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''Trois Mondes'' de Catherine Corsini : Petit-dejeuner avec la realisatrice

Auteure de 9 long métrages parmi lesquels "La Nouvelle Eve" et "Partir", Catherine Corsini qui est dotée d'une énergie considérable fait à peu près un film tous les trois ans. La sortie de son prochain opus, "Trois Mondes" est prévue le 5 Décembre. Elle a choisi pour ce film de jeunes acteurs encore peu connus qui représentent trois classes sociales différentes, réunies à cause d'un fâcheux accident, chacun aura face à cela une attitude distincte, l'un fuit, l'autre veut réparer, le troisième est dans la colère. Auteure d'un cinéma réaliste, Catherine Corsini présente avec justesse, des personnages souvent en révolte, à la recherche de leur place dans le monde.

Je retrouve Catherine Corsini chez Klaus, 14, rue Jean-Jacques Rousseau pour un interview petit déjeuner...

Que prends-tu au petit-déjeuner

Du Earl Grey et en général deux biscottes avec de la confiture et sans beurre, un jus d'orange pressé ou en pack, parfois au lit d'autre fois à la cuisine. Je me force à boire du thé le matin car après je bois plus d'un litre de café par jour sans que cela m'empêche de dormir.

Est ce que c'est une déception de devenir réalisatrice quand au départ on veut être actrice ?

Ne plus être actrice a été une déception terrible car j'en rêvais de cela depuis l'âge de 7 ans. Je faisais du théâtre à la petite école, je montais des troupes l'été, avec des copains, j'étais à l'initiative du théâtre au lycée, très chef de bande. Quand je suis arrivée à Paris, j'étais noyée dans la masse, j'ai vu qu'il y avait des espèces de normes, dans la façon de se tenir et dès mon premier cours de théâtre, le prof m'a dit : "Il faut que tu te mette une jupe", moi j'étais en Pataugas. Tout un coup je me suis regardée comme je ne m'étais jamais regardée, je me suis sentie mal à l'aise. Je ne sais pas si j'étais une bonne actrice j'étais sans doute trop enthousiaste et cela faisait peut-être un peu peur. J'ai la même volonté quand je fais des films ; elle est sans doute mieux adaptée à la réalisation et comme j'avais une telle envie de raconter des choses et que je n'arrivais pas a faire ce métier d'actrice, j'ai écrit mon premier court-métrage.

Tu as été actrice professionnelle ?

J'ai eu un rôle important dans un téléfilm, puis des apparitions ridicules. Ensuite, j'ai fait deux-trois pièces de théâtre mais je ne m'y sentais très valorisée. J'ai réussi à intégrer le conservatoire comme auditrice j'avais des profs prestigieux, Antoine Vitez, Michel Bouquet qui m'ont beaucoup apporté pour mon métier de réalisatrice. Des rencontres puissantes, des têtes qui ont réfléchi sur le monde, l'humain, sur la mise en scène. Puis je me suis dit : voilà, j'ai écrit mon premier court-métrage j'ai réussi à le faire, puis le deuxième et le troisième. Un truc s'ouvrait de ce côté là, c'était tellement plus évident, alors je me suis dit : autant aller la où ça vous sourit.

Les enseignements de Bouquet et Vitez

Vitez utilisait autant les défauts et les qualités des gens. Je me souviens de ses indications sur les acteurs utilisant leur gaucherie, leurs maladresses, Sa mise en scène avait quelque chose de très lacanien, avec un fossé entre les paroles et les actes. Bouquet quant à lui disait qu'un rôle, c'était comme un mille feuille, qu'il fallait essayer plusieurs interprétations : jouer le même personnage une fois cupide, une autre fois, lâche et à la fin le personnage se trouvait nourri de toutes ces interprétations. J'y pense souvent quand je dirige un acteur.

Qu'est-ce qui t'anime dans le choix des acteurs ? Leur physique ? L'identification ?

