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Savages : rencontre avec Salma Hayek, John Travolta et Oliver Stone

Au cinéma le 26 septembre, "Savages" le nouveau film d'Oliver Stone promet déjà de faire parler de lui. Il met en scène un ménage à trois : Ophélia dite "O" (Blake Lively ), Chon l'ancien soldat (Taylor Kitch) et le plus romantique Ben (Aaron Taylor-Johnson). Deux hommes qui vivent dans le luxe grâce à leur ancienne plantation de cannabis... La meilleure au monde selon quelques légendes urbaines. Problème, les cartels de drogue mexicains, dont celui tenu par Elena (Salma Hayek) veulent continuer leurs affaires avec eux. Ils prennent alors en otage la naïve (mais pas tant que ça) O. Ben et Chon, enragés vont tout faire pour la retrouver, se faisant ainsi (plus ou moins) aider par Dennis, (John Travolta) un agent corrompu.

Rencontre avec Salma Hayek, John Travolta et Oliver Stone :


Le film s'appelle "Savages", c'est à dire "Sauvages". Un mot qui est cité à de nombreuses reprises, mais avec des valeurs différentes. Pouvez-vous nous donner votre définition de "Sauvages" ?

Salma Hayek : Je ne suis pas vraiment un dictionnaire mais j'ai des sentiments très partagées vis à vis de ce mot. Il y a un côté du mot "Savages" que j'aime : j'aime le côté insoumis, le côté rebelle puisque j'en suis une, j'aime l'image de liberté. Cet aspect là de la sauvagerie me plaît. Mais l'autre côté qui me plaît beaucoup moins et qui correspond aussi au "Sauvage" est l'absence de toute moralité, on a plus le sens des limites, on est dirigé par une soif de faire ce que l'on veut et de détruire. Malheureusement dans notre société actuellement, quand on regarde les humains on se rend vite compte que c'est ce côté sauvages là qui s'est beaucoup développé.

John Travolta : Ma définition est très simple, pour moi c'est une réaction presque animale, inhumaine, surtout de ce deuxième côté décrit par Salma.

Oliver Stone, tout vos films ont un point de vue politique très fort, très tranché. Pouvez-vous nous parler du point de vu politique de celui ci ?

Oliver Stone : La guerre contre la drogue existe depuis 42 ans, c'est Nixon qui l'a en quelque sorte lancée en 1972. Et comme on le voit, c'est une immense farce, ça ne marche pas. Les drogues se multiplient, sont de moins en moins chères et sont meilleures. Ce conflit est lié à la souffrance et à l'argent bien sûr. Qu'est-ce que cela crée ? Des prison surpeuplées, une nouvelle catégorie de gens en prison, principalement de jeunes afro-américains. Ça crée une population carcérale : la plus grande au monde. L'Amérique est le plus grand oppresseur et comme vous l'avez compris je ne suis pas très fan de cette guerre contre la drogue. Ça a créé un système sécuritaire qui coûte des milliards à l'état américain. Pour le film nous avons eu un consultant qui a été un agent à travers le monde entier, qui croyait très fort en sa mission. Mais après quelques semaines de tournage avec nous, il a découvert l'autre revers de la médaille. Ce combat n'emmène que la terreur et malheureusement on ne peut pas l'arrêter. Dans mon film on retrouve évidemment cette guerre anti-drogue mais ce qui m'interesse vraiment, ce sont ces six personnages centraux qui existent à l'interieur de ce contexte. Entre eux ils jouent au chat et à la souris, c'est un jeu de pouvoir où finalement personne n'est tout à fait lui même... Ni tout à fait un autre.

Salma Hayek, vous jouez Elena, un personnage très froid et cruel... Mais en même temps avec un très fort instinct maternel. En quoi ça a été un challenge pour vous d'interprêter ce genre de femme ?

Salma Hayek : Pour moi ce qui a vraiment été jubilatoire c'est que Oliver Stone n'a pas voulu faire un personnage de BD. Ce n'est pas le personnage soit gentil soit méchant. Au contraire, grâce à lui il y a eu tout un processus de découverte. C'est vrai qu'on a commencé avec des prémices assez simple et ensuite on a cherché des tas de détails et ça s'est vraiment concrétisé lorsque j'ai appelé le Oliver Stone's Camp où pendant deux semaines nous avons été réunis pour répéter. Ça a vraiment été un rêve d'acteur car ça n'arrive jamais. On arrivait là le matin, on ne savait pas très bien ce qu'on allait faire dans la journée mais des activités avaient été préparées pour nous, pour développer nos personnages. Et surtout pour trouver en eux cette part d'humanité qu'il était essentiel d'apporter. Ça a été un moment incroyable, qui a permis ce processus du personnage que j'incarne.

Les deux fins du film montrent le contraste entre le point de vue romantique de la fille, O, et la réalité de la lutte contre la drogue. D'où viennent ces 2 fins ?

