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Une scénographie à la mesure du champ créatif du couturier : Interview de Nathalie Crinière

Je suis allée rendre visite à Nathalie Crinière dans l'agence d'architectes d'intérieur qui porte son nom. Elle m'a reçue vaguement amusée par mon inquiétude quant au fait de trouver l'exposition suffisamment vivante. " Vous verrez... vous allez voir... ", n'a-t-elle cessé de me répondre. Effectivement dix jours plus tard, j'ai vu ! Et constaté que mes craintes étaient infondées. Car nombre de surprises et milles trouvailles jalonnent la démonstration imposante d'une exposition de 300 modèles. Un parcours étonnant avec des moments forts qui parviennent aussi à susciter l'émotion.

 

Paquita Paquin : Quelle a été votre préoccupation majeure pour l'exposition rétrospective d'Yves Saint Laurent ?

Nathalie Crinière : Bien exposer les robes, mais aussi donner à chaque thématique une identité pour que le visiteur puisse comprendre la richesse du champ créatif d'Yves Saint Laurent. Le couturier a travaillé sur tellement d'axes, l'intérêt était de les identifier clairement. On part vraiment de classiques et de vêtements qui vont toucher la femme dans la rue pour ensuite pour arriver à des créations plus artistiques, celles du dialogue avec l'art et les artistes, jusqu'aux aux robes de bal. Toutes ces thématiques sont vraiment séquencées dans l'espace.

L'éclairage aussi vos incombe ?

L'éclairage dépend de l'aménagement intérieur et je travaille avec le même éclairagiste pour toutes les expos que je fais avec la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent. Il connaît bien les robes et nous avons une façon inattendue de créer l'éclairage, vous verrez : il y a entre autres un mur de smokings avec une animation lumière particulière qui fait vivre les vêtements.

Vous travaillez beaucoup pour les expositions et les musées. Avec qui plus particulièrement ?

Pour beaucoup de monde ! En fait, j'ai fait de nombreuses expositions au Centre Pompidou et à la BNF. C'est à l'exposition Jean Cocteau de Beaubourg que j'ai connu Pierre Bergé et ce fut le point de départ de beaucoup de choses. Je travaille pour le Louvre d'Abu Dhabi ; nous avons gagné le concours pour l'aménagement intérieur. L'ouverture est prévue en 2013. Nous sommes vraiment sur de nombreux musées. Une partie de l'agence se consacre aux appartements et aux magasins, une autre se spécialise dans les scénographies d'expositions temporaires ou pérennes.

Comment parvenez-vous à rendre vivante cette rétrospective ?

Par le positionnement des robes les unes par rapport aux autres. Vous verrez que si on se trouve plutôt dans une installation muséale pour le passage Yves Saint Laurent et les peintres où les modèles sont juxtaposés les uns aux autres, séparés, très identifiés ; pour le bal, on a créé un grand escalier où les robes se répondent, avec un travail sur la profondeur de champ. Quant au mur de smokings qui fait face au bal, il s'agit d'un mur très haut avec quatre étages de smokings sur toute la hauteur, nous les avons fait dialoguer entre eux avec des jeux de lumière.

Faites-vous des ambiances lumineuses de couleur?

L'éclairage est assez peu teinté. Nous avons éclairé le plafond en bleu juste au début où l'on est censé se trouver dans la rue. Autrement, nous nous gardons de donner une couleur à l'éclairage car cela équivaudrait à changer la couleur des robes alors qu'on cherche toujours à préserver leur couleur originale. On peut cependant avoir un éclairage coloré sur un fond s'il reste à une certaine distance des oeuvres.

Aviez-vous des directives particulières de Pierre Bergé ?

Nous lui faisons des propositions, il est très ouvert à ce qu'on lui propose ! Il connaît tellement bien l'oeuvre... Je travaille depuis un moment avec lui et, le sachant très à l'écoute, je peux me permettre de lui faire des propositions qui parfois sont non reçues. J'apporte des idées et si quelque chose ne va pas du tout, il le dit très clairement, explique très bien pourquoi et ça n'est donc pas la peine d'insister. Avec lui, ça se construit en général très bien.

Le Petit Palais vous a inspiré ?

C'est très intéressant justement car on a essayé de travailler avec l'architecture du lieu. Je suis très sensible aux lieux et j'aime beaucoup ce bâtiment créé pour l'exposition universelle de 1900. Nous avons ouvert une partie des fenêtres pour garder la vue sur la rue et faire dialoguer les vêtements avec l'extérieur. On s'est efforcé de ne pas cacher l'architecture avec cette grande galerie par laquelle on entre. Nous avons gardé une très grande perspective et le plafond fait un lien avec la totalité de l'espace. L'espace du Maroc joue vraiment avec le jardin extérieur et nous avons filtré la lumière pour protéger les modèles. Certaines zones sont complètement mises en scène comme le bal et l'on s'imagine presque ailleurs qu'au Petit Palais.

Cela vous arrive souvent d'aménager des lieux très marqués ?

Oui, ça m'arrive souvent. Il y a eu l'Institut Lumière à Lyon dans lequel nous avons fait un petit musée très identifié car il avait été construit par les frères Lumière. Là- bas, vous avez des boiseries d'époque et tout ce qui va avec. Il y a aussi des maisons comme la maison de Victor Hugo, où là aussi, le lieu est très identifié. J'aime bien ces endroits marqués d'histoire... C'est bien sûr plus compliqué qu'une boîte noire, il faut s'adapter à l'architecture, essayer de la comprendre, c'est une contrainte, mais je trouve intéressant de faire de cette contrainte un atout. Cela a un impact sur une exposition ? Du coup, vous identifiiez l'exposition à un espace. Cette exposition-là ne sera jamais la même qu'ailleurs car on ne transposera jamais le Petit Palais ailleurs.

