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Rencontre : Eva Ionesco raconte son premier film, My Little Princess

My Little Princess, le film d'Eva Ionesco : rencontre avec la réalisatrice

Le film d'une histoire personnelle ? Eva Ionesco s'en défend. Bien que son premier film, en sélection de la Semaine de la Critique, raconte les instants borderline d'une enfance vécue, pulvérisée par les images d'elle nue, images réalisées par sa mère, artiste et photographe érotique, Eva Ionesco est pourtant partie du côté de la fiction. Un film qui répare peut-être les abus, mais ne les détruit pas du souvenir, celui porté à l'écran. Une mère - interprétée magistralement par Isabelle Huppert - elle-même fruit d'un inceste, utilise sa fille depuis ses six-huit ans, comme modèle. Eva Ionesco recrée ses séances de pose cauchemardesques avec une mère qui en veut toujours plus.

Quand l'enfant entre en sixième et les photos de la mère commencent à faire scandale dans l'école du 12e arrondissement, les crachats pleuvent.

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite ? My Little Princess est aussi une plongée atemporelle, quoique très marquée par les années 80, dans le gynécée de trois femmes, trois créatures libres dont les dommages collatéraux attendent une réplique de force 10. Une oeuvre qui s'inspire de l'univers photographique qui vibrait derrière les volets cachés de la mode à Paris en ces années-là : de 70 à 85.

Rencontre avec Eva Ionesco

À la veille de la projection de ton film à Cannes, comment te sens-tu ?

Très contente de monter sur le tapis rouge avec Isabelle Huppert, Bertrand Burgalat, Eve Bitoun et la jeune Anamaria Vartolomei puisque à l'occasion des 50 ans de la "Semaine de la critique" qui a sélectionné mon film, nous aurons le droit au tapis rouge. Je porterai du Westwood et des Christian Louboutin, il est mon invité. Il montera les marches pas très loin derrière nous.

Cannes, c'est une partie de plaisir ?

Je suis aussi super busy, occupée toute la journée à répondre à des interviews à la presse internationale et française. Je ne suis même pas sûre de pouvoir dégager une journée pour voir des films.

My Little Princess est un premier film quasi autobiographique qui a mis longtemps à voir le jour.

Ce film est sous cloche depuis 10 ans mais 10 ans, c'est le temps que prend un financement d'un premier film, le temps que les gens qui sont à la tête des commissions changent ! Mais le projet filmé reste fidèle au scénario écrit avec Marc Cholodenko.

Comment ton parcours t'a-t-il conduit à la réalisation ?

J'ai fait l'école de théâtre à Nanterre avec Patrice Chéreau, j'ai été comédienne puis j'ai eu l'expérience de la photo, j'ai fait plusieurs expositions en tant que photographe. Ensuite, j'ai appris ce qu'était le cadrage avec mon premier moyen métrage.

L'univers de ta mère, photographe de cimetière, un peu spiritiste et baroque mortuaire que tu détestais adolescente : tu l'as très richement et parfaitement décrit.

Le film est plein de contradictions. Je n'aime pas l'univers baroque des photos de ma mère, elle n'a jamais su s'échapper du baroque que ce soit dans ses goûts vestimentaires, littéraires ou picturaux ou même avec sa garde-robe de tenue rétro-victoriennes. Mais je ne nie pas que c'est esthétiquement un élément intéressant.

La figure du peintre protecteur de la mère a-t-elle existé ?

C'est celle de Guillaume Corneille qui est mort et qui a soutenu ma mère et lui a donné pas mal d'argent. Personnellement, je le détestais car il voulait se servir de moi.

Lors de l'épisode du voyage à Londres pour une photo de commande, les rapports se gâtent.

Le voyage à Londres chez un Lord décadent qui a envie d'être photographié avec une petite fille nue, c'était le genre de commande spéciale qui nous faisaient voyager avec ma mère. Mais cette fois-là, comme je me suis rebellée, il n'y a pas eu les récompenses prévues : pas de journée de shopping chez Biba, pas de concert de Sid Vicious.

Dans toute la longue histoire de la fabrication d'un film, quel est ton moment préféré ?

Bien sûr, le moment où l'on tourne. C'est le moment privilégié où les choses tant attendues sont en train de se faire. J'adore les acteurs et dans la mesure du possible, je suis très détendue.

Tu traites ce sujet révoltant avec une distance incroyable.

Il y a quelque chose dans cette histoire qui nécessitait une certaine distance avec le sujet. Le film aurait pu être beaucoup plus trash mais je n'aime pas la violence ni la provocation. Cela aurait été facile de faire dans la surenchère, de faire pleurer la gamine, de la violenter et de la piéger encore plus qu'elle ne l'est. La réalité était plus glauque, c'est vrai, mais tout y était.

Le personnage de la mère joué par Isabelle Huppert est très complexe.

J'avais envie d'un personnage très sophistiqué, porteur d'une histoire vénéneuse, de l'une se servant de l'autre et ressassant le cycle de l'enfance comme dans les contes. Je me suis un peu inspirée d'un cinéma de genre, celui de Brian de Palma, d'Aldrich ou de Hitchcock et un peu du cinéma d'horreur. La mère d'Anna est dans la névrose, elle n'a aucun frein, aucune morale, elle ne connait pas les limites de la morale, elle passe son temps à essayer de tester sa fille pour aller le plus loin possible. Elle a vraiment un problème de regard sur elle-même. Elle est incapable de comprendre le mal qu'elle fait à sa propre fille, elle n'entend pas, elle ne voit pas, c'est un monstre. Elle est photographe et pourtant elle ne sait pas regarder, elle vole. L'art est pour elle un déversoir de fantasmes, c'est le miroir d'elle-même.

Tu n'as jamais organisé de rencontre entre ta mère et Isabelle Huppert qui joue son rôle ?

C'est d'instinct qu'Isabelle Huppert a compris les choses. "Un acteur c'est quelqu'un qui fait un cambriolage dans une maison, tu ne peux pas lui donner des indications trop précises" avait-t-elle dit, un jour,dans une interview et cela m'avait marqué. Je l'ai laissée faire : elle aimait avoir la liberté de s'emparer des choses comme de cette façon de parler populaire et hystérique de ma mère.

Il existe une vue récurrente dans le film.

J'ai voulu repiquer la vue que j'avais de la fenêtre de chez ma grand-mère, je voulais la vraie vue, alors je suis retournée filmer la fenêtre dans l'appartement de mon enfance, c'est la vue avec le rocher du zoo de Vincennes au fond.

On se demande pourquoi l'enfant garde, de son plein gré, les éléments vestimentaires provocants pour l'école ?

C'est la provoc d'une adolescente complètement paumée.

Quels sont tes projets aujourd'hui ?

J'ai 3 projets. La suite de ce film qui concernerait les histoires d'amour d'une certaine bande qui se tramerait dans un lieu comme le Palace. Celui de faire un pur polar, un film noir dans le milieu des diamantaires, l'histoire d'une fille, qui recherche son père qu'elle n'a jamais connu. Et un troisième projet, qui serait de revisiter l'histoire de Pierre Goldman de 67 à 79, ce militant gauchiste tombé dans le banditisme, qui a pris les armes et tué. J'aimerais peindre tout autant ses adversaires de l'extrême-droite, Rodolphe, le type qui l'a descendu ; filmer ces deux destins qui se croisent, l'attentat du Petit Clamart, le SAC, 68. Je veux en faire un film plus juste historiquement. C'est pour moi une histoire mythique.

Propos recueillis par Paquita Paquin

 

 

 

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