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Ligue du LOL : entre effet de groupe et masculinité toxique

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C'est la polémique qui a animé Twitter ce week-end. Ont ressurgi de l'ombre les agissements d'un groupe, nommé "La Ligue du LOL" qui, il y a 10 ans, a harcelé par de multiples biais des femmes racisées ou non, mais aussi des hommes considérés comme "pas assez virils". Des faits d'une grande violence qui illustrent parfaitement l'effet de groupe mais aussi la masculinité toxique. Puretrend tente de décortiquer les événements.

Créée en 2009 par le journaliste Vincent Glad (qui travaille actuellement chez Libération), "La Ligue du Lol" est un groupe privé Facebook composé de gens "influents" sur Twitter. Principalement des hommes, tous originaires de la presse, la pub et la communication. Leur mode opératoire était toujours le même : prendre une personne en grippe et la harceler par tous les moyens, de la remarque sexiste aux spams dans les mentions Twitter de la cible, du slut-shaming au canular téléphonique, en passant par le rajout d'une étoile jaune sur la photo de personnes de confession juive et autres montages à caractère pornographique...

Les victimes de ces hommes - dans la vingtaine à l'époque - avaient, elles aussi, toujours le même profil : des femmes, débutantes dans le milieu du journalisme, souvent militantes, racisées ou non. Mais aussi des hommes homosexuels.

Ce week-end, c'est une vague de témoignages qui a afflué sur Twitter sous le hashtag "#Liguedulol". Des témoignages qui - disons-le - retournent les tripes. Ces dénonciations publiques ont prouvé l'incroyable courage des victimes, mais aussi les traumatismes indélébiles que ces agissements ont laissés.

Les harceleurs, eux, sont bien connus. Parmi ceux déjà identifiés se trouvent David Doucet, rédacteur en chef web des Inrocks, Christophe Carron, rédacteur en chef de Slate.fr, Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag Parfait ou encore Vincent Glad et Alexandre Hervaud, qui travaillent aujourd'hui pour Libération.

Des figures d'influence sur Twitter qui ont pour la plupart publié des excuses, certes maigres et "inaudibles", comme l'a lui-même écrit Stephen des Aulnois, au regard de la souffrance des victimes. Et c'est vrai, ces excuses sont irrecevables. Mais il est intéressant d'observer leur contenu et ce qui en découle.

Une histoire de "groupe"

Presque à chaque fois cité, le terme et concept de "groupe". Un argument de défense simpliste et qui n'est en aucun cas une excuse.

Étudié en psychologie sociale, le fait d'appartenir à un groupe génère une "désindividuation". Une fois intégré dans un groupe, l'individu verrait son identité se diluer dans celle du collectif. A posteriori, les individus expliquent leurs comportements excessifs par la situation, argumentant que "tout le monde a fait pareil". La désindividuation se caractérisant par un affaiblissement de la conscience de soi, les actions sont alors influencées par les sollicitations immédiates et par ce que font les autres autour de nous.

Les réponses de Vincent Glad et David Doucet sont la parfaite illustration de ce processus. D'ailleurs, ils sont éloquents quant il s'agit de narrer ce qu'il se passait à l'intérieur du groupe (surtout pour pointer la faute sur les autres), mais bien moins quand il est question d'avouer leurs propres torts...

Il faut dire que se cacher derrière le groupe est si facile.

La même mécanique est à l'oeuvre dans le harcèlement scolaire, où "l'effet de groupe" est souvent avancé. On se figure complètement l'archétype des élèves "populaires" harcelant d'autres jugés plus fragiles et marginalisés. Un modèle qui a encore trop tendance à être sacralisé et normalisé, en témoigne la popularité d'un film comme "Mean Girls".

Si les bourreaux finissent pas être les perdants, ce sont bien eux, les harceleurs, qui restent encore aujourd'hui les personnages préférés de ce film considéré comme culte. Cela en plus de propager l'idée que les femmes doivent toujours être en rivalité.

Mais parler seulement de l'effet de groupe serait trop restreint, surtout si on revient sur la particularité des attaques sexistes, racistes et homophobes dont s'est rendu responsable la "Ligue du LOL". Le fait qu'il s'agisse d'un groupe d'hommes blancs hétéros (particulièrement privilégiés) opérant un harcèlement viriliste pose forcément la question de la masculinité toxique.

L'illustration de la masculinité toxique

Dans une interview donnée au site de France Info, Aude Lorriaux, porte-parole du collectif "Prenons la une", réagit : "Cela montre une nouvelle fois que, souvent, la carrière des hommes se construit au détriment de celle des femmes". En effet, quand on voit les postes hauts placés des harceleurs, on se dit qu'il y a comme une profonde injustice.

