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Polémique sexiste au Festival d'Angoulême : 5 questions à Diglee, dessinatrice

Diglee, alias Maureen Wingrove, fait partie des dessinatrices qui luttent contre le sexisme, dans l'univers de la BD et ailleurs.
Diglee, alias Maureen Wingrove, fait partie des dessinatrices qui luttent contre le sexisme, dans l'univers de la BD et ailleurs.

Mardi, le Festival international de la bande-dessinée d'Angoulême créait la polémique en dévoilant la liste de ses 30 auteurs sélectionnés. Parmi eux, pas une seule femme. Après une levée de boucliers organisée par celles qui font aussi vivre la discipline, le jury a fait volte-face, mercredi, en annonçant pas communiqué la nomination de femmes pour l'obtention du prochain Grand Prix. Pour en savoir plus, Puretrend est allé interroger Maureen Wingrove, alias Diglee, auteure et dessinatrice.

Quel sentiment t'a laissé cette sélection 100% masculine ?

Forcément, je suis très déçue. Les milieux artistiques sont de plus en plus investis par les femmes (48,7% d'artistes auteures femmes parmi les affiliés de la Maison des Artistes en 2013, source MDA-SS) et l'avancée la plus notoire est celle des femmes dans la BD.

On a violemment ou sournoisement reproché à certaines d'entre nous, il y a trois ou quatre ans, "d'envahir le milieu avec nos BD girly", s'alarmant de cette soudaine recrudescence de femmes sur les étals des libraires et pourtant aujourd'hui nous sommes les grandes absentes de cette sélection.

Des centaines d'articles (souvent synchros avec la journée de la femme, d'ailleurs) nous ont regroupées, en photos ou par interviews croisées, nous les "femmes de la BD", mettant en avant notre récente percée et saluant notre relatif courage. Et dès qu'il s'agit de prix prestigieux, un peu reconnus, nous disparaissons.

Nous sommes un "à côté", un divertissement, une branche pour gonzesses en parallèle de "la vraie BD".

Voilà ce que me renvoie cette sélection.

Le monde de la BD est-il misogyne ?

Disons que le milieu était exclusivement masculin pendant un certain nombre d'années. Donc les codes, les règles, étaient construits autour d'une certaine logique, sans pour autant que la BD ne soit classée comme un genre masculin. Une BD de dragons et d'épées, contorsionnant des nanas à seins énormes dans de mini-tenues en cuir, c'était juste une BD.

Mais une BD écrite par une femme, mettant en scène une femme (qui ne soit pas objet érotique ou un faire-valoir), devenait une BD "de fille". Alors que la "BD de garçon" n'a jamais existée dans le marketing.


Quand je suis arrivée dans le milieu, j'étais étudiante, j'avais 19 ans. J'ai atterri là par le biais des blogs BD, qui étaient à l'époque une plateforme assez nouvelle, où tout semblait frais et neuf. Tout restait à dire, à faire. Et cette plateforme libre, qui ne nécessitait l'adoubement préalable d'aucun éditeur, a permis à des femmes jusque-là muettes de s'exprimer. De dire ce qu'elles voulaient, comme elles le voulaient.

Laurel et Pénélope ont été les pionnières de cette autobiographie féminine. C'est important de comprendre cela, parce qu'en fait, c'était NOUVEAU : à part Brétécher et Florence Cestac, très peu d'oeuvres écrites par des femmes avaient été aussi médiatisées. L'intime, le quotidien, l'autobio en BD n'avait pas encore été exploré par autant de femmes en même temps. Et cela a été une petite révolution (d'où cette espèce de rapide et fulgurante starification de quelques dessinatrices).

Je me souviens qu'ado, à part Brétécher, je n'avais aucun modèle féminin dans la BD. Du coup, j'avais l'impression que c'était un milieu qui ne m'était pas destiné (alors que je m'exprimais au travers de planches BD depuis mes 7 ans : j'ai toujours écrit des histoires, que j'ai dessinées ensuite...).

Il y avait une espèce de code qui voulait que les femmes fassent de l'illustration (pub, presse ou pour enfant) et les hommes de la BD.

Qu'as-tu à dire à ceux qui cantonnent les femmes aux "BD de filles" ou "pour filles" ?

Cette arrivée en fanfare des femmes dans le milieu BD a fait râler certains anciens. Et le terme "girly", au départ pas forcément gênant, est très vite devenu un terme dévalorisant, synonyme de stupidité et de vanité destiné à sous-estimer le travail de certaines.

