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"La parisian touch" de Vincent Darré. Interview

Electron libre de la vie parisienne, Vincent Darré a vécu plusieurs vies : il fut à 17 ans l'un des éléments très dynamiques et extravagants d'une certaine scène des nuits parisiennes à la Main Bleue, au Palace, au Privilège. Il a ensuite servi la mode italienne pendant 15 ans : la Perla , BluMarine, Fendi, avant d'être nommé directeur artistique de la maison Ungaro. Il a habillé des artistes pour les pages de l'Uomo Vogue et continue d'habiller Arielle Dombasle à la scène. Pendant toutes ces années, il avait en tête La Maison Darré qu'il ouvre en 2008 et qui lui vaudra de décorer le bar et la boite de nuit très hype du Montana. Aujourd'hui, Vincent Darré présente dans son antre de la rue du Mont Thabor "A l'Eau Dali", sa nouvelle collection de meubles sans queue ni tête, ainsi qu'une collection de bijoux signés Martial Berro.

Interview portrait d'un parisien hors norme.

As-tu l'impression d'avoir vécu un truc exceptionnel quand, en 79, tu sortais au Palace à 17 ans ?

Non je trouvais ça tout à fait normal, de toute façon depuis mon enfance, j'ai toujours pensé que j'avais une vie exceptionnelle ; j'ai eu la sensation que j'étais expérimental, qu'on faisait un film sur moi en cachette. J'imaginais déjà une chose qui n'existait pas à l'époque : la télé-réalité. J'ai toujours été un peu cabotin, je crois que c'est parce que mes parents m'aimaient beaucoup.

Le regard admiratif que posent aujourd'hui les gens de 20/30 ans sur cette période te paraît-il justifié ?

C'est la fascination pour une période qui a déjà existé, nous étions fascinés par les années 60, les gens des années 60 l'étaient par les années 20-30 ; il y a toujours une période qui te fait rêver. Dans les années 20 c'était le Boeuf sur le Toit : un Paris d'intellectuels et d'artistes, les années 60, c'était la Nouvelle Vague. Les années 80 quand on y réfléchit, c'est très très amusant, mais ça n'a révolutionné ni l'art, ni la société. Ce qui fascine les gens à propos de notre époque, c'est la gratuité. Aujourd'hui, on paie les gens pour aller dans les fêtes, pour poser devant les logos. Nous on s'en foutait, c'était sans calcul. On pensait qu'on ferait les 400 coups et qu'on ne vivrait pas vieux. Maintenant hélas on n'y est encore...

Etait-ce une chance d'avoir été initié à la mode au Studio Berçot par Marie Rucki ?

Oui, mais au début j'en avais peur, alors je suis allé à l'école de la Chambre Syndicale. Marie Rucki donne une énergie à ses élèves et ensuite ils peuvent très bien ne pas faire de la mode, mais ils sont formatés par elle pour faire ressortir ce qu'ils ont de meilleur (ou de pire) en eux. Les élèves, je le constate encore, car tous mes assistants viennent de Berçot, sont toujours des filles lookées avec des looks de bande dessinée, des filles qui rêvent et ont envie de faire plein de choses.

Tu as travaillé dans la mode en Italie pour de nombreuses marques puis avec Karl Lagerfeld pour ensuite prendre la direction artistique d'Ungaro. Pourtant à l'heure de fonder ta propre marque, tu lances une maison d'objets de décoration. Pourquoi ?

