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Interview: Loïc Prigent dans les coulisses de la mode

Après La Vraie Vie d'Anna Wintour, Signé Chanel, Marc Jacobs & Louis Vuitton, le journaliste Loïc Prigent s'est une nouvelle fois faufilé dans les coulisses de la mode.

Réputé pour son regard aussi intelligent qu'humoristique, il a relevé le défi de filmer quatre grandes maisons durant les dernières 36 heures qui précédent leurs défilés. Chez Fendi , Sonia Rykiel , Proenza Schouler et Jean-Paul Gaultier , il filme l'envers du décor, dévoile le processus créatif de ces grands noms de la mode et capte les moments des plus intenses.

Embarqué dans ce compte à rebours créatif, où le temps se dilate et chaque seconde se négocie, il s'offre des moments de complicité avec les petites mains, les mannequins et les créateurs, faisant de ces moments de dernières minutes, une véritable aventure humaine.

Résultat : 4 épisodes qui seront diffusés sur Arte à partir du 14 janvier.

Interview de Loic Prigent dans les coulisses de son film...

 

Jean-Paul Gaultier, Sonia Rykiel, Karl Lagerfeld, Proenza Schouler : comment avez-vous choisi ces créateurs ?

Selon leur télégénie et l'actualité. Je voulais aussi montrer quatre semaines de la mode différentes, quatre ambiances. Les 40 ans de Sonia Rykiel était un évènement en soi. Quant à Karl Lagerfeld, il a un charisme assez évident.

Concernant Gaultier Couture, beaucoup de légendes urbaines circulent dans le milieu... Je voulais voir. Et c'était encore plus dingue que les légendes urbaines ! Dans les ateliers, ils arrivent à dilater le temps jusqu'au dernier moment, ils "négocient avec le temps", c'est leur phrase clé.

Je suis les Proenza Schouler depuis leur début, stupéfait de ce qu'ils arrivent à faire dans une équation "commerciale - jeune créateur". J'aimais bien l'idée de montrer un duo et leurs conditions de travail différentes : dans les dernières 24 heures, ils sont moins dans le caprice de création, ils n'en ont pas les moyens.

 

Les reportages dans les luxueux ateliers Fendi et ceux plus modestes de Proenza Schouler opposent des conditions de travail assez extrêmes...

Le contraste est délirant. Quand ils se sont rencontrés lors de l'avant-première des documentaires, ils avaient un vrai rapport de maître à élève. Mais ils font exactement la même chose ! Ils dessinent des vêtements qui doivent être portés par une femme plutôt riche et leur processus créatif se ressemblent beaucoup. A la différence près que M. Lagerfeld est le créateur qui a les plus gros moyens au monde. Il peut demander à son équipe qu'un cachemire soit séché à l'arrière d'un jet privé, elle le fera sans poser de questions et en s'amusant du défi technique. Quoiqu'il demande, il peut faire ce qu'il veut.

 

Il semble tout puissant...

Le respect qu'il impose est évident. Karl Lagerfeld possède une encyclopédie technique que plus personne n'a sur le terrain, il a un savoir-faire délirant.

 

Les créateurs avaient-ils un droit de regard sur le montage final ?

Il y a seulement eu ce que j'appelle un "visionnage de courtoisie". C'est normal de le proposer, les moments filmés étaient angoissants, tous les masques tombaient, c'était sans filet. Et c'est utile, il peut toujours y avoir des erreurs dans une date ou un manque de précision. Mais personne n'a demandé à modifier quoique soit. Sauf Nathalie Rykiel, elle était furax car j'ai du remplacer les musiques du défilé pour des questions de droits. J'ai fait d'autres essais, dans l'esprit de ce qu'elle voulait, mais ça ne collait pas.

 

Vous filmez beaucoup les petites mains, les premières d'atelier. Vouliez-vous leur donner la parole ?

Ce n'est pas leur donner la parole, c'est filmer l'action. Je ne suis pas l'Emile Zola des ateliers ! Je filme l'action et la manière dont elle se met en route, comment se construit la collection, les différentes étapes. Ces petites mains font en sorte que la poche soit à cet endroit là, que le col fasse cette mesure là... Elles sont capitales, elles apportent la technique au créateur. Mais l'inverse est aussi vrai.