À titre personnel, j'ai évidemment milles anecdotes puisque je fais partie de cette génération "girly" et que j'en ai été l'une de ses représentantes principales, malgré moi. Combien de fois, en dédicaces, je me suis entendue dire par des auteurs voisins : "Ah, c'est toi qui dessine les cupcakes et les chaussures ?".

"Et vos lectrices ?" me demandait-on systématiquement en interview. Pourquoi mes lectrices ? Les hommes étaient-ils trop cons pour me lire ?

Ce clivage persistant me limitait à une case annexe de "pour les filles". Or, sur ce blog, j'avais parlé pendant près de 7 ans de tout : de l'amour, de la famille, de la mort, de concerts, du devoir de mémoire, de sexe, de chats, de littérature, de cinéma, de voyages... De la vie, tout simplement. Toujours en me mettant en scène, et toujours avec cynisme. Mais le fait d'en parler en étant une fille me fermait sans cesse des portes.

Pour être reconnue, il aurait fallu que je travestisse cette féminité, que je "déféminise" mon trait.

J'étais toujours atterrée d'entendre ce type de remarques quand d'autres blogueurs hommes, eux, étaient valorisés pour faire la même chose que moi : raconter humoristiquement leur vie en dessin.

Pourquoi cela bloque-t-il toujours, à ton avis ?

Cela bloque encore pour les mêmes raisons que la parité bloque aussi : la société dans laquelle nous évoluons, même si elle a énormément changé, est encore ancrée dans des racines bien bien biiiien patriarcales.

Les femmes gagnent encore moins que les hommes (le petit bilan de la CAAP qui fait mal) et beaucoup de clichés persistent qui voudraient que les places à haute responsabilité soient occupées davantage par des hommes. Ou qui consiste à penser que les thématiques dites féminines sont futiles et vaines ou encore qu'une femme ne peut aborder que des thématiques dites féminines.

Il faut quand même se rendre compte que l'on évolue dans une société qui pense que le masculin est neutre et que le féminin est exclusivement féminin.

Combien de "séries de filles", de "BD de filles", quand l'inverse est bien plus rare. Et ça tient souvent au simple fait que les narratrices sont des femmes, qu'importe le sujet.

Exemple bête : prenez la série "Bref". Elle raconte les pérégrinations d'un jeune trentenaire paumé, ses galères amoureuses et sexuelles dans la société d'aujourd'hui. Transposez ça avec une héroïne à la place de Kyan Khojandi et hop : ça devient une série de meufs.

Comme si, pour que des mecs regardent une série ou lisent une BD, il fallait à tout prix des narrateurs hommes. Alors que l'inverse, pour nous les filles, ne nous est jamais demandé (on peut s'identifier aux héros de "Breaking Bad" ou de "Dexter" en étant une fille).

Beaucoup d'hommes viennent me voir en dédicace pour me dire qu'ils ont lu ma BD par hasard, en la piquant à leur nana, et qu'ils ont adoré. Qu'ils n'auraient pas osé l'acheter parce qu'ils pensaient que c'étaient un truc de fille. Le contenant est peut-être féminin, mais le contenu est universel. C'est de l'autobio. Point.

Que faire pour y remédier ?

Précisément ce qu'on a fait hier: relayer, s'indigner, appeler à boycotter, s'informer. Courant 2015, le collectif des créatrices de BD contre le sexisme a été créé, regroupant plus d'une centaine d'auteures (dont je fais partie), et de premiers articles ont circulé, sur ce sexisme latent dans le milieu et notre refus d'y adhérer. Angoulême nous connaît et pourtant, rien n'a bougé. C'est extrêmement décevant.

Le festival n'est rien sans ses auteurs, et le fait que certains s'insurgent ouvertement et se retirent de la liste était un acte fort qui a dû aider. Aujourd'hui, quand même, grâce à Internet et aux réseaux sociaux en général, il est facile de pointer du doigt certaines bourdes de ce genre.

Peux-tu nous recommander trois BD de dessinatrices à ne pas manquer ?

C'est une sélection totalement subjective, et c'est dur de n'en choisir que trois, mais je dirais "Persepolis" de Marjane Satrapi, "Fun Home" d'Alison Bechdel et "Ainsi soit Benoîte Groult" de Catel.

Découvrez le travail de Maureen Wingrove, alias Diglee, sur son blog et en librairie.

C.B.

 

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