Va-t-elle voyager ?

Oui, elle voyagera certainement, mais dans des lieux complètement différents, donc il faudra toujours en faire quelque chose de complètement différent.

Exposer des vêtements Yves Saint Laurent est-ce que cela pose des problèmes particuliers ?

Le vêtement est en soi une problématique particulière, ce n'est pas facile ! Mais ce qui est agréable à la Fondation, c'est que les robes sont conservées dans un état parfait, donc il n'y a pas le coté poussiéreux qu'on peut trouver dans d'autres expositions de mode. Les tenues Saint Laurent sont nickel, et ça rend les choses plus limpides. Les tenues sont aussi extrêmement variées et c'est aussi très agréable de ne pas avoir quelque chose qui se répète sur l'ensemble. Dans l'exposition Saint Laurent, il y a plein de surprises qui rendent le parcours très vivant. Il y a des changements de ton, des changements de ligne, il y a des contrastes entre les vêtements. Tout ça est important pour faire vivre une exposition.

Sur quel genre de mannequins sont exposés les modèles ?

Sur des 'Schlappi'. Ce sont de grands mannequins forcément très minces. J'ai toujours vu les vêtements d'Yves Saint Laurent sur ces Schlappi, c'est une constante. Yves Saint Laurent avait l'habitude d'exposer les Africaines sur des mannequins bleus, on a gardé cette donnée et pris aussi le parti d'exposer les smokings sur des mannequins noirs brillants contre un mur noir mat.

Comment réussissez-vous à créer un rythme ?

Les commissaires organisent l'histoire, ils créent des ensembles et ensuite l'espace permet aussi de créer des rythmes. Par exemple, entre la fin de la grande galerie et la salle du Scandale, il y a une rotonde qui ne peut pas être habillée de modèles, elle permet donc de créer une rupture. Cela devenait intéressant de s'en servir pour montrer la séance photo de la pub pour le parfum de Jean Loup Sieff. Les commissaires ont leur avis bien établi sur l'écriture.

Vous décidez de l'ambiance sonore ?

Elle est toujours faite par M. Bergé qui a un avis très précis sur la musique. On lui dit là où l'on pense mettre de la musique parce que la salle s'y prête et c'est lui qui décide du choix musical. La musique intervient au niveau du bal et il y a aussi des enregistrements audio de la voix d'Yves Saint Laurent. Mis à part le vêtement, on trouve des dessins et des films... À la fin de l'exposition, il se passe quelque chose d'extraordinaire. Yves Saint Laurent conservait des classeurs de couleur, des classeurs A4 pleins de petits échantillons. Nous les avons fait monter dans des petits encadrements en plexi. On sort donc par la couleur grâce à deux immenses murs couverts de ces petits échantillons de couleur au milieu desquels sont placées six robes, sélectionnées comme un bouquet final de l'exposition.

Vous avez cherché à créer un rapport de proximité avec les vêtements d'Yves Saint Laurent ?

Un mannequin, ça n'est pas fait pour être vu en hauteur, c'est le rapport de proximité qui est intéressant. C'est une spécificité de la Fondation qu'on retrouve dans très peu d'autres expositions de mode : la volonté de présenter les mannequins de visu et non derrière une vitrine. Ça change tout ! Cela demande peut-être plus d'agents d'accueil, mais le visiteur devient aussi plus respectueux c'est comme si on lui donnait le vêtement. Malgré une légère mise à distance, ce qui est génial c'est qu'on puisse voir ces modèles de tout près.

Certaines couleurs avaient été choisies par Yves Saint Laurent ?

J'ai de la chance parce que j'ai connu Monsieur Saint Laurent : il était présent lors de deux expositions que j'ai faites à la Fondation. Dans l'espace de l'exotisme autour des thématiques sur l'Espagne ou du Maroc, on trouve des couleurs de mur assez marquées et c'est lui qui les avait choisies. C'est bien d'utiliser ces couleurs-là, puisque lui-même les avait associées à ces modèles. J'aime l'idée qu'on puisse se dire lorsqu'on pose au mur ces couleurs-là qu'elles sont vraiment légitimes.

Les moments les plus intenses?

Le parcours de cette exposition n'est pas du tout monotone, il est vraiment scandé et plein de découvertes. Le point d'orgue en est le grand escalier du bal face aux smokings mis en place en hauteur. Dans une exposition, il y a le moment où l'on construit et le moment où les premiers modèles arrivent et là, tout à coup l'exposition commence à être habitée mais c'est toujours un peu dur de poser les modèles quand on a un éclairage blafard de chantier. Et puis arrive le moment magique où l'éclairagiste s'empare d'une salle et la fait vivre.

Vous manquiez d'espace pour la construction ?

Au Petit Palais il n'y a pas de réserves attenantes aux salles d'exposition temporaires et ça a été terrible. Il a fallu que l'on construise en plusieurs parties afin de garder un espace pour laisser les gens de la fondation s'installer pour habiller les mannequins ce qui demande beaucoup de temps. Il a fallu un mois pour l'habillage des 300 modèles ; nous avions fermé un espace pour eux, que nous avons déplacé au bout de quinze jours afin de pouvoir travailler sur le reste de l'exposition. Il faut bien compter deux jours pour l'habillage, la pose des accessoires et la mise en place d'un seul mannequin.

 

Propos recueillis par Paquita Paquin

 

 

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