Accueil
Mode
Accessoires
Chaussure
Lingerie
Maillot de bain
Morpho
Street Style
Fashion week
Sélection
Beauté
Maquillage
Manucure
Soins
Bien-être
Coiffure
Vernis
Rouge à lèvres
Frange
Balayage
Lissage
Brushing
Coloration
Coiffure afro
Tous les dossiers
Joaillerie
Horlogerie
Mariage
Coiffure de mariage
Maquillage de mariage
Célébrités
1 Star, 1 Style
Copier le look !
Match de look

Fashion Week Paris Eté 2010 : Walter Van Beinrendonck

Le miel des ours

Le Bataclan, salle de concerts, offre bien des avantages pour les défilés et Walter Van Beirendonck l'a bien compris. Lorsque, entre deux shows, quelques journalistes et acheteurs de mode font une pause déjeuner, c'est de préférence près du lieu de la prochaine présentation. Ce qui fût le cas au deuxième jour des défilés masculins de l'été 2010, juste avant celui du designer belge, connu pour prendre les tendances à rebrousse-poil. Son invitation (dessinée par Hilde Koenders et Paul Boudens) affichait un slogan en anglais " Grow your fur " (faites pousser votre fourrure) aux côtés d'un petit nounours gentiment sexué pour annoncer une collection intitulée " Wonderfur ". Pour qui connaît Walter Van Beirendonck et un peu le milieu gay, le clin d'oeil est parlant. Pourtant lors de ce déjeuner, les conversations allaient bon train. De la fourrure d'été serait-elle présente dans cette collection ? S'agirait-il encore du " teaser " d'un lancement de parfum ? Rien de tout cela ! Le propos était simplement d'exalter la beauté des " bears ", des ours, une des typologies du désir homosexuel qui considère qu'être masculin mais aussi gros et poilu, est le comble de la beauté.
Nul ne fût déçu lors de ce défilé, ni les aficionados de ces hommes associés aux animaux plantigrades, ni les effarouché(e)s plutôt content(e)s de pouvoir observer de loin sans forcément devoir s'impliquer plus avant.

Dans une ambiance bon enfant et pleine de tendresse, sur une bande son énergique signée C.J. Bolland ou Proxi, une ribambelle de clones de Walter lui-même, barbes, poils pectoraux et chair appétissante bien assumés, revendiquèrent sur le podium une mode colorée, aux accents fluorescents. Légères vareuses irisées à grande capuche, baskets à motifs multicolores, veste légère comme un plume bleu tendre gaufrée d'un motif reptilien, affectionnent ici le XXL. Les combinaisons à manches longues vert électrique se portent avec le zip devant largement ouvert sur le ventre arrondi de quelques adorables grizzlis. On préfèrera le rose bubble-gum pour les oursons encore en voie de développement vers la plénitude de leur majesté animale.

Le finale réunit la famille des plus musclés de cette race apparemment en voie d'extension (qui semblerait résolue à ne faire qu'une bouchée des " crevettes " omniprésentes sur les autres podiums) dans le presque plus simple appareil autorisé par la pudeur, entendez en slips de toutes formes siglés d'un large " W ", baskets et mi-bas, tandis que leurs aînés saluaient sur la scène de la salle de concert.

Moins superficiel qu'il n'y paraît, le propos de Walter Van Beirendonck questionne expressément dans les notes remises à la presse une société où tout se décline en logos et en marques déposées ( pensez à " Life " à " Time " ou même à " Sun " ou " Universal ", substantifs et adjectifs utilisés pour nommer titres de presse, logiciels informatiques ou productions cinématographiques en cherchant à s'approprier ce qui ne peut être revendiqué par quiconque en tant que propriété privée). Le styliste s'y interroge également sur l'image de soi, dans une société où les mannequins vedettes sont devenues la propriété des marques qu'elles incarnent et des agences qui les représentent.

Pas besoin d'adhérer à ce discours pour porter ces vêtements un poil subversifs. En tous cas, personnellement, je sais où acheter mon vestiaire de l'été 2010. Pour une fois, ce que j'aurai vu sur les podiums sera à ma taille, et conforme aux couleurs que je chéris. Vive Walter !

Jean Paul Cauvin

À ne pas rater