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Rencontre avec Gustavo Lins : sa collection Couture en avant première

Gustavo Lins défile, à quelques jours d'écart, pour la première fois pour l'homme, puis pour la septième année pour la Haute Couture le 5 juillet. Il nous invite à découvrir ces deux collections en avant-première.

Accompagnée du photographe James Bort, nous arrivons dans son atelier au fond d'une petite cour. La porte s'ouvre sur un minuscule bureau qui regorge d'objets à l'image de Gustavo : des rouleaux de tissus, des statuettes ethniques, une règle d'architecte, des livres, des croquis... S'ensuit une pièce toute en longueur où s'exposent photos, vêtements, sculptures, peaux en cuir jetées sur des chaises... et la nouvelle collection. A peine installés, un thé vert arrive. Pas le temps de poser la première question, la conversation est lancée par Gustavo qui nous parle de son nouveau vestiaire pour l'homme, fait de vestes, cabans, imperméables, chemises, pantalons, maille et accessoires dans plusieurs matières avec une gamme de couleurs serrée et ponctuée par du vert citrique, orange jafar, et rose goyave... Il est temps de reprendre le fil de l'interview.


Peux-tu reprendre ton parcours ? Tu es Brésilien...

... D'origine, et j'ai passé mon diplôme d'architecture au Brésil. A la fin de mes études, j'ai eu envie de dessiner des vêtements, sans avoir de support technique. Je m'intéressais à la construction du vêtement. J'ai fait des études de coupe en pur autodidacte, par curiosité. A force d'en faire, je suis devenu modéliste, et ceci pendant 14 ans dans diverses maisons dans le prêt-à-porter et pour la Haute Couture: Louis Vuitton, Kenzo, Castelbajac, Gaultier, Agnès b., Guy Laroche,...

De cette expérience, j'ai pu bâtir un cahier des charges pour chaque maison, une forme était associée à une pensée, et c'était ça l'ADN de la maison. J'ai vu aussi le poids des chefs d'atelier, ces gens là tenaient les maisons, à côté des chefs de studio, de la communication et du commercial. Je tenais également un cahier de notes, avec les mots qui ressortaient. Chez Agnes b : "Agnès à dit que...". Chez Jean-Charles de Castelbajac : "Monsieur n'a pas envie de ça". Des maisons fonctionnaient par l'affirmative, d'autres par la négative. Chaque maison a sa grammaire, et je commençais à monter la mienne de manière très intuitive.

Quel était ton vocabulaire ?

Je n'en avais pas encore à l'époque. Un jour je commençais le dos d'une veste, j'ai tourné autour des omoplates, et soudain la pince qui était verticale est devenue horizontale. J'ai mis une autre verticale au milieu du dos, et j'ai obtenu un T inversé. J'ai vu aussi dans mon atelier la règle d'architecte, le T était encore là. Et encore dans mon prénom, j'ai inversé le T. C'est venu spontanément, je ne l'ai pas cherché. Et tout ça, ça s'est connecté en une fraction de seconde.

Quand j'ai trouvé cette idée, je l'ai déposée directement. On était en 2003. Je voulais qu'on reconnaisse ces vêtements par un signe structurel, je sortais de la logomania chez Vuitton. Je voulais un autre marketing. C'est là où le savoir-faire m'a aidé, mais non pas en terme de prouesse technique, car je veux que l'on pense que tout se fait comme ça, facilement.

Là c'est la première fois que tu défiles pour l'homme. Tu as un nouveau partenaire industriel. Est-ce l'origine de cette décision ?

C'est ça qui m'a motivé, j'ai enfin un outil fiable, je sais où je vais. Je trouve que les marques deviennent stables quand elles font de l'homme, car le marché masculin est plus difficile : plus exigeant, plus classique, et met plus de temps à bouger. On est plus conservateur que vous les femmes. En même temps, la mode masculine, c'est comme un socle. Les bases ne changent pas toutes les saisons. Les matières, tu les amortis, car tu peux les basculer en pantalon, chemise... Economiquement, le cycle est plus long.

Si le prêt-à-porter masculin marche, cela donnera à la marque une espèce d'assurance pour tester encore plus de choses chez la femme et prendre des nouvelles idées de la femme chez l'homme.

Quelle est la femme Gustavo Lins ?

C'est une femme très femme, mais une personne avant tout qui peut aller dans n'importe quel genre de magasin, ouverte d'esprit. Des femmes qui savent exactement ce qu'elles veulent et ce qui leur faut. Je n'ai pas de prototype. Elles peuvent être très glamour, femme d'affaire, femme au foyer, mais ce sont des femmes qui voyagent beaucoup. Elles ont besoin de vêtements avec un entretien très facile. C'est pour ça que j'utilise beaucoup de crêpe de soie.