J'ai dû travailler 25 ans dans la mode. Mon projet initial, pour la Maison Darré créée en 2008, était tout à fait dans l'esprit du Wiener Werkstätte, un atelier de production d'ameublement créé en 1903, qui réunissait architectes, artistes et designers de mode et dont l'engagement consistait à mettre l'esthétique à la portée de chacun, en conciliant l'artisanat et les arts majeurs. Mon idée était de faire de la mode et de la déco, c'était compliqué et ambitieux. Quand j'ai commencé à dessiner, je me suis rendu compte que je faisais les meubles avec une vraie innocence mais, pour la mode, j'avais un tel cynisme ! Je n'y croyais plus. La mode est devenue un tel commerce par rapport aux premiers chocs que furent les défilés de Kenzo et les débuts des créateurs avec Mugler, Gaultier , Montana. On a vu depuis, que la mode pouvait être un jackpot, elle est maintenant l'affaire des grands groupes, on a perdu l'innocence... Je crois que moi aussi j'avais perdu l'innocence. La mode doit se faire par des gens de la génération qu'elle représente. En ce qui me concerne, j'ai exprimé ce que j'avais à exprimer à l'époque du Studio Berçot, quand je voulais faire de la haute couture pour les pauvres, habiller les vieilles... Enfin j'avais plein d'idées absurdes, mais au moins j'avais des idées.

Tu travaillais pour les industriels italiens dans les années 80-90...

Oui, au plus près de l'industrie, donc je me suis bien douté que l'industrie allait étouffer la mode et qu'il fallait revenir à ce qui n'est plus de la couture (qui n'a plus de place à notre époque) mais à cette idée de séries limitées. Les pièces rares donnent envie et, dès mes débuts, j'avais envie de faire une chose rare et non un endroit qu'on retrouve dans le monde entier avec des vitrines à l'identique à Paris, Los Angeles, Tokyo. À l'époque, je voulais installer ma boutique "Cheap & Chic" boulevard Saint-Germain, comme une boutique de couture genre années 50 et semblable à celles qu'on voit dans les films de Vincente Minelli. Moi, ma culture est seulement visuelle, je m'inspire beaucoup de films...

Cinq très bonnes fées se sont penchées sur le berceau de la Maison Darré en 2008 pour la financer. Qu'en est-il aujourd'hui?

Maintenant la Maison Darré marche par elle-même. Cinq personnes m'ont soutenu, elles ont eu confiance en moi. J'espère bien pouvoir le leur rendre et qu'ils gagneront de l'argent en retour. Mais c'est un projet tellement artistique, tellement en dehors de toute idée de commerce qu'il fallait ce soutien avant de rencontrer un plus large public.

Décris-nous un peu ton univers.

Au début, ça a commencé avec des os, des désossés, mais ça aurait pu très bien commencer avec des animaux ou des insectes. La maison Darré est comme un laboratoire, entre une chapelle païenne et le cabinet du Dr Caligari. Elle a été inspirée par la chapelle de San Severo à Naples, oeuvre d'un prince catholique, napolitain décadent qui avait inventé des procédés d'injection dans les veines, le coeur, les yeux des cadavres (Helmut Newton a photographié ces corps dans la crypte). San Severo avait inventé des fresques avec des lignes fluorescentes dans le marbre. C'était un vrai alchimiste. Ce lieu était l'église des surréalistes. Mon projet fait aussi référence au surréalisme et au dadaïsme.

Parle-nous de la nouvelle collection "A l'Eau Dali".

Les gens s'attendaient à ce que je poursuive avec les meubles squelettes de la première collection, mais "A l'Eau Dali" a été inspiré par le monde aquatique avec des colonnes à tiroirs-écrevisses, des grenouilles-tables de nuit, une coiffeuse-hippocampe, des miroirs poisson-chat, des pieuvres lumineuses. Autant d'obsessions qui m'ont suivies toute ma vie et qui ont forgé mon univers. Les matériaux changent ? C'est toujours du bois et du bronze mais ce qui est différent, c'est le côté clinquant que je revendique. Les meubles sont recouverts à la feuille d'or ou d'argent et de poudre de corail pour les meubles écrevisse. Il y a du violet, des couleurs pop, alors que la collection précédente, était très noir et blanc avec des touches de couleur pure. "À l'Eau Dali" est une collection parfois à la limite du mauvais goût mais, je n'aime pas le bon goût. J'avoue avoir un peu déliré avec la feuille d'or et d'argent, mais ça me plaît. Un clin d'oeil vers la clientèle russe et koweti.

