dans ma carrière, il m'a donné l'un de mes premiers contrats. Il a été le premier créateur à mettre des femmes de couleur dans ses défilés. "

 

L'exaltation africaine

Cette célébration de la beauté d'origine africaine, Yves Saint Laurent l'exalte au coeur des années 1960. Alors que l'univers conventionnel de la haute couture s'essouffle quelque peu dans les falbalas, il sent que son époque est assoiffée de liberté et propose comme coup de tonnerre sa collection africaine. Présentée dans l'exposition qui lui est consacrée au Petit Palais sur des mannequins bleus (comme lors de l'exposition du Musée des Beaux-Arts de Montréal en 2008), cette collection fût pourtant, à l'origine, photographiée pour Yves Saint Laurent Haute Couture sur des mannequins vivants à la peau blanche, peut-être pour plus de subversion encore. Cette " fantaisie de génie primitif : des coquillages et des bijoux de jungle assemblés pour couvrir la poitrine et les hanches, tressés pour dévoiler le torse " selon la description du Harper's Bazaar faisant écho au défilé de janvier 1967, vise bien au-delà d'un horizon d'exotisme, elle appelle au métissage des corps, des sens et des codes esthétiques, à l'affût d'une posture moderne pour la femme. Sur la base d'une inspiration bambara, elle signifie à la cliente de la haute couture qu'elle peut désormais, si elle le veut, délaisser les volants pour laisser apparaître sa peau au travers des perles de bois et des franges de raphia. La tunique saharienne, créée tout spécialement pour une parution dans Vogue, portée par Veruschka et immortalisée par l'objectif de Franco Rubartelli l'année suivante, relève de la même geste esthétique. Elle rattrape l'Afrique sous un autre angle pour rendre à la femme une sensualité plus généreuse, une élégance déliée des carcans bourgeois, puisée aussi bien dans un imaginaire safari pour baroudeuse de charme que dans la noblesse des arts premiers des pays subsahariens.

 

Des noires sur le podium

A partir de quelle collection Yves Saint laurent commence-t-il à faire défiler des mannequins noires ? Si la réponse à cette questions se perd dans les souvenirs, c'est que, contrairement à d'autres couturiers, à rebrousse-poil du " diktat " de certaines clientes de haute couture, de magazines et d'acheteurs internationaux qui boudent souvent un modèle porté par une fille de couleur sur le podium, Yves Saint Laurent n'a plus jamais cessé de leur faire porter ses modèles... jusqu'à sa dernière rétrospective. On pense à Mounia, " la première noire dans la haute couture parisienne ", selon les dires du mannequin elle-même, qui confiera au micro d'Europe 1 à la mort du couturier : " Il m'a rendue fière de ma couleur ". On se souvient de Katoucha Niane, princesse peuhle portant la robe Hommage à Braque en 1988, ou l'impressionnant manteau de plumes fauves, comme un chamane ; lors du dernier défilé rétrospective au Centre Pompidou en 2002. Naomi Campbell, citée plus haut, portait lors de ce même événement, la veste brodée aux iris inspirée de Van Gogh, la robe en plumes ivoire le manteau vert de renard de la collection " scandale " de juillet 1971. Car s'il a utilisé des mannequins noires, celui qui est devenu le maître de la couleur ne les cantonnait pas à d'anecdotiques numéros ethniques. Il savait que certains verts, orangés ou violets vibrent d'une façon particulière sur la peau ébène et en a fait subtilement, sans dogmatisme, une des signatures de son style, saison après saison, collection après collection, défilé après défilé, leur faisant porter aussi bien de chatoyants fourreaux du soir, que son tailleur pantalon, et au fil de ses " voyages immobiles ", des tenues inspirées par la Chine d'après Mao ou par les ors de la Russie des tsars.

Ne serait-ce que pour cela, au vu des podiums actuels sur lesquels la présence de femmes noires se fait anecdotique, Yves Saint Laurent a laissé derrière lui un vide béant et fatal. En songeant à ses présentations, les images de Debra Shaw, d'Alek Wek, de Georgianna Robertson , d'Amalia et de toutes les autres perles noires de sa haute couture se télescopent... Autant de femmes de couleur chez lesquelles Yves Saint Laurent traquait une magie spécifique : "Elles possèdent pour moi ce qu'il y a de plus magique chez une femme. Le mystère. Pas le vieux mystère des femmes fatales, mais le mystère dynamique d'une femme d'aujourd'hui."(cité par David Teboul dans le livre " Yves Saint Laurent, 5 avenue Marceau ", paru en 2002 aux Editions de La Martinière).

 

Jean-Paul Cauvin

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