Oliver Stone : La première fin est l'originale du livre de Don Winslow. Personnellement, je trouvais ça très romancé, quelque chose qui tient du pur fantasme. Don Winslow a écrit beaucoup de livres sur la guerre contre la drogue au Mexique, mais justement "Savages" n'est pas à 100% sur ce sujet. C'est une pure invention parce ce que ce que ce roman en particulier décrit, ce sont des choses qui ne sont pas arrivées : les cartels mexicains ne se sont pas intéressés au trafic de marijuana, je suppose, parce qu'il ne rapporte pas assez d'argent. La première fin est donc un fantasme qu'on voit au travers des yeux du personnage principal de O (Blake Lively) qui est la narratrice du film. Et dès le départ, elle n'est peut-être pas fiable puisque la première phrase qu'elle prononce dans le film est : "Ce n'est pas parce que vous me voyez là et que vous entendez ma voix que je serais vivante à la fin du film". Alors qu'à la fin elle dit : "Je pensais que ça se terminerait ainsi mais la vérité a sa propre logique". C'est le signe qu'elle a mûri. La deuxième fin ressemble davantage à ce que moi, Oliver Stone, je crois. Il y a une vision très romantique un peu à la Butch Cassidy et le Kid. Mais je crois davantage à la deuxième fin, plus cynique certes. Pour moi la guerre contre la drogue continue encore et encore.

John, votre personnage, Dennis a de multiples facettes. Pouvez-vous nous en parler ?

John Travolta : Ce fut un défi de comprendre ce personnage très complexe. Il est hypocrite, manipulateur, corrompu. Pour vous dire la vérité, j'ai vraiment découvert sa vraie personnalité au moment où j'ai passé une semaine avec Eddie Follis, l'intervenant de la DEA dont Oliver parlait précédemment. Il m'a expliqué sa façon de penser, ses motivations et j'ai pris beaucoup de notes. J'ai trouvé que finalement, au bout du compte, c'était un homme triste. Toute sa vie, il a sans cesse dû s'attacher à certaines personnes pour ensuite immédiatement les trahir. A travers son histoire personnelle, j'ai compris que s'il avait commencé à faire ce travail pour les bonnes raisons, à la fin, il avait changé sa perception des choses. Finalement à la fin de la journée, il gardait en lui une véritable amertume. Quant au personnage de Dennis, il est en quelque sorte l'acteur de sa vie dans chaque scène. Quand il est avec les trois jeunes, il essaie d'être cool, hype et dans le coup... Sinon, ils le tuent. Quand il est avec le cartel mexicain, il essaie d'être malin, manipulateur, sinon ils le tuent. Lorsqu'il est chez lui, il doit être un père de famille modèle avec une vie parallèle dont il ne peut pas parler, sinon il risque d'être dénoncé... Et au sein du gouvernement, il doit être un conservateur, un business man. Vous vous rendez compte de cette vie ? A chaque fois, il est un autre personnage ! C'est un vrai danseur au-dessus d'un précipice et je crois qu'il est aveugle lui-même, qu'il ne se rend pas compte des risques qu'il prend en allant toujours plus loin dans ce piège ridicule qu'il appelle sa vie. Je suis sûr qu'il a commencé pour les bonnes raisons, mais il a choisi, c'est vraiment un choix personnel, la voie de la corruption et de la manipulation. C'est presque l'acteur ultime dans toute sa splendeur. S'il dit le mauvais mot, s'il fait le mauvais geste, il meurt. C'est quelque chose de terrible la vie qu'il a. De tous les personnages que j'ai joué, je ne les ai pas forcement aimés à chaque fois, mais j'ai toujours aimé jouer ces personnages. Dans le cas de Dennis, j'ai adoré l'interpréter même si dans la vraie vie je n'irai pas forcément boire un verre avec lui.

Monsieur Stone, on retrouve une sorte de paradoxe, une dualité dans vos films qui confrontent la beauté des femmes, la beauté des corps... avec l'horreur, la violence et parfois le déchirement. Est-ce votre plaisir de cinéaste ?

Oliver Stone : Est-ce que tous les Français posent des questions qui concernent des paradoxes ? (rires)

John Travolta : Dichotomie conviendrait mieux.

Oliver Stone : Je ne m'attarde pas seulement sur les femmes, je laisse ça à Brian De Palma. J'ai beaucoup de beaux hommes dans mes films, avec des beaux corps. Ils sont tués dans des guerres ou autre. Ce que j'aime le plus dans "Savages" ce n'est pas temps la beauté des deux femmes : O et Elena. C'est surtout leurs forces, leur relation qui s'installe peu à peu.

Questions pour John et Salma : vos deux personnages ont plusieurs facettes certes, mais il y a aussi l'humour qui est très présent. Comment vous les avez préparé ?

John Travolta : Quelque soit le personnage que je vais interpréter, je fais confiance à mes instincts. C'est un peu le yin et le yang, cet équilibre à trouver entre le côté dramatique et l'humour. Dennis soulage beaucoup le spectateur, sa situation permet souvent le rire au beau milieu d'une tension continue. Regardez cette scène où il se fait poignarder la main, elle est ridicule car soudain il parle de son titre, il devient un agent fédéral alors qu'en réalité il est dans une situation désespérée. Pourtant la seule chose qu'il trouve à mettre en avant c'est ce titre, qui ne veut rien dire à ce moment là. Cette scène montre le juste équilibre entre le sérieux et le rire. Idem pour la première scène de Dennis, où il mange salement, comme un cochon. Ca montre une partie du personnage.

