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Le ciel attendra : un film choc, bouleversant et dérangeant

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La fiction et la réalité se mélangent. Alors que des femmes djihadistes ont été mises hors d'état de nuire il y a quelques semaines à Paris, "Le ciel attendra" s'intéresse avec une précision documentaire au parcours de jeunes filles prises dans un engrenage qui les dépasse.

Hasard du destin, les projections pour les journalistes du film de Marie-Castille Mention-Schaar, "Le ciel attendra" ont débuté seulement quelques jours après l'arrestation de jeunes femmes soupçonnées d'avoir fomenté des attentats terroristes à Paris, notamment près de Notre-Dame. Entre réalité et fiction, la ligne est bien plus fine qu'on ne veut bien le croire puisque le long métrage raconte l'histoire croisée de Sonia et Mélanie. Sonia, 17 ans, a failli commettre l'irréparable pour "garantir" à sa famille une place au paradis. Mélanie, 16 ans, vit avec sa mère, aime l'école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Elle tombe amoureuse d'un "prince" sur Internet... Pour les deux, un point commun : le radicalisme.

Même si le contexte nous sensibilise à ce type de sujet, le djihadisme chez les jeunes femmes, "Le ciel attendra" est un film d'autant plus puissant et violent qu'il est à la limite du documentaire. Il possède donc cette force de la vérité qui glace et sa construction en deux histoires distinctes mais semblables racontées l'une dans l'ordre, l'autre dans le désordre, permet de balayer très largement le spectre du piège de l'embrigadement et ses différentes formes.

Sonia tente de sortir du piège

Sonia allait partir en Syrie quand elle a été récupérée in extremis. Totalement dans son univers, elle ne voit le monde qu'à travers un seul petit prisme étroit dans lequel le seul salut possible est le martyr, unique solution pour offrir le paradis à ses parents. Ces derniers sont sous le choc et ont du mal à comprendre la "chute" de leur fille, effectuée sous leur nez, son changement de vie et de perception des choses. Le film suit son processus de déradicalisation. Totalement hermétique au départ, agressive, presque hystérique, elle reste campée sur idées. A force de dialogues, de rencontres, elle reprend le fil d'une vie plus ou moins normale, non sans mal, non sans difficultés, non sans conflits. Sonia, c'est la conclusion d'un système bien rôdé qui s'attaque aux esprits faibles pour les retourner. Le fonctionnement du groupe devient celui d'une secte et le comportement de Sonia, comme possédée, vient accréditer cette thèse. Quand elle s'en libère, on a vraiment l'impression qu'elle ouvre les yeux pour la première fois depuis des années, qu'elle se remet à respirer normalement comme elle ne l'a plus fait depuis plusieurs mois. Bref, on assiste à une renaissance ou, tout du moins à la fin d'une période dure d'addiction.

Mélanie s'y laisse prendre

Mélanie est une adolescente "banale". Sans idéal précis, elle cherche tout de même à faire quelque chose pour améliorer le monde. A la suite de la mort de sa grand-mère, elle se trouve fragilisée. Sur Internet, elle rencontre virtuellement un "prince". D'abord conciliant, il console, conseille, puis manipule l'esprit de la jeune femme qui tombe amoureuse d'une chimère. La relation ne dépasse pas le virtuel, mais l'emprise du "prince" sur l'esprit de Mélanie se fait plus forte, les conseils deviennent des ordres et "il lui retourne littéralement le cerveau" pour faire de la jeune fille, une adolescente radicalisée qui, comme Sonia, veut franchir le pas et partir en Syrie, là où les deux histoires devraient se rejoindre. Les deux jeunes filles sont, à un moment totalement déconnectées de la réalité et celle qu'elles connaissent désormais est totalement biaisée, c'est celle qu'on leur fait entrer dans la tête, pas forcément de force mais grâce à des méthodes éprouvées.

Des vies brisées

Poignant, bouleversant, touchant, ce film met en lumière le mécanisme de recrutement des plus faibles et montre bien que non, le djihadisme n'est pas réservé qu'aux hommes. Outre la situation de jeunes femmes totalement soumises et embrigadées dans une idéologie qu'elles comprennent à peine, la détresse des parents est effroyable. Leurs vies sont brisées à jamais, particulièrement parce que tout s'est passé sous leurs yeux sans qu'ils ne s'aperçoivent de quoi que ce soit. Leur existence s'arrête d'une part parce qu'ils perdent leur enfant et d'autre part parce qu'ils sont persuadés de leur culpabilité, totalement bernés par l'entreprise de dissimulation montée par leur propre enfant.

"Le ciel attendra" est une fiction, mais sa réalité est si palpable qu'on y croit sans peine : ça fait froid dans le dos...

Grégory Curot

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