"C'est ce que nous montre cette histoire : à force d'être attaquées, ces femmes, qui sont pour la plupart de très bonnes journalistes, ont perdu confiance en elles et ont fini par quitter les réseaux sociaux, qui sont pourtant un outil essentiel pour leur travail. (...) A l'inverse, les membres de la "Ligue du LOL" se sont construits collectivement une image de "mecs cool", de personnes marrantes, brillantes. C'est grâce à cet esprit de corps masculin qu'ils ont atteint les postes de pouvoir qu'ils occupent aujourd'hui. C'est la logique même du sexisme qui sévit toujours dans le journalisme, comme il sévit en politique et dans d'autres secteurs".

Il est intéressant de s'arrêter d'ailleurs sur le terme de "Boy's club", qui désigne ces groupes d'hommes, à caractère informel, dans lesquels ils s'encouragent à exercer des pressions auprès de minorités afin de se valoriser les uns les autres pour gravir les échelons ensemble.

Un bon moyen aussi de montrer qu'on est un homme, un vrai, et qu'on fait ses preuves à la vue des autres. Les uns entraînant les autres dans l'escalade de la violence. Ce qui est très vrai pour le "Ligue du LOL". On est pas loin des tristement célèbres "bizutages" des grandes écoles, autre bonne illustration de ce qu'est la masculinité toxique.

Comme l'explique l'essayiste Martine Delvaux : "Le boys' club fait de l'homme (blanc, hétérosexuel et de classe moyenne) le représentant du neutre et de l'universel. Il fait que le masculin l'emporte sur le féminin, le blanc sur le racialisé, le riche sur le pauvre, l'hétérosexuel sur le queer etc. Mais ce n'est pas seulement leur présence qui donne aux hommes du pouvoir, c'est la manière dont ils s'organisent et se retrouvent ensemble, installés en rond et se faisant face autour d'une table, d'une icône, d'un idéal..."

En bref, le "Boy's club" n'a rien de différent de ce que l'on nomme le patriarcat et la domination masculine.

Qu'en est-il des sanctions ?

L'AFP informait hier que la direction de Libération a annoncé la mise à pied "à titre conservatoire" de ses journalistes Alexandre Hervaud et Vincent Glad. Une situation en suspend et qui ne signifie aucune sanction concrète pour le moment.

Chez Slate.fr, les articles sur le sujet sont publiés sous la supervision exclusive d'Hélène Decommer, rédactrice en chef adjointe ; Christophe Carron, impliqué dans l'affaire "Ligue du LOL", ayant annoncé qu'il ne participerait pas à la réalisation de ces articles (encore heureux).

De son côté, le studio Nouvelles Ecoutes a congédié Guilhem Malissem, aux commandes du podcast "Bouffons". Stephen des Aulnois, rédacteur en chef et fondateur du Tag Parfait, a lui annoncé sa démission dans un communiqué.

Quelques cas qui donnent espoir de voir les choses changer, enfin. La fin d'une impunité bien trop systématique pour des hommes qui pensent qu'ils ont tous les droits.

Un phénomène loin d'être isolé

Aujourd'hui, d'autres affaires étouffées ressortent. On a ainsi appris qu'en 2017, deux journalistes de Vice France, Rodolphe Bonno et Sébastien Chavigner, ont été licenciés par la direction après de graves dérives sexistes. Comme le révèle L'Express, tout est parti d'un groupe de messagerie instantanée d'abord intitulé "Les darons", puis "Townhall", dans lequel une dizaine d'hommes "bitchaient" sur leurs collègues, principalement féminines. Allant jusqu'à installer une ambiance particulièrement salace et dégradante au sein de la rédaction.

Affaire similaire au Huffington Post avec le groupe privé "Radio Bière Foot", exclusivement composé d'hommes. A l'origine, il s'agissait d'un groupe Slack, cette messagerie utilisée par beaucoup d'employés pour communiquer au sein d'une entreprise, rapidement devenu un défouloir sexiste, raciste et homophobe. Des captures écran dévoilées par Libération font état de l'extrême violence des propos échangés. Une affaire qui a conduit à trois licenciements au sein de la rédaction fin 2018.

Dommage qu'il ait fallu voir éclater le scandale de la "Ligue du LOL" pour entendre parler de ces différentes affaires.

Autant d'histoires terrifiantes qui, aujourd'hui mises en lumière, imposent une profonde remise en question sur la misogynie et le sexisme (entre autre) qui gangrènent le monde des médias. Des histoires qui renforcent aussi la solidarité et laissent penser qu'en étant uni.e.s, on peut résolument faire changer les choses.

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