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Luis Buñuel et Yves Saint Laurent : Belle de jour ou l'alchimie picturale

Qu'est-ce qui fait qu'un film devient culte, qu'il traverse les saisons et les modes sans prendre de ride ? Son style nouveau, son ton original qui requièrent et impliquent une unité de tous les corps de métiers inhérents au cinéma.

Avec Belle de jour, Luis Buñuel, au sommet de son art, agence tous ces éléments tout en s'appuyant sur une base classique. Il révèle ainsi une modernité à l'épreuve du temps. Il confie au jeune et talentueux couturier Yves Saint Laurent la responsabilité de faire le lien entre deux univers : le milieu de la bourgeoisie des années 60 et le milieu tout court. L'habileté du couturier, sa neutralité, la diversité de ses propositions en disent long sur les moeurs, l'air du temps, la prostitution en maison de rendez-vous.

La caméra semble glisser d'un plan à un autre, inspirée par une robe beige droite au- dessus du genou, qui fait dire à Francis Blanche : "La classe ça ne s'achète pas !" ou à une des filles : " Regarde moi ces finitions ! ". Un ciré noir devenu légendaire suggère à une autre des pensionnaires de Madame Anaïs " Pourrais-tu me le prêter dimanche soir ? ".

De petits manteaux officiers évoquent un côté masochiste. Les escarpins à boucle accentuent l'allure bourgeoise. Tout au long du film, chaque vêtement porté par Catherine Deneuve est souligné par un commentaire apparemment futile tel "Vous allez perdre votre bouton". Buñuel insiste sur ce genre de détail dès qu'il en a l'occasion.

Deneuve vient tromper son ennui et assouvir son besoin d'humiliation avec son amant qui tirera sur son mari, le paralysant avant d'être abattu lui-même par un policier (ce plan fait référence à la scène final d'A bout de souffle). Alors qu'elle expie pour ses fautes au chevet de son époux, sa robe noire à col et poignets blancs inspire à Michel Piccoli la remarque ambigüe : " Cette robe vous donne l'air d'une étudiante précoce ". Le rôle de l'amant, Marcel, petite frappe aux cheveux longs est interprété par l'acteur de théâtre d'avant-garde Pierre Clémenti, qui par son look et son attitude, fait prendre un coup de vieux aux jeunes premiers du moment, Alain Delon, Maurice Ronet, Jean-Louis Trintignant.

Buñuel ouvre ainsi la brèche à une génération de jeunes spectateurs qui découvrent un acteur proche d'eux et de la rue. Son accoutrement complète le tableau : un ceinturon avec lequel il la corrige, des boots vernies noires, un costume en velours, une cravate criarde, la canne-épée et un dentier qui suggère un parcours violent. Enfin, c'est un acteur nouveau qui correspond à son époque et qui intronise le monde du rock à l'écran. Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones confie qu'il s'est inspiré du style de Pierre Clémenti, avec son long manteau de cuir noir, à croire qu'il a même perdu quelques dents pour être plus proche de son modèle.

La caméra passe d'un univers à l'autre. Ce film qui reste le plus commercial de Buñuel révèle une génération d'acteurs qui fait le lien peut-être pour la première fois à l'écran entre le cinéma d'avant-garde et le cinéma grand public. Le film démontre également l'implication d'un couturier qui renouvelle la garde-robe de l'héroïne pratiquement à chaque plan. Yves Saint Laurent est en train d'imposer son style à l'époque.

 

Par Octavio Escali

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