Dès l'ouverture de la Maison Darré, on t'a sollicité pour imaginer le décor du Montana qui reste le plus hype des bars de nuit parisiens.

Ma vie a toujours été gérée par des hasards et quand Jean-Yves Lefur a proposé à Olivier Zahm et à André de faire le Montana avec lui, Olivier a tout de suite dit oui "à condition qu'il y ait la "touch" Vincent Darré". En fait de "touch", je me suis retrouvé avec le chantier entier pendant trois semaines et j'ai donné beaucoup de ma personne. Ils souhaitaient que cela reste un endroit où l'on sente ce qui s'était passé avant, que ça fasse bricolé. Ça m'arrange, j'aime le bricolage. Ce qui était amusant, c'était de garder la crypte en mosaïque-miroir faite par un copain de Pierre Cardin dans les années 70, de conserver le bar d'origine, des années 50. Je voulais que ça ressemble au fantasme d'un bar de Saint-Germain-des-Prés, le Tabou qui se trouvait juste en face. Un peu comme dans le film "Funny Face" où Audrey Hepburn arrive à Paris et veut croiser les Existentialistes au Tabou. Le Montana était de la même époque, ma mère y allait. Je voulais garder cette idée de bar à la française avec une déco qui aurait pu exister depuis toujours. Le résultat est amusant, ce qui est dommage c'est que je n'ai plus du tout envie de sortir. Victoria Beckham a affirmé dans le Vogue que c'était l'endroit le plus cool et le mieux décoré de Paris, Prince y a passé ses nuits. On vient du monde entier dans cet endroit.

Le chantier du Montana se poursuit ?

Le bar du Montana va s'agrandir, mais restera à l'identique. Tout l'hôtel sera refait. Au premier étage se tiendra un restaurant chic et sophistiqué dont on m'a confié la décoration et au-dessus, 5 suites réalisées par Marc Newson. L'architecte de ce projet est Elisabeth Lemercier, la soeur de Valérie.

Tu continues de faire les costumes de scène d'Arielle Dombasle ?

Arielle, je fais tout ce qu'elle me demande. C'est quelqu'un qui ne calcule pas, une équilibriste sur un fil. Avec elle, ça peut aller d'un concert avec Philippe Katerine jusqu'à une pièce de théâtre avec Jérôme Savary. Faire ses costumes me donne beaucoup de liberté car c'est une femme d'une totale liberté, donc on s'amuse ensemble. Si je lui dis : "Allez, on va faire des costumes en plastique", elle accepte et ne pense pas deux secondes qu'elle aura à jouer tous les soirs avec pendant trois mois. Pour Milady, avec Jacqueline Dayan, c'étaient des crinolines en cuir, elle trouvait que c'était une bonne idée, même pour un tournage sous la canicule du mois d'Août... Arielle aime le costume comme peu d'actrices, elle a cette fantaisie de se déguiser et de se mettre en scène, un peu comme à l'époque d'Hollywood. Une grande complicité nous lie.

Tu as fait également du stylisme pour l'Uomo Vogue ?

J'ai fait des sujets pour l'Uomo Vogue de Franca Sozzani avec des personnalités parisiennes, écrivains, designers, peintres. C'était après mon passage chez Ungaro alors que je préparais la Maison Darré. Cela m'amusait, mais en même temps ça m'a sauvé en me permettant de ne pas couper avec la mode. J'estime que la mode en ce moment ne laisse pas le temps de respirer. Tu fais une collection, une pré-collection, tu n'as même pas le temps de juger ton travail, ni de réfléchir, c'est pareil pour la carrière. Il faut se dépêcher pour devenir directeur artistique d'une maison de couture et en fait ça ne m'intéressait pas tant que ça de devenir directeur artistique d'une maison de couture, c'est un cercle infernal. Maintenant, j'ai réussi à faire la Maison Darré.

