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À Montréal, Jean-Paul Gaultier dévoile tout : la première rétrospective du couturier

Jean-Paul Gaultier au musée des Beaux-Arts de Montréal.
Jean-Paul Gaultier au musée des Beaux-Arts de Montréal.

Gaultier dévoile tout, pour la première fois, à Montréal au Musée des Beaux Arts. Une rétrospective de 35 années de création, que le photographe James Bort a saisi sur place, avec toute l'exubérance de collections qui ont changé le cours de la mode. Retour sur un parcours exceptionnel et la folie créatrice d'un géant du style.

 

On ne peut rien reprocher à Jean-Paul Gaultier car sa mode fourmille tellement d'idées que le moindre de ses restes suffirait à remplir le thème de nombreuses autres collections de créateurs. L'exposition qui s'est ouverte ces jours-ci, à Montréal, au Musée des Beaux-Arts, sa première grande rétrospective en 35 ans de carrière, montre bien la générosité d'un propos qui a ouvert une voie si différente depuis son premier défilé, en 1976. Trop banal de souligner les points clés de l'inspiration de Gaultier, du cinéma, Falbalas en tête, son intérêt pour la culture populaire d'Yvette Horner à Madonna. Il est évident que ce créateur-là, né en banlieue parisienne, a su transcender le pavé des rues, son souffle et son inspiration, et le glisser dans un monde de frivolités, encore étroit à l'époque de son arrivée. Alors Gaultier débarque à Montréal avec une centaine de tenues, certaines presque inédites ou jamais vues depuis ses premiers défilés jusqu'à ces fameuses collaborations pour le cinéma( Almodovar, Jean-Pierre Jeunet), pour la danse contemporaine (Régine Chopinot), pour la musique (l'inévitable corset aux seins coniques du Blonde Ambition Tour de Madonna).

Mais souscrire au spectacle de Jean-Paul Gaultier, ses exploits hors défilés, ne rend pas entièrement compte d'un talent qui a imposé un virage radical à la mode : non pas l'humour, Elsa Schiaparelli l'avait déjà expérimenté ; non pas l'élégance, Saint Laurent la pratiquait très bien. Quoi alors ? Le fait d'avoir su escalader, et presque exploser, l'échelle sociale de ses origines modestes à son statut de Couturier, voilà la grande affaire de ce créateur. Gaultier n'a eu de cesse de mettre sur le même piédestal, culture populaire et culture élitiste. Ce chemin-là est pionnier, à la manière d'un Warhol qui avait si bien "reproduit" ce smash-up provocant (un terme de Dj), tutti-frutti de cultures basses et hautes, ou élevage savant d'une peopolisation des genres.

Voici donc le spectacle sans tabou et ni limite que l'exposition invite à redécouvrir : du Gaultier Comics avec une tenue de Spiderman délirante, du Gaultier Géo Trouvetou chercheur, une tenue d'écorché vif, du Gaultier gardien d'une certaine Couture, avec un hommage pied-de-poule à Dior hilarant. Vive la mode, une formule qui peut s'appliquer à la recherche du créateur, résumé d'une exubérante mise en place de l'imagination sans brides d'un jeune garçon, époustouflé par l'imagination de sa grand-mère et amoureux de son ours en peluche ! De ce cri primal d'inspiration, Gaultier y ajoutera l'air de la rue, la culture punk de Londres, les tenues religieuses des juifs qu'il croise dans son quartier. Ce gigantesque zapping n'admet aucune vaine considération, tout se transforme ; une confiture, qui une fois menée à ébullition sur le podium, ne raconte qu'une seule histoire. Nous sommes encore à l'air de la télé, opium du créateur, pas d'internet, et les influences ne s'entrechoquent pas comme le déluge d'images aujourd'hui ; quelques références suffisent à livrer un condensé ténu du style Gaultier. Comme pigment de ce déballage, les défilés spectacles, préambule à l'orgie débonnaire de shows tels que John Galliano, Alexander McQueen, déjà grand fan de Jean-Paul.

Il ne faut donc pas négliger ce laboratoire d'idées qu'est toujours Gaultier, une métamorphose de la mode dont les héritiers furent aussi bien les enfants terribles de la mode anglaise qu'une mode plus sérieuse, l'audace pointue de Nicolas Ghesquière ou la vision cérébrale du vêtement de Martin Margiela. Ces deux-là passèrent chez Gaultier, le premier comme stagiaire, le deuxième comme assistant direct pendant plus de six ans. Au-delà des transgressions de genres, jupes pour garçons, sexualité libre pour les filles, il n'y a rien d'accessoire dans la formule pétillante de Gaultier, juste une lumière assez éblouissante de ce que la mode va devenir à l'orée des années 80 : aussi commerciale que décomplexée, triturant inspirations borderline et grandes influences de l'art. Gaultier fut le défricheur de cette époque.

C'est donc une vision transversale que propose l'exposition conçue par Thierry-Maxime Loriot, commissaire de l'exposition. Soit 130 tenues accessoirisées présentant Haute Couture et prêt-à-porter. Un parcours thématique divisé en six genres comme l'Odyssée de JPG, Le Boudoir, le Punk Cancan, la Jungle Urbaine. Point fort de cette démonstration, une scénographie innovante avec des mannequins aux visages animés grâce à une ingénieuse projection audiovisuelle et couronnés de coiffures créées par une fidèle des défilés Gaultier, Odile Gilbert.

Seule déception, l'exposition tournera à l'étranger, au Dallas Museum of Art puis aux Fine Arts Museums de San Francisco. Et nous, pauvres français ?

Fabrice PAINEAU

"La planète Mode de Jean-Paul Gaultier, de la rue aux étoiles", Musée des beaux-Arts de Montréal, jusqu'au 2 octobre 2011. Site du musée : mbam.qc.ca

 

Découvrez les images de l'exposition consacrée à Jean-Paul Gaultier.

 

 

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