C'est compliqué on choisit les acteurs en fonction d'un rôle j'ai beaucoup d'acteurs avec lesquels j'aimerais travailler mais je n'ai pas forcément le bon rôle. En ce moment je me demande quelle actrice va jouer le rôle du film que je suis en train d'écrire et je n'ai pas un flash immédiat. Pour "Partir", mon précédent film, le choix de Kristin Scott Thomas qui a été presque immédiat. Sur le tournage on s'est engueulées, c'était pas facile, pourtant, je trouvais son visage magnifique et j'avais envie de la filmer depuis très longtemps. J'ai toujours eu envie de travailler avec Deneuve par exemple mais je n'ai jamais eu de rôles pour elle.

"Trois Mondes", ton prochain film, se fait avec de jeunes acteurs ?

Raphaël Personnaz un jeune acteur qui monte, Clotilde Hesme aussi et Arta Dobroshi qui était dans le film des frères Dardenne "Le Silence de Lorna", une superbe actrice qui a beaucoup d'émotion.

Ta première émotion de cinéma ?

Une troupe de théâtre qui est passée dans mon petit bled, à 15km de Meaux et puis mon père est mort quand j'étais toute petite et l'on m'a dit qu'il voulait être acteur alors je pense que ça a aussi beaucoup marqué ma volonté de devenir actrice. Il y avait un ciné-club où j'ai découvert "Rosemary's baby", ce qui m'a donné à penser que le cinéma était un lieu de frissons, d'émotions. A Paris, avec la découverte de la Nouvelle Vague, du cinéma de bande, je me suis dit que pour réussir, il fallait être en bande, avoir un réseau des copains, des amitiés fortes. J'aime faire lire un scénario à des copains réalisateurs, parler du casting avec François Ozon ou Pierre Salvadori de qui je suis très proche. Il y a des acteurs comme Karine Viard avec lesquels je continue de discuter.

Tu as connu Godard ?

Quand j'étais actrice, je lui envoyais des lettres et il m'a rencontré à l'hôtel Rafael. On discutait, il était marrant, me disait que sa femme le trouvait misogyne, me demandait si moi, ma mère et ma soeur tournerions dans ses films. Une fois il a raconté qu'il était triste parce qu'Isabelle Huppert qu'il voulait faire bégayer dans un film ne l'avait pas fait comme il le souhaitait. A l'évocation de son chef-op, Raoul Coutard, il était pris d'émotion presque à en pleurer. C'est un personnage bizarre. On s'est vu trois fois et moi cela me paraissait un truc génial.

Le cinéma de Godard t'a influencée ?

Avec les films de Godard, on apprend très vite la grammaire du cinéma, une manière de filmer qui montre que le cinéma est un jeu, tous ces gens de la nouvelle vague, à l'instar de Chabrol qui disait que le cinéma s'apprenait en trois minutes... Ensuite, c'est ce qu'on raconte qui est plus compliqué mais finalement l'outil du cinéma, c'est assez simple et c'est ça qui est formidable dans le cinéma, ça peut jaillir comme ça très vite. Certains élèves de l'HIDEC étaient trop impressionnés par l'outil cinéma qui au lieu de devenir un allié les empêchait, alors que ce n'est un vecteur pour pouvoir raconter une histoire. Il faut trouver l'image, le mouvement qui va donner du sens à ce qu'on veut montrer, à la vision qu'on a dans la tête. Il faut que ce soit un outil très simple et ça l'est devenu avec les petites caméras.

La spécificité de ton cinéma

C'est aux critiques de le dire. Souvent les producteurs trouvent souvent que mes films ont un coté trop noir mes personnages sont souvent ambigus avec un coté aimable, un autre détestable, ils sont humains quoi, c'est mon coté dostoïevskien ; mes personnages sont un peu râpeux, en révolte, Ils sont en train de crier, de chercher leur place dans le monde. C'est ce que m'a dit un jour Un réalisateur, Orso Miret, ça m'a marquée, j'ai trouvé que c'était plutôt juste.

Tu abordes les phases d'incertitude sexuelle et l'homosexualité avec beaucoup de finesse, une justesse...