Accueillir des talents amis, c'est aussi l'histoire de la Maison Darré. Après les sacs d'Olympia, les imprimés de Pierre le Tan, prochainement ce seront les bijoux de Martial Berro.

Dès le début on a toujours fonctionné en bande, c'est comme une famille adoptive qui serait inséparable dans la vie. On a de la chance de rencontrer des gens extraordinaires, ce sont des amis, j'aime leur travail, alors pourquoi ne pas leur demander de faire pour la Maison Darré ce qu'ils n'ont pas l'habitude de faire. Avec Pierre le Tan, j'avais fait des pièces de théâtre, il dessine d'habitude sur papier, il avait même fait des meubles. Moi, je lui ai proposé de faire des imprimés de tissus. L'idée, c'est de prendre les gens à contre-pied, de leur faire faire des choses dont ils n'ont pas l'habitude : ainsi Valérie Lemercier va réaliser un papier peint, Yazbukey des dessous-de-verre, Marie Brandolini du verre soufflé de Venise mais noir. Frédérique Malle fera un parfum très particulier. Avec Martial Berro qui expose ses bijoux à partir du 29 septembre, c'est différent. Il vit en Argentine alors on n'a pas vu ses créations à Paris depuis un bon moment. Je voulais lui rendre hommage en lui demandant une ligne de bijoux pour la maison Darré.

Tu t'es trouvé une nouvelle famille récemment, celle de Purple.

J'aime bien ces gens-là, je trouve qu'Olivier Zham c'est un peu comme Nicole Vizniak, la créatrice de la revue l'Egoïste, quelqu'un qui fait un journal lui-même tout seul, avec une nonchalance... La première fois que je m'y suis intéressé, c'est parce qu'il avait fait douze pages sur Ingrid Caven. J'ai été étonné qu'il soit à ce point curieux de toute une époque comme par exemple de ces vieux écrivains américains baba cool qu'il interviewe dans le numéro de septembre. Il ne tombe pas dans ce qui pourrait être caricature d'un magazine branchouillé... Et puis il est obsédé des seins et des pussys...

Le supplément "Vincent" du dernier Purple magazine avec des photos qui retracent ta vie, ça t'a fait quoi ?

C'est plus de 20 pages et c'est très impressionnant. J'ai apporté des tonnes et des tonnes de photos de toutes les époques de chez mes parents, de chez Philippe Morillon, de chez Pierre et Gilles ; j'ai retrouvé les photos originales de Simon Bocanegra. Quand tu vois le truc en kiosque tu te sens un peu exhibitionniste, comme si tu montrais quelque chose de très personnel. Le plus incroyable, c'est que c'est arrivé au moment du décès de ma mère et cela m'a permis de lui rendre hommage et de montrer des photos d'elle à l'époque Saint-Germain-des-Prés et du Tabou, de raconter cette Gauche qui croyait encore à plein de choses. Mon éducation fut faite par des gens qui rêvent, sans envie de pouvoir, ni d'argent et cela me plait. C'est drôle de montrer les images du Palace, mais après on se sent comme des gens qui font partie d'une autre époque un peu comme quand on fait une rétrospective, on a peur de mourir après. Les gens sont touchés par les photos d'enfance, ils se rendent compte que c'était une vie totalement libre. A quatorze ans, j'étais en travelo avec une éducation complètement débridée et amusante. Moi, ça me plait beaucoup, mon ego est tout à fait flatté. Au début j'ai regardé ce supplément des centaines de fois et puis ce fut l'effet contraire, j'ai réalisé que tout le monde allait partager cette intimité, alors, c'est un peu comme quand tu montres ton cul à tout le monde, tu as un peu honte après.

Propos recueillis par Paquita Paquin.

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