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Histoires de bronzage

2009, maillot de bain "bikini" de la marque DnuD
2009, maillot de bain "bikini" de la marque DnuD

Après des siècles de teint pâle, comment est-on passé, en moins de vingt ans, de la femme en maillot six pièces et carnation "fleur de lys ou d'ivoire", à celle en monokini et teint hâlé de nos plages occidentales ?

Lézarder au soleil est un acte banal de nos jours, mais c'était loin d'être le cas au début du XXe siècle, devenant même, entre les deux guerres mondiales, un enjeu politique, social et commercial. Le bronzage est aujourd'hui une parure, au même titre que les vêtements. Il est aussi le témoin de l'importance croissante de la représentation du corps dans nos sociétés.

"L'invention du bronzage, essai d'une histoire culturelle" de Pascal Ory et "Bronzage, une petite histoire du soleil et de la peau" de Bernard Andrieu sont deux ouvrages écrits par des universitaires. Dans des styles assez différents mais aisément abordables, ils nous en apprennent plus sur cette véritable révolution culturelle du XXe siècle. Bernard Andrieu accompagne son récit de tables d'indices de protection solaire et de définitions du phototype, Pascal Ory propose une approche moins scientifique et plus vive.

Les origines du bronzage

Pascal Ory, professeur d'histoire contemporaine à la Sorbonne, nous éclaire dans un essai dédié en partie à Gabrielle Chanel. Femme libre et d'avant-garde à l'aube des années vingt, elle pourrait avoir été une des instigatrices de ce que l'on appelait à l'époque le "teint brûlé". L'autre moment clé se situerait en 1936, l'année des premiers congés payés ; ceux-ci provoquant l'année suivante des départs massifs vers les stations balnéaires.

Toutefois, l'auteur reconnaît que dans ces deux cas, les sources ne sont pas assez précises et qu'il faudrait chercher plus loin. Il étudie ainsi les comportements face au bronzage dans nos sociétés occidentales, à travers les magazines féminins de l'entre-deux-guerres. Vogue lance le débat en 1928, en titrant "Être ou ne pas être hâlée", tandis que Marie-Claire proclame en 1939 "Brunir vite". Les titres sont passés progressivement et prudemment du doute à l'engouement. Au XXIe siècle la mode sera transversale ou ne sera pas.

Bernard Andrieu, professeur d'épistémiologie du corps et des pratiques corporelles à l'UHP de Nancy Université aborde les choses de façon différente, consacrant son introduction aux grandes civilisations, de l'Égypte ancienne du pharaon Akhénaton aux Aztèques. S'en suit une étude extrêmement documentée des mouvements naturistes et de l'héliothérapie, précurseurs, selon lui, de la découverte du bronzage. Son ouvrage est rempli de références chronologiques, ainsi que des noms des différents acteurs (médecins, stylistes, entreprises, inventeurs et scientifiques) qui ont contribué de près ou de loin à l'essor du bronzage.

Bronzage et société

Les deux livres nous renseignent sur la signification sociale du bronzage et sa diffusion au sein de toutes les couches de la société. Le bronzage, d'abord lié aux hommes partis à la guerre, aux classes pauvres passant la journée aux champs ou aux marins, verra la situation s'inverser au milieu du XXe siècle, avec l'apparition des loisirs en plein air (golf, plage et tennis). En 1945, Jean-Paul Sartre écrit dans "Le Sursis" : " - Que vous êtes brun, Mathieu ! - C'est du hâle de luxe, dit Mathieu gêné. Ça s'attrape sur les plages, à ne rien faire." (in "Bronzage, une petite histoire du soleil et de la peau" p.75). Alors que jusque-là les dames de la bonne société se protégeaient du soleil afin de conserver leur teint d'albâtre, la pratique du bronzage participera à leur émancipation. Les auteurs soulignent que le désir de bronzer s'est démocratisé, mais n'a cependant pas aboli les différences liées à la couleur naturelle de la peau.

Le commerce du solaire

Les produits emblématiques liés à l'exposition au soleil, la crème Ambre Solaire de l'Oréal (1935) ou les lunettes de soleil Ray-Ban (1937), situent par là même la période où le bronzage est entré dans les moeurs. Pour l'industrie cosmétique et la lunetterie ce sont de nouveaux marchés qui font leur apparition. Là encore, chaque auteur aborde le sujet à sa façon, mais aucun n'oublie de rendre hommage à l'Huile de Chaldée de Jean Patou "qui adoucit et bronze la peau", créée en 1927 et qui est le premier véritable produit développé pour l'exposition au soleil.
Les auteurs ne manquent pas de mentionner aussi l'importance de la mode (la création du bikini par Louis Réard en 1946, le monokini de Rudi Gernreich) ainsi que celles des égéries (Ursula Andress, Brigitte Bardot ...) dans l'évolution du maillot de bain et par voie de conséquence du bronzage.

Le bronzage de nos jours

Avec les années 70 le rapport au bronzage évolue, les années 80 sont les années du teint bronzé des golden boys. Mais les publicités des années 90 de Calvin Klein avec Kate Moss prônent les teints blafards; il n'y a plus de référence, les modes changeant régulièrement, comme le souligne Pascal Ory dans la dernière partie de son ouvrage.
Bernard Andrieu termine en abordant l'aspect écologique du soleil. Aujourd'hui, "le modèle énergétique prime sur l'esthétique", dit-il. On ne cherche plus à être "cramé", avec les problèmes de santé que cela peut entraîner, mais à être hâlé, à avoir "bonne mine", à être un individu en parfaite harmonie avec le soleil.

"L'invention du bronzage, essai d'une histoire culturelle" de Pascal Ory (Éditions Complexe)
"Bronzage, une petite histoire du soleil et de la peau" de Bernard Andrieu (CNRS Éditions)

 

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