Les hommes en revanche sont très dandys, raffinés, sophistiqués, ils aiment les vestes près du corps, réversibles.

On sent que tu as une approche très pratique du vêtement. Avec la couture, tu vois ça comment ?

La Couture est surréaliste. Ces vêtements, on peut les porter, mais la Haute Couture est un laboratoire où tu peux exporter toute sorte de choses, où tu fais ta chimie à toi avec tes apprentis sorciers dans ton atelier. Généralement, je regarde le coté pratique. Si la robe peut se porter froissée ou non, si la robe peut se faire nettoyer facilement,... Mais là, je ne me pose pas trop de questions, tu fais des vêtements qui vont être portés une soirée en fait!

Quand tu parles de laboratoire, est ce que ça apporte des choses dans ton prêt-à-porter ?

En fait, j'ai inventé des choses très chargées graphiquement cette saison, et de ça j'en ferai des imprimés, une structure de maille pour le prêt-à-porter. Là, ce n'est pas au niveau de la forme que c'est complexe, c'est au niveau des matières, des surpiqûres.

Pour cette collection Haute Couture, tu es parti de la chaise "Fourmi" Jacobsen. Pourquoi ?

Depuis 7 ans, j'ai ses bâches de cuir sur les chaises, et j'ai toujours voulu faire des vêtements qui deviennent des housses. J'ai cherché un archétype de chaise, j'ai d'abord pensé à la chaise de Jean Prouvé avec le métal et le bois. Mais je la trouvais un peu "hard". Quelle chaise pouvait exprimer le corps féminin ? La première qui me vient à l'esprit est la chaise fourmi.

Ensuite, j'en ai pris une, j'ai posé un vêtement sur la chaise et j'ai regardé comment ça pouvait se greffer. J'ai composé douze modèles qui sont portés avec des micro-kimonos en cuir, comme des maillots de bain. Les filles se déshabillent devant le public, elles gardent leur base, le maillot en cuir, elles prennent un manteau sur le dos de la chaise. 12 chaises et 4 filles. Comme c'est très difficile de faire un défilé homme puis Haute Couture et femme, alors j'ai cherché un argument qui soit suffisamment puissant pour qu'on puisse se passer d'une cabine de 10 mannequins.

Est-ce que la mise en scène fait partie intégrante du show Couture ?

Oui, c'est le côté théâtral, baroque, la mise en scène que j'aime. Et là, ce sera une sorte de défilé de poche.

Les choix des mannequins a beaucoup d'importance pour toi ?

Oui. D'abord, je n'aime pas les filles mineures. Je demande tout de suite l'âge. Je suis très ferme. Je n'aime pas les filles super maigres, ça me met très mal à l'aise. Je préfère les filles qui ont un peu plus de 20 ans, et de sentir dans leur regard qu'elles ont un fiancé ou déjà vécu une histoire amoureuse. Ca me rassure, sinon je trouve cette innocence perverse.

Ce n'est pas des robots que je prends, il faut que la fille - ou l'homme - soit présente, que ce soit incarné par quelqu'un.

Et côté maquillage ?

Depuis 2 ans, je travaille avec Kim de Shu Uemura. Pour les hommes, le maquillage est très léger. En revanche pour les filles, comme il y a une contrainte de lumière, il faut creuser le creux de l'oeil.

Comment construis-tu le chemin de ta collection jusqu'au défilé ? Toi qui dessines, réalises-tu des story-board pour la scénographie ?

Généralement, je fais ça comme des tableaux. En gris, puis après coloré. Je procède soit par la couleur, soit par les familles de formes. Mais il y a toujours un plan qui change chaque semaine. Je travaille comme un architecte, à savoir comment la collection évolue dans l'espace, je laisse passer du temps et c'est la mémoire qui va relier le tout.

Dans la création, je fais les dessins, les premières toiles, et une fois que je trouve, j'ai un premier assistant qui prend le relais, et qui met tout ça au propre. Puis je reviens et j'ajuste. On commence par l'homme, et quand ça arrive à la moitié, on prend quelques formes de l'homme pour la femme. On fait les deux collections ensemble. Ensuite, on définit matière et couleur.

Enfin, je commence à travailler sur l'ambiance musicale. Quand je trouve un ou deux morceaux, je les passe vingt, trente fois, et si je ne m'en lasse pas, je garde ! Ensuite, je vais voir un spécialiste du son qui mixe tout ça.

Pendant ce temps, je pense aux mots qui vont construire l'histoire. Je jette un texte, et un de mes amis de longue date, qui écrit très bien, prend cette pensée et la retranscrit de manière beaucoup plus digeste.

 

Propos recueillis par Marion Leflour

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