Oliver Stone : Idem pour le moment où le personnage de Benicio Del Toro vient menacer Dennis chez lui. Il y a un mélange de dialogue assez drôle alors qu'il supplie son ravisseur de ne pas le tuer. Cette scène était difficile au départ, on arrivait pas vraiment à trouver le bon rythme. Du coup j'ai dis à John "voilà ce que tu dois faire. Imagine que Benicio est un serpent, un cobra qui est rentré dans ton salon. Ta survie c'est de le fixer, de ne jamais le quitter des yeux. Quoi que tu fasses, quoi que tu dise, tu le fixes du regard, tu tournes autour de lui mais tu ne baisses jamais les yeux.". A ce moment là, John a changé son jeu, le sérieux et le dramatique est arrivé. Il y a eu un véritable parallèle entre un dialogue assez drôle et la tension, l'intensité dans le regard de Dennis.

Salma Hayek : Je n'ai pas eu beaucoup de scènes avec John, alors quand j'ai vu le film, j'ai pu admirer le travail qu'ils avaient réalisé avec Oliver sur le personnage de Dennis. Dans le scénario initial, il n'était pas du tout drôle ni aussi charismatique. D'habitude j'ai une idée de ce à quoi va ressembler un film sur lequel je travaille. Cette fois-ci, c'était un plaisir d'y avoir participé depuis le début et de découvrir un résultat auquel je ne m'attendais pas du tout. Oliver nous avait tous inspiré pour faire ces personnages inspirants. Ensuite, pour vous parler des aspects comiques de mon personnage, la vérité c'est que ces personnes que nous interprétons, en particulier les gens des cartels mexicains, leur existence est triste et dramatique mais ils la vivent en même temps d'une manière sérieuse et profondément ridicule. Ils sont leurs propres otages, ils vivent dans des maisons immenses tout en étant complètement seuls. Leur occupation principale c'est de dépenser des sommes folles dans des choses absurdes. Vous pourriez penser que le film exagère cette facette mais je connais personnellement une partie de ces gens de Mexico. Ils ne cherchent pas à l'être, mais ils sont grotesques malgré eux. Je tiens à préciser que c'est beaucoup d'entre eux... Mais pas tous ! Je ne veux pas me faire tuer (rires). Un exemple de la manière dont nous avons travaillé avec Oliver. Dans une scène, Oliver m'avait prévenu qu'il ne m'autorisait qu'une prise, ce qui est très angoissant. Et juste avant de tourner la scène, il vient me voir pour me dire : " Au fait, Elena est ivre maintenant" Je lui réponds : "Vraiment d'un seul coup ?" J'étais intimidée et Oliver me dit "Oh, tais-toi et fais-le c'est tout... Une seule prise, je n'ai pas le temps ! ". Je l'ai fait en me demandant si les spectateurs penseraient que mon personnage était vraiment ivre ou simplement que j'étais une mauvaise actrice (rires). On tourne, ça fonctionne bien et on passe à la scène suivante où je marche avec le cheval et Oliver me dit cette fois : " Maintenant tu n'es plus seulement ivre, tu es complètement bourrée." "Mais personne ne m'a vu boire..." je lui ai répondu. " Peu importe, tu es bourrée, un point c'est tout !". Puis, il m'a ébouriffée, froissé les vêtements et hop : une prise ! Et personne n'a remis en question ce choix, ça a bien fonctionné.

Oliver Stone, il y a une vingtaine d'années avec le film "Tueurs nés" on a l'impression que c'est la violence extrême qui a choqué l'Amérique. Est-ce que avec "Savages" ca va être le ménage à trois des personnages et leur liberté sexuelle qui va déranger ? Vouliez-vous mettre le doigt sur le ridicule du puritanisme actuel ?

Oliver Stone : Pour commencer, je ne fais pas des films pour choquer. Mes films sont là pour trouver une vérité, qui n'est pas forcement orthodoxe. C'était une bonne idée de faire ce scénario avec cette relation une femme/deux hommes. Les américains ne voient pas souvent ça, à part dans "Bunch Cassidy et le Sundance Kid"... Et même là, les scènes de sexe n'étaient pas montrées, plutôt suggérer. Mais moi, donner une bonne histoire, dramatique, bien faite, c'est tout ce que je veux. Pas juste "choquer". Et puis en Amérique c'est très compliqué avec la censure. En France ça serait beaucoup plus amusant à faire cette histoire avec une fille et deux garçons. Vous avez beaucoup plus de liberté en France et vous n'êtes pas puritains et hypocrites comme l'Amérique. C'est ridicule de mettre des gens en prison simplement parce qu'ils fument de la marijuana. Mais que veux-tu, l'Amérique marche sur la tête, c'est tout à l'envers...

Propos recueillis par Aurélia Baranes.

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