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Journal d'une parisienne : Fleur Demery

Les It-Girls

Chaque ville a les siennes et chaque génération aussi. Une bande de filles désinvoltes au goût très sûr et au caractère bien trempé, des muses parfois, qui travaillent, s'enthousiasment, vivent à cent à l'heure et ne s'encombrent pas de problèmes inutiles. L'une d'elles nous livre ses secrets.

 

Rencontre avec Fleur Demery, 25 ans.

 

Depuis quand es-tu parisienne ?

Ma famille vit à Fontvieille dans les Baux-de-Provence. Après en avoir beaucoup rêvé, je me suis installée à Paris à 17 ans pour faire deux ans d'école d'art aux Ateliers de Sèvres. Je voulais faire les Arts Déco et les Beaux Arts, mais ça n'a pas marché, alors je suis allée voir Jean-Jacques Picart qui m'a dit : "Va au Studio Berçot, Marie Rucki te fera du bien !" J'ai donc fait Berçot sérieusement la première année et pour payer mes études, j'étais barmaid dans une boîte de nuit.

 

Que retiens-tu de l'enseignement de Marie Rucki ?

Elle m'a apporté la dérision de la mode. On va faire ça toute sa vie, mais on s'en tape complètement, la mode est un jeu et il faut s'amuser avec les bonnes personnes, être instinctif. À l'issue de la première année, je me sentais grandie, sans être certaine de me trouver dans la bonne direction. Marie m'a envoyé faire des abat-jours et des coussins chez Vincent Darré. J'ai si bien écouté ses conseils que je ne l'ai plus quitté.

 

Alors, tu as fait des coussins ?

Entre autres. Il travaillait à l'époque comme directeur créatif pour l'Uomo Vogue avec Fabrice Paineau, moi j'étais son assistante styliste. Il fallait habiller des personnalités plus ou moins excentriques : acteurs, poètes, écrivains, designers, nous assemblions des looks en tentant de les faire correspondre à la personne. Parallèlement, il mettait la dernière touche à la Maison Darré.

 

Tu vis et travailles aussi avec un musicien, Philippe Eveno ?

Julien Baer, le frère d'Edouard, nous a présentés il y a trois ans. Je travaillais alors avec Vincent pour habiller Arielle Dombasle, et Philippe Eveno, de son côté, sur la musique avec Arielle et Philippe Katerine. On s'est donc aperçus par hasard qu'on était tous les deux sur la même projet. Philippe est chef d'orchestre et arrangeur : il joue de la guitare et du piano, il fait de la musique avec Katerine, Arielle Dombasle, Jeanne Cherhal, Helena Noguerra. Cela m'a donné l'occasion d'habiller les artistes qu'il accompagne. Philippe Katerine a une vision de la mode très personnelle. Il est à la recherche du pire et chaque fois, il atteint des niveaux étonnants. Je lui apporte les éléments et lui fait sa cuisine sur l'idée du cadavre exquis : un T-shirt de baseball avec un tutu de danseuse, des bas résille et des Moon boots.

 

Si tu n'étais pas styliste qu'aimerais-tu faire ?

Fleuriste ! J'aime aussi beaucoup la décoration, le graphisme. La création n'est pas quelque chose qui m'excite en permanence, je me rends souvent compte que la perfection a déjà été atteinte. Ce que j'aime avec le stylisme, c'est comprendre une personne, sa situation, tout ce qu'elle aime, et l'habiller avec ce dont elle n'oserait même pas rêver.

 

Tes qualités, défauts, traits de caractère ?

Je suis féminine, et je ne parle pas que des vêtements. Je suis assez optimiste, du moins j'essaie de positiver. Je suis chaleureuse : mes plus grands moments de bonheur sont les dimanches quand je prépare le poulet pour tous les gens qu'on aime. J'aime être entourée et que les gens soient bien accueillis. Et ça, c'est le Sud : ça mange, ça boit, ça parle fort...

 

Es-tu d'une nature excessive ?

Quand je crois à quelque chose, je fonce, j'y vais à fond. Je suis capable d'excès de nourriture ou d'alcool, mais je suis surtout excessivement amoureuse.

 

Tu as grandi dans le sérail de la mode ?

Mes grands-parents et mes parents possédaient Souleïado. Ma mère, c'est mon égérie, j'ai grandi dans les bureaux de style, je n'ai jamais eu de nounou, j'étais la chouchoute des techniciennes qui me faisaient choisir un tissu et, en fin de journée, je repartais avec la robe.

 

Tu reviens de Dubaï ?

Oui. C'est une ville très en hauteur mais aussi très étalée, une ville climatisée où les fenêtres ne s'ouvrent pas... où tout est neuf. Rien qui n'ait plus de deux ans : les murs, les robes, les seins... Tout est dans la consommation, dans l'immédiateté.

 

Tu y fais aussi une collection de mode ?

J'assiste Ingie Chalhoub, pionnière de la distribution de luxe au Moyen-Orient, qui a décidé de créer une marque de prêt-à-porter luxe à son nom. Tout est fait en France avec les meilleurs tissus, les plus belles broderies dans les meilleurs ateliers, la marque sera vendue dans des boutique exclusives à Koweït, Dubai et Jeddah et bientôt à Londres et Paris.

 

Que fais-tu de tes loisirs ?

De la danse Bollywood. Une sorte de R&B super gracieux avec des jeux de mains, des jeux de tête, des expressions du visage, c'est pas facile mais ça a changé ma vie. Sinon j'adore cuisiner les grands classiques de celles qui ont un homme à la maison.

