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Ma Fashion Week à moi : retour sur quelques étonnements parisiens

Alber Elbaz dans la maturité pour Lanvin, le retour à un style raisonnable pour Dior, des Chubaka en fourrure synthétique sur le podium de Chanel qui choisit le même thème que Fatima Lopes et Andrea Crews, des femmes à lunettes et /ou à mentonnière, Arielle Dombasle prise à partie chez Gaultier par les animalistes, Viktor & Rolf qui renouent avec une spectaculaire démonstration de style : Paris a connu bien des surprises et des rebondissement pour sa semaine de défilés des créateurs. En voici un décodage personnel et forcément subjectif.

Lorsque Fatima Lopes a dit, en backstage, le premier soir de la semaine des défilés que son inspiration, elle l'avait puisée "près du Pôle Nord, lorsque la glace aura fondu" en imaginant ce que l'on porterait alors, on était loin de supposer qu'une maison aussi importante que Chanel allait également s'inspirer de la fonte des glaces pour geler tout le monde en utilisant de la fausse fourrure. En comparaison, Fatima Lopes resta finalement très sage en faisant à peine épaissir les compensés de ses souliers par rapport aux lames des patins à glace. Karl Lagerfeld alla plus loin. Ses blocs de glace, icebergs d'un jour arrivèrent directement du Nord de la Suède pour se retrouver à fondre sous la coupole du Grand Palais où trappeurs et trappeuses en total look fourrure toc partaient en expédition avant le déluge traquer les derniers ours polaires... Comme la rue Cambon semblait loin dans cet antipode aux allures de paradis blanc mais artificiel ! En clôture de la Fashion Week, c'est le collectif Andrea Crews qui fit un clin d'oeil à cette même inspiration avec son défilé au Centre Georges Pompidou.

L'autre thème très présent dans bien des collections de jeunes créateurs fût celui des femmes à lunettes. Bien sûr, beaucoup de mannequins portaient des verres solaires chez Dries Van Noten : comme quoi les lunettes de soleil se moquent des saisons, elles aussi. Plus originales, les filles de Tim Van Steenbergen ou de Damir Doma avaient carrément des lunettes aux verres blancs, soulignant là une intellectualité prépondérante avec des formes rondes chez le designer serbe, appuyant ici, avec des formes en amande pointée vers l'extérieur, le charme de secrétaires ou de jeunes "executive women" avec davantage de sex-appeal qu'il n'y paraît dans les belles coupes souvent drapées de Tim Van Steenbergen. Ce dernier alla jusqu'à souligner la rigueur d'une mentonnière arrimée sur le dessus du crâne dans une matière chair, en prolongeant la couleur des fronts dans un écrin souple. Chez A.F. Vandevorst la mentonnière se faisait casque de cuir léger par un jeu de lanières. Mais à quoi tous ces harnachements correspondent-ils ? Sans doute à une nouvelle envie de sertir le visage, d'en souligner la douceur dans un univers à la rigueur un brin militaire, élégamment cavalier. Mais ce stylisme risque pourtant de rester confiné au podium sans descendre dans la rue... Sait-on jamais, ces mentonnières donnent de la gueule... pensez-y la prochaine fois que vous devrez porter une minerve !

Mon troisième étonnement concerne la fourrure, mais celle qui est naturelle, cette fois, ou plutôt les actions du lobby qui la combat. Seule manifestation de ce groupuscule au verbe violent devant le défilé Jean-Paul Gaultier. A la sortie, je me trouvai aux côtés d'Arielle Dombasle, qui avait assuré le finale de la dernière présentation du couturier en janvier dernier. Elle n'était ici que simple spectatrice et crût bon s'adresser gentiment aux manifestants en passant devant eux pour leur signifier qu'elle était de tout coeur avec eux... Bien mal lui en prit ! Ils se mirent immédiatement à hurler en la traitant de "collabo", l'encerclant, la suppliant à genoux d'intervenir pour que Gaultier ne tue plus nos amis les animaux. On ne sait quelle égérie avait pu convaincre Peter Copping chez Nina Ricci la veille de passer à la fourrure synthétique et à la moleskine en guise de cuir. Chez Rochas également, point de fourrure naturelle... On se demanda si les mannequins des deux maisons n'avaient pas été affublées de cheveux crêpés sur le sommet du crâne pour compenser ce manque de poils en général ! D'autant que ces coiffures leur donnaient l'air d'une Dalida qui se serait prise pour Emma Peele.

Chez Lanvin, Alber Elbaz mélangea tout, fourrure, plumes, broderies, dentelles. Même si toutes les filles portaient un carré mi-long noir en perruque, la démonstration de style fût magistrale. Autre démonstration chez Christian Dior. On aurait pourtant dit que John Galliano cherchait cette saison à embrasser les meilleures tendances sans prendre de grands risques. Cela minimise le propos, évidemment. La plupart des grandes marques (YSL ou Givenchy en tête) ne savent plus comment traiter l'ADN Maison pour lui donner du peps. Les jeunes créateurs prennent davantage de risques et on les en félicite. On peut rester dubitatif sur les proportions de Manish Arora mais ses broderies et ses couleurs revisitent l'Art Déco d'une manière extrêmement novatrice. Bon point également à Viktor & Rolf qui ont renoué avec leurs présentations initiales, multipliant leurs accumulations sur un seul mannequin, jusqu'à proposer des looks totalement surdimensionnés... et portable l'instant d'après " en monocouche " grâce à un savant jeu de zips et de cordons.

On ne sait trop quoi penser encore de l'arrivée de Richard Nicoll chez Cerruti pour la femme. Il plaît pour sa marque éponyme basée à Londres, et son style semblait bien adapté à celui de la Maison de la Place de la Madeleine, mais cette première collection n'est pas assez forte pour marquer après le départ de Jean-Paul Knott qui n'a même pas eu le temps de faire défiler ses collections féminines. Espérons que le designer anglais durera plus longtemps pour trouver sa voie. Chez Cacharel, c'est le contraire. Cédric Charlier avait ébloui la saison dernière. Les difficultés financières de la Maison l'ayant conduit à repenser son prêt-à-porter sous licence Aeffe, elles pourraient avoir eu raison de l'enthousiasme du créateur belge, temporairement, on espère ! D'ailleurs, il est des designers simplement plus inspirés pour l'été que pour l'hiver.

A l'opposé de ceux-là, les meilleurs de cette saison ont proposé une nouvelle ampleur qui revisite le placement des manches de façon très inventive. Du coup, on se love dans les manteaux de Damir Doma, on apprécie les nouvelles carrures de ceux d'Alber Elbaz chez Lanvin, on admire leurs manches redescendues, tout comme chez Véronique Leroy d'ailleurs. D'autres nous font croire que l'hiver est la saison de l'amour... Se réinventant dans un nouveau romantisme, le créateur américain Rick Owens a repensé ses rostres qui ne pointent plus à partir des épaules. Il les a remplacés par des rondeurs qui font de ses pièces d'amples cocons qui gardent leur esthétique acérée mais dans un confort plus amène. Superbe, dense, rythmé, à l'image de cette édition de la fashion week parisienne, bourrée de surprises, d'énergie et du charme créatif associé à la capitale française.

 

Jean-Paul Cauvin

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