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Interview : Lorenz Bäumer, l'alchimiste de la Place Vendôme

Portrait de Lorenz Bäumer.
Portrait de Lorenz Bäumer.

Lorenz Bäumer est ce que l'on pourrait appeler un faiseur de tubes en or. Une créativité 24 carats, qu'apprécient tout particulièrement les grandes maisons de la Place Vendôme. Il y a d'abord eu Chanel Joaillerie, entre 1988 et 2007, presque deux décennies à réinterpréter l'oeuvre de Coco Chanel. Il impose la céramique dans le petit monde de la joaillerie à travers la collection "Ultra", relooke le camélia et autres comètes précieuses. Depuis 2009, il assure la direction artistique de la joaillerie Louis Vuitton. Mais depuis plus de 15 ans, c'est dans sa propre maison qu'il oeuvre avec constance, obsédé par la matière, toujours en quête du bijou idéal, vecteur d'émotion. La princesse Charlène de Monaco fait partie de ses adeptes, et c'est à lui qu'elle a fait appel pour une parure royale le jour de son mariage. Il nous présente ses nouvelles pièces : des scarabées précieux olfactifs, et des boucles d'oreilles en titane aussi légères que colorées. Rencontre avec l'alchimiste de la Place Vendôme.


Vous êtes à la tête de votre propre maison de joaillerie, mais vous êtes également directeur artistique de la joaillerie de la marque Louis Vuitton. L'exercice de créer pour plusieurs maisons est-il compliqué ?

Déjà, je ne crée que pour deux maisons, la mienne, et Louis Vuitton Joaillerie. Cela est raisonnable. C'est un exercice génial, très stimulant. Il faut être un peu schizophrène, il faut avoir deux personnalités, deux univers différents. Mais j'aime beaucoup ce challenge, c'est une vraie chance.

Comment traitez-vous les collections pour ces deux maisons ? Y a t-il beaucoup de différences ou est-ce que l'on pourrait parler d'un jeu de vases communicants ?

C'est toujours radicalement différent. Pourquoi venir chez l'un ou chez l'autre si on raconte la même histoire ? Il y a tellement de choses inspirantes.

Qu'est-ce qui a inspiré la création de vos dernières pièces ?

Il y a beaucoup de choses, plusieurs inspirations... J'ai essayé de transfigurer la nature avec des scarabées olfactifs par exemple. J'ai aussi essayé de capturer des sentiments. J'adore le surf, et le soir quand on est dans l'eau, on voit le soleil qui se couche, cette boule de feu qui plonge dans l'eau, avec les oiseaux qui passent dans le ciel. C'est un moment de la journée que j'aime beaucoup et que j'ai essayé de traduire en joaillerie. J'ai essayé de raconter ça d'une manière pas kitsch du tout, avec un design Art-déco, géométrique. Pour mes dernières pièces, j'ai aussi essayé de repousser les limites, notamment à travers une recherche sur des matières innovantes, comme cette matière olfactive qui est comme une éponge en or qui absorbe le parfum et le restitue. On a aussi travaillé sur des traitements de surface sur le titane qui lui donne des reflets incroyables. Des choses que l'on ne voit pas souvent en joaillerie.

D'où vient l'idée de cette envie de matières nouvelles ?

Un créateur est là pour faire des choses qui n'existent pas encore. Je m'interdis absolument de faire des choses qui existent déjà. J'essaye toujours de les interpréter différemment, d'inventer de nouvelles matières. Mais il ne s'agit pas d'innovation pour l'innovation. Il faut que ça apporte quelque chose. Par exemple le titane permet de rendre de très belles couleurs, mais c'est aussi une matière très légère. Pour les femmes qui le portent en boucles d'oreilles c'est d'un confort extraordinaire. Le scarabée olfactif vient de l'idée que beaucoup de femmes sont allergiques au parfum, et qui ont envie de pourvoir doser l'odeur qu'il dégage, c'est pour cette raison que j'ai fait cette recherche. Lorsque l'on ouvre les élytres, on sent le parfum, et lorsqu'on les ferme, on ne sent plus rien. Cela permet de ne pas porter le parfum à même la peau.

Quel est le rapport que vous entretenez avec vos clientes ?

Je les adore, elles m'inspirent. J'adore les rencontrer. La moitié des bijoux que nous produisons sont des commandes privées. Il y a beaucoup d'échanges et un vrai dialogue entre elles et moi.

Est-ce qu'il y a une pièce qui symbolise particulièrement votre maison ?

J'aime beaucoup les scarabées olfactifs. Ce sont vraiment des sculptures à porter. On est plus dans le domaine de l'Art que du bijou. Des couleurs incroyables, un objet où la forme est au service de l'idée...

Quels sont les artistes qui vous inspirent ?

Cela peut être des artistes de n'importe quelle époque. Par exemple, j'adore l'artiste brésilien Vik Muniz car je trouve qu'il transcende la matière. Ses sculptures sont en fait des photographies. J'aime aussi Picasso dans un registre plus classique. Il y a des oeuvres aussi que j'adore, comme cette sculpture magnifique de Bernin exposée à la Galleria Borghèse de Rome, Daphnée et Apollon. Apollon veut toucher Daphnée, qui se transforme en arbre. Ce travail de la matière est quelque chose qui m'inspire en joaillerie.

Quelles sont les matières que vous adorez travailler ?

La matière que l'on retrouve dans tous mes bijoux ? Les émotions... Les bijoux doivent susciter quelque chose. Avoir un gros morceau d'or ou un gros diamant comme ça, cela ne sert à rien. Si cela raconte une histoire spéciale que j'ai réussi à traduire, alors là, c'est intéressant. Un moment auquel j'essaye de donner vie à travers un bijou.

Et si vous pouviez inventer le bijou ultra innovant du futur, qu'est ce que ce serait ? Quel est le bijou que vous rêveriez de faire ?

Moi je rêve de créer le bijou qui rendrait les femmes heureuses. Je suis en permanence en train de vouloir créer un bijou pour que quand elles vont se mettre devant le miroir, elles soient bien. En général quand on reçoit un bijou, c'est quand quelqu'un vous aime, un cadeau, une bague de fiançailles, ou bien même un bijou que l'on s'offre seule pour se faire plaisir. Si le bijou pouvait se dématérialiser et devenir du bonheur à l'état pur, ce serait génial. C'est pour ça que j'adore autant faire des bagues de fiançailles. C'est par essence le moment où il y a du bonheur, stylisé par une bague. Au fond, c'est un symbole. A chaque fois qu'une femme regarde sa bague de fiançailles, elle repense à ce moment-là.

Propos recueillis par Mélody Kandyoti.

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