 

Que genre de vêtements aimes-tu porter ?

Je peux mettre deux fois la même chose, mais je change en permanence les combinaisons. Des robes bien sûr, et quand je porte un pantalon ça n'est pas pour aller vite ou pour être à l'aise, il faut qu'il soit joli, taille haute, ceinturé, qu'il touche le sol ; j'aime les pantalons faussement larges avec le pli marqué. J'adore ma toque en fourrure achetée chez les Russes. Je mets souvent un nouveau manteau croisé, coupe trench avec martingale et, pour sortir, une robe noire idéale : un peu Audrey Hepburn, au-dessous du genou, serrée à la taille avec un petit noeud drapé en drap de laine et des manches trois-quarts. Elle vient de chez Emmaüs. Mon créateur préféré, c'est l'Abbé Pierre pour Emmaüs.

 

Tu vas souvent aux puces ?

Mes parents qui faisaient beaucoup les brocantes et les antiquaires m'ont passé le virus. Arrivée à Paris j'ai découvert qu'on pouvait s'habiller avec 2 euros de la tête aux pieds à Montreuil et pour 20 euros aux puces de Vanves. J'y allais tous les week-ends, cela me prenait des heures, mais je cernais le terrain parfaitement.

 

Tu aimes mélanger les couleurs, les imprimés ?

À cause de mon enfance bercée par Souleïado et pour avoir été chez les religieuses pendant quinze ans, j'ai été longtemps allergique aux imprimés et au marine et blanc. Pourtant, maintenant je n'aime que ça.

 

Ton style vestimentaire ?

Ce sont des envies, pas un style. Je m'habille pour m'amuser, je n'ai pas vraiment de règles, je peux faire le pire comme le meilleur, aller du mauvais goût a l'élégance, je n'ai pas peur ! J'aime être à l'aise de 9 heures du matin à 2 heures du mat', je ne me change ni pour le soir, ni en fonction des saisons.

 

Beauté, cheveux, maquillage ?

Je lave et démêle mes cheveux, c'est tout. J'aime croire qu'ils sont blond vénitien mais pas du tout : je suis châtain. Je mets des rubans, des serre-têtes plutôt pour faire diversion quand je n'ai pas envie de parler. J'aime une bouche rouge et mate, un peu de fard à joue rose clair, et quand je fais une interview avec Paquita Paquin, un peu de rimmel. Mon teint clair, c'est naturel.

 

La faute de goût pour laquelle tu as le plus d'indulgence ?

Comme je ne supporte pas le laisser-aller, j'ai beaucoup d'indulgence envers les personnes qui en font trop. Cela veut déjà dire qu'elles veulent faire quelque chose. À part cela, il n'y a pas vraiment de règles. La faute de goût sous-entend qu'il existe un goût précis. Je trouve ça déjà très maladroit et un poil prétentieux.

 

Dernier objet acheté ?

Une tapisserie réalisée par Robert Four pour le carton d'Hervé Lelong, certifiée, signée, numérotée par les tapisseries d'Aubusson. Nous l'avons trouvée sur un coin de trottoir rue Ordener, dans un vide-grenier de quartier. Le vendeur nous a couru après : "je vous la laisse à 50 euros !" Alors d'accord !

 

Dernier vêtement acheté ?

Un manteau vert anglais, vert pomme, vert gazon en drap de laine avec col et poignets en astrakan et boutons blancs avec une tache noire, comme des yeux. Il est tellement horrible qu'il en devient super kitsch. J'aime son aplomb, il fait un peu Jacques Demy, je suis fan !

 

Une femme que tu admires ?

Mes parents m'ont eu tard. Ce sont des soixante-huitards issus du baby boom. Mon père a été l'assistant de Godard et de Rivette. J'ai grandi avec les films d'Anna Karina. Philippe la connaît bien et réalise des livres-disques pour enfant avec elle.

Hélas, nous n'avons pas la même morphologie, sinon je porterais les mêmes petites robes chasubles et ballerines qu'elle dans "Pierrot le Fou". Anna Karina nous a raconté qu'elle avait trouvé sa robe rouge de "Pierrot le Fou" chez Tati. Elle portait dans le film ses propres robes et conduisait sa propre voiture. J'aime la liberté d'esprit de cette femme, c'est un peu comme si nous avions le même âge.

 

Où sortez-vous ?

Je reçois beaucoup et je sors pas très loin, dans un bar qui s'appelle "El Café Bar" mais que les intimes appellent "chez Philou". C'est notre deuxième maison. Il se situe à l'angle de la rue Condorcet et de la rue Rodier, c'est un tout petit bar qui ne paye pas de mine et ouvre à partir de 17 heures. Dès qu'il y a un peu moins de monde, on fait des boeufs. Philippe Hernandez, "Philou", est l'âme du lieu avec sa femme Agathe.

 

Un bon souvenir de fête et de dîner en 2011 ?

Notre crémaillère du 1er mai a été une fête très gaie, avec la plupart des gens qu'on aime. On avait dit 18 heures, et tout le monde est arrivé à 21 heures avec du muguet. Cela s'est terminé à 4 heures du matin. Fifi Chachnill dansait dans ma baignoire avec Vincent Darré, Julie Depardieu enceinte de sept mois parlait opéra par la fenêtre avec Arielle Dombasle. Et quand Philippe Katerine a dévoilé la fresque qu'il avait peinte sur le linteau de la cheminée et recouvert d'un voile, ce fut un moment magique.

 

Propos recueillis par Paquita Paquin

 

Retrouvez aussi l'interview d'une autre parisienne : Charlotte Chesnais !

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