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The Eternity dress : ''La mode qu'on disait visionnaire est devenue borgne...''

En assistant à la performance d'Olivier Saillard et Tilda Swinton dans le cadre du festival d'automne, juste avant le match de qualification des Bleus pour la coupe du monde 2014 au Brésil, nous avons vécu un premier moment de grâce.

Dans le rôle du couturier et de sa muse, le duo avait investi un petit amphi des beaux arts pour établir en raccourci l'élaboration d'une robe unique : " Eternity dress ". Une performance rendue possible par l'accompagnement économique et la formation accélérée reçue par Olivier Saillard dans les ateliers de Chloé investis pratiquement pendant 9 mois, comme pour une résidence d'artiste.

9 mois, c'est le temps qu'a duré la réalisation de cette robe unique dont nous revivons les prémisses avec l'exercice de la de prise des mesures sur fond-de-robe chair. " Une énumération mathématique du corps tout à fait poétique " : " tour de talle, 57 tour de cuisse, 42 tour de petites 53 hanches 54 " ce seront pratiquement les uniques paroles échangées entre Tilda Swinton et Olivier Saillard. La gestuelle est démonstrative avec le mètre ruban bien tendu que Tilda fixe elle-même sur chaque point du corps que lui désigne précisément Olivier Saillard. Leurs mouvements dans l'espace répondent à une chorégraphie fluide dans laquelle entrent les 2 assistants qui apportent et fixent les morceaux de patron, placent les épingles de la toile apportent le tissu telle une offrande au couturier, virevoltant avec un calme et une précision d'experts. Souples dévoués et concentrés, ils contribuent à l'oeuvre ....

Tilda Swinton, dont l'auteur parle du " charisme corporel ", s'exprime avec d'infimes expressions du visage face au miroir absent : l'amphithéâtre. Elle se livre à de discrets mouvements d'épaule pour parfaire la mise en place du modèle. Elle est guerrière quand elle offre une à une, les épingles, à ceux qui vont assembler les morceaux du patron, mime l'hésitation sur la longueur en retroussant plus ou moins le bas de la toile de façon touchante et comique. Elle jette, désinvolte, les très nombreuses propositions de cols qu'elle énumère : col Danton , col pelle à tarte, ou Claudine. On lui passera mille et une sortes de manches qu'elle élimine aussitôt, car la notion de temps dans ce spectacle est recréé de façon factice et particulière. C'est parfois laborieux, on s'éternise- comme il est de mise dans les spectacles les plus ardus du festival d'Automne. Ou bien tout s'accélère quand Tilda se débarrasse de tous les essais de découpes et de poches , marqués par des bolducs sur la toile patron.

Quand elle drape les métrages de tissus autour d'une épaule pour l'offrir à l'oeil du couturier, en déployant encore quelques mètres de traîne supplémentaire, avant de le rendre à l'assistante, tout cela va très vite. Pourtant certaines couleurs, certaines étoffes comme un jaune safran éloquent, vont matcher avec sa chevelure blonde arrachant un " oh " d'exclamation à mon voisin qui l'aurait bien choisi lui, ce jaune sur lequel le couturier ne s'arrête pas.

La robe, une robe noire sans col à dos ouvert pourra, selon la pose prise par Tilda Swinton, devenir un modèle Balenciaga, Chanel, Mugler, Saint-Laurent, Helmut Lang, Yohji Yamamoto ou Comme des Garçons dont Tilda Swinton égrène leur noms comme si l'attitude suffisait à signer le modèle.

Qu'est ce qui a poussé Olivier Saillard, conservateur de musée et artiste plutôt que couturier à cette démonstration de la création d' une robe d'un fantôme de robe, de l'ombre d'une robe ? " Du printemps en été, de l'automne en hiver, les collections de mode n'ont cessé de se renouveler jusqu'à l'épuisement des saisons, explique-t-il. Le nombre de vêtements créés comme celui des défilés, se multiplient avec une inquiétude consentie. La mode qu'on disait visionnaire est devenue borgne. Un bégaiement entretenu et viral dessine ses contours dont peu de noms s'extraient avec force . Eternity dress repose sur la création d'une robe une seule, ce sont toutes ses étapes de sa création qui sont consacrées, de manière a ralentir, à s'éterniser sur chaque geste qui conduit a la fabrication du vêtement. "

Une performance dans le plus pur style d'Olivier Saillard qui raconte la méticulosité d'un savoir faire, la magie du geste d'un visionnaire, tout autant qu'elle porte à réfléchir sur le devenir la mode. Une première applaudie à tout rompre par la fine fleur du métier : Christian Lacroix, Jean Paul Gaultier , Haider Ackermann, Dominique Issermann, Inès de la Fressange, Joanna Preiss, Daniel de la falaise, Colombe Pringle, Michel Gaubert...

Paquita Paquin

Eternity dress
Ecole Nationale des Beaux-Arts.
Dans le cadre de la 42eme édition du Festival d'Automne
Du 20 au 24 Novembre.

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