Une première d'atelier chez Yves Saint-Laurent va faire les épaulettes d'une certaine manière, alors qu'une main de chez Chanel donnera un certain tombé à une veste. Elles ont une signature selon leur maison. On s'en aperçoit quand les ateliers sont démantelés, car les maisons récupèrent leurs savoir-faire.

 

La tension est palpable à chaque instant. Que vouliez-vous capter dans ces moments intenses ?

A ce moment-là, le temps est resserré, il faut y aller. J'adore ce processus de création, l'idée de dernière minute, celle qui surgit juste avant le défilé et l'impression alors que le temps s'étire. Chez Gaultier, j'étais servi ! Au dernier moment, quand il n'a plus le choix, il se permet d'ajouter, modifier, rallonger, rebroder. Je suis béat devant son inconscience du temps. Je le voyais changer ses robes avec un mépris complètement fou des minutes et des heures.

 

Certaines sautes d'humeur ont-elles été coupées au montage ?

Non, je ne coupe jamais pour ménager quoique ce soit et puis, la caméra adoucit les moeurs. C'est vrai qu'il y a du suspens, mais personne ne s'énerve. Chez Fendi, c'est en sourdine, dans le fou rire de la couturière qui voit sa voisine refaire un pantalon en velours pour la troisième fois. On ressent parfois de la détresse, notamment quand une couturière de chez Gaultier avoue : "c'est parfois décourageant..."

 

Il faut se faire petit dans ces moments là, se faire oublier... Comment avez-vous procédé ?

Nous avions plusieurs caméras, mais nous nous sommes délimités des territoires pour que les gens filmés ne les voient pas toutes en même temps. C'est ainsi que l'on peut avoir des moments de complicité avec eux. Et j'ai posé beaucoup de mes questions pendant les temps morts ou en avance, en venant repérer une semaine avant. C'était le cas pour Gaultier, il était moins stressé. Je filme souvent en témoin, je reste très discrêt, je ne suis pas là pour les harceler. Souvent, observer suffit à capter l'ambiance.

 

Vos souvenirs les plus forts ?

La rencontre de la dentellière chez Gaultier, pour sa candeur. Ou le regard terrible que m'a jeté Andréa, la première d'atelier chez Proenza Schouler, en me voyant. Il voulait vraiment dire : "toi parasite, tu ne vas pas me filmer !". Finalement, le soir du défilé, elle m'est tombée dans les bras!

Le défilé en hommage à Sonia Rykiel a duré dix minutes et j'ai eu un frisson pendant dix minutes ! C'est assez rare d'éprouver une émotion aussi intense, les gens étaient hystériques, ils dansaient...

Chez Fendi, c'était incroyable de découvrir l'atelier de fourrure, le travail des couturières, leur système D. Le rapport de Karl Lagerfeld et sa première d'atelier est très beau, ils se sont juré de travailler ensemble jusqu'à leur dernier souffle. Qui pense encore ça, aujourd'hui, dans une relation de hiérarchie actuelle ?

 

Vous étiez l'un des premiers à filmer la mode* et les documentaires se multiplient : Lagerfeld Confidentiel de Rodolphe Marconi, The September Issue de R.J Cutler, Valentino, le dernier empereur de Matt Tyrnauer. Qu'en pensez-vous ?

C'est un bon milieu à filmer, avec plein d'histoires. Le renouvellement est perpétuel, les personnages charismatiques. Et puis, nous sommes devant un paradoxe. Les documentaires actuels sont essentiellement militants, super engagés, anticapitalistes, ils dénoncent le système bancaire, la guerre, le machisme et laissent peu d'espoir au final. Ils sont très aliénants, utiles, mais ils vous laissent impuissant. Les documentaires sur la mode filment des gens qui ont du pouvoir, des gens amusants dans l'exercice de leur pouvoir et qui créent de belles choses. C'est une jolie alternative aux autres documentaires qui sont plus utiles.

 

Propos recueillis par Marie Varroud-Vial

 

* La Vraie Vie d'Anna Wintour, Signé Chanel, Marc Jacobs & Louis Vuitton

Le Jour d'Avant, de Loïc Prigent.
Quatre épisodes de 52 minutes sur Arte :
Fendi, le 14 janvier à 22h05 ;
Jean-Paul Gaultier, le 21 janvier à 22h ;
Proenza Schouler, le 28 janvier à 22h20 ;
Sonia Rykiel, le 4 février à 22h20.

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