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Rencontre avec Mykita, lunetier : quand couture rime avec futur

Créée en 2004 par quatre amis Berlinois, comment Mykita, marque à l'image artisanale, authentique et pointue pour ne pas dire confidentielle et âgée tout juste de 7 ans, peut se retrouver à l'affiche d'une production blockbuster comme Sex & The City 2 ? Cela s'appelle " l'exception berlinoise " : un alliage de petite échelle, design et technologie assaisonné d'un haut potentiel identitaire. Une exception qui n'a pas échappé au créateur allemand Bernhard Willhelm qui s'est associé à la marque pour ses défilés depuis 2009, tout comme Romain Kremer et Marios Schwab . Un succès mérité pour Mykita qui, en plus de Carrie Bradshaw, a su séduire les plus grandes stars d'Hollywood de Brad Pitt à Tom Cruise. Nouvelle preuve de son essor, la pop star Lady Gaga ne sort plus sans les modèles les plus fous de la marque. On en parle avec Xenia Deger, PR & Marketing Director et Philipp Haffmans, designer co-fondateur de Mykita.

 

Luca Marchetti : La légende veut que Mykita ait commencé dans un garage de Berlin Est, entre deux étudiants en design.

Xenia Deger et Philipp Haffmans : Tout à fait. Philipp et Harald Gottschling, deux des fondateurs de Mykita, ont en effet commencé à réfléchir au thème des lunettes pendant leurs études de design industriel à l'UKD (Université des Arts) de Berlin. Avec le résultat de leurs premières recherches, ils ont participé à un concours de design qu'ils n'ont pas gagné. Mais ce projet a quand même eu le mérite de déclencher leur passion pour le produit. Mykita est née juste quelques années plus tard, en 2003, quand Daniel Haffmans et Moritz Krueger ont rejoint Philip et Harald. Le premier studio a été créé dans une " Kita", abréviation de Kindertagesstätte, une garderie d'enfants. D'où le nom de la marque...

Mykita a dès ses débuts été liée à cette image d'un "nouveau Berlin naissant" qui a fait rêver les créatifs et les entrepreneurs du monde entier pendant au moins vingt ans. En quoi d'après vous Mykita représente cet esprit ?

Berlin à l'époque était un terrain plus que fertile pour des jeunes entrepreneurs ou designers voulant lancer un business dans une atmosphère très ouverte et créative. Les loyers bas, un coût de la vie peu élevé permettaient par exemple de créer facilement une start-up et de tout faire sous un seul toit, du design jusqu'à la production. Dans ce contexte l'utopie de lier petits moyens, innovation et design pouvait devenir réalité. Dès la première collection, les lunettes ont été réalisées à partir de fines plaques d'acier inoxydable sans visses. Comme il s'agissait d'un processus tout à fait nouveau et aussi inconnu, il a été nécessaire de produire la collection personnellement. Plus tard, un deuxième matériau, plus traditionnellement associé aux lunettes, a été ajouté : l'acétate. Pour nous il a été crucial que cela puisse avoir lieu dans le centre-ville d'une nouvelle capitale culturelle se nourrissant d'influences créatives très excitantes. Mykita n'aurait pas pu développer cette philosophie dans une autre ville que Berlin ! Aujourd'hui, par contre, nous sommes 100 dans la Mykita Haus et les collections connaissent un franc succès auprès des opticiens haut de gamme dans plus de 60 pays.

Qu'est-ce qui reste donc de l'esprit des débuts ?

Tout ! L'esprit ouvert et flexible. On place toujours au coeur du travail la recherche et le développement technique. Mykita c'est d'abord un concept de produit innovant. Mais à la base de cette réussite, il y a une équipe de collaborateurs capables de travailler dans un vrai esprit de famille où tout est toujours question de synergies et d'efforts pluriels. Non seulement on est même deux "heads of design", Philipp et Harald Gottschling, mais aussi deux PDG, Daniel Haffmans & Moritz Krueger et souvent les fonctions comme la production ou le marketing, contribuent aussi au processus création par leurs idées et commentaires.

D'ailleurs, la Mykita Haus fait penser à ces utopies d'ateliers époque Bauhaus où toute activité était parfaitement intégrée afin d'harmoniser la vie au travail...

Exact. C'est bien la philosophie de la marque. Tout se passe ici dans un esprit de Gründerzeit, comme à l'époque wilhelmienne, au début de 20ième siècle : lorsqu'on avait une idée de produit, on commençait tout simplement à le fabriquer dans sa propre entreprise ! Chez Mykita, ça a commencé comme ça, en fabriquant soi-même, à la main. Il y a beaucoup d'avantages à tout faire ici : les passages du design à la production sont courts et on est en contrôle de tout.

Mykita suit aussi une politique de communication assez particulière. Pas de publicité...

D'abord, toute la promotion est suivie in-house, par Xenia et une équipe en charge du marketing, de la presse, de l'identité graphique et de la direction des projets spéciaux de collaboration. À l'extérieur, il y a juste des agences de RP à Berlin même, Paris, New York, Copenhague et Amsterdam. Disons que pour réussir à communiquer de manière intéressante, avec des petits budgets marketing et à une clientèle très hétérogène dans plus de 60 pays, il faut trouver une solution autre que le simple achat de pages de pub. Nous communiquons d'abord en recherchant un branding puissant et émotionnel, en soignant au maximum le concept de nos flagship stores et par une présence très identitaire dans les autres points de ventes. Puis, nous associons toujours le travail de relations publiques ou le lien avec des personnalités choisies et avec le cinéma à des collaborations ponctuelles avec des créateurs pointus qui nourrissent notre univers par leur point de vue.

La cohérence du processus est très sensible dans les flagship stores qui ont l'air d'écrins très discrets, mais qui magnifient autant que possible le produit.

Au moment de la création du concept d'espaces Mykita, l'équipe a choisi le dexion, un matériau qui a toujours accompagné la marque si on pense à nos étagères de bureau, nos tables de travail... On voulait absolument un espace qui ressemble authentiquement à la marque. À cette première idée, on a associé un système très original de mur rétro éclairé, mais qui peut être intégré facilement partout. C'est un assemblage de tringles en acier, normalement utilisés pour les rayonnages ultra résistants. Elles sont tout juste soudées en angles droits et perforées afin d'accueillir des étagères déplaçables. Installés côte à côte, elles créent une surface continue et perméable à la lumière, d'où le caractère très blanc des espaces qui créent effectivement un focus absolu sur le produit. Actuellement il existe cinq Mykita shops, à Berlin, Vienne, Paris, Zürich et Monterrey au Mexique.

Si le flagship store peut se définir comme un manifeste de la marque, quel est donc le "message" de Mykita au monde ?

Un ensemble de quelques principes très simples, à vrai dire, dans tout ce que nous dessinons : sortir les choses de leur contexte, une technologie perceptible, un branding fondé dans la technologie même et la rencontre entre cette technologie et la beauté.

Quelle vision avez vous de l'avenir de la marque ?

D'abord une expansion à l'international. Mais toujours suivant notre philosophie d'origine. En l'occurrence, par des collaborations avec des créateurs dans d'autres secteurs que la mode (que nous fréquentons déjà) : par exemple l'architecture, la musique, l'art contemporain... Mykita aime regarder loin ! Pour l'instant notre focus reste sur notre compétence première, la lunette. Mais peut-être qu'un jour nous élargirons l'offre à des produits de mode ou de lifestyle...

 

Propos recueillis par Luca Marchetti

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