Le trouble ! Mes personnages sont en quête d'identité. Souvent ils sont empêchés. Ils vont se dépasser ou bien cet empêchement va se retourner contre eux. Mes personnages ne sont pas complétement aboutis, ils cherchent leur sexualité c'est le cas du film "Les Amoureux". Il y a toujours un côté de mon histoire à moi, de cette petite ville dont je parle. Mon rêve était d'aller a Paris. La province nous étouffe car elle vous désigne souvent comme différent. J'avais envie d'un autre espace dans mon film. Il y a quelque chose d'autobiographique même si tout est un peu inversé. Les Ardennes c'était comme mon bled de Seine-et-Marne, un bled de cul terreux avec une certaine violence dans les rapports humains.

Comment diriges-tu tes acteurs ?

Un acteur, il faut lui laisser la place de trouver le personnage. Au début, le metteur en scène connaît mieux le personnage que l'acteur mais au bout d'un moment, l'acteur le vit dans son corps, et finalement se l'approprie alors le travail consiste à guider vers ce qu'on voulait raconter. Un bon acteur amène de sa chair, de son existence, de sa manière d'être, de son émotion.

Dans " les Amoureux " tu fais tourner un jeune acteur de 15-16 ans.

Quand on est au début de la carrière d'un jeune acteur, c'est très fort de le faire tourner quelqu'un pour la première fois avec un rôle lourd. Il faut un rapport de confiance et d'émotion dans ce genre de chose. J'aime qu'il se passe quelque chose sur les tournages lorsqu'il y a une tension faut pas qu'on s'endorme, il faut que les acteurs soient propulsés.

Tu écris les scénarios de tes films ?

Je suis toujours au départ de l'histoire, je fais un premier travail puis je m'aide de quelqu'un avec qui je dialogue. On se voit deux/trois heures, puis je retravaille dans le but d'arriver à avoir delà matière. Parfois l'autre s'empare du scénario, ce sont des aller-retour.

Ton rythme d'écriture ?

Quand j'écris, je ne fais que ça, j'écris jusqu'au soir jusqu'à temps que je n'en puisse plus, c'est par période ; cela peut être 10 jours consécutifs ensuite je laisse reposer puis j'y retourne. Lorsque je suis dans un bon rythme, c'est comme un sport. Ce qui est compliqué au cinéma c'est le moment où tu donnes ton scénario, car il est relu par beaucoup d'intermédiaires même si c'est intéressant, parfois, de comprendre que ce que tu essayais de dire ne passe pas.

Tu as des exigences par rapport au travail des costumières ?

Vu que moi je ne m'habille pas très bien, que cela ne m'intéresse pas beaucoup, je fais confiance. J'essaye que ce soit le plus simple possible. J'ai travaillé plusieurs fois avec Anne Scott.

Et les décors ?

Justement j'ai quasiment tout le temps changé, j'avais beaucoup de mal, je venais d'une idée d'un cinéma très réaliste et je me disais que si le mec vivait dans 20 m2, il fallait tourner dans 20m2. Maintenant, je sais qu'on peut faire semblant. J'ai toujours du mal à filmer les décors, je trouve toujours qu'il se voit trop. Oui, j'ai eu souvent du mal à m'entendre avec les chefs déco. Dans les deux derniers films, je savais mieux ce que voulais et ça s'est mieux passé.

Ta façon de t'habiller, tes vêtements de prédilection ?

C'est toujours pareil, j'ai l'impression d'avoir un uniforme : des jeans qui durent jusqu'au ce qu'il tombent en lambeaux. Aller dans les boutiques me fatigue, mais j'aime bien porter une belle chose, des belles chemises, des pantalons qui tombent bien, un bel imperméable : des trucs simples. De temps en temps j'aime aller chiner. La mode, ce n'est pas facile.

Si tu dois faire une télé ou recevoir un prix, tu as des solutions vestimentaires ?

Je vais fouiller dans les fringues de mes copains et copines. Je vais chez Agnès B où je prends une chemise blanche et un pantalon. Des fois lorsque j'achète des choses, mon entourage me dit : "c'est pas possible". C'est assez déprimant, j'ai l'impression d'avoir fait l'effort ultime pour renouveler son look et de voir dans le regard des autres que ça ne va pas du tout.

Ton dernier objet acheté ?

Un livre de Russel Banks, "Lointain souvenir de la peau", l'histoire d'un jeune pédophile de 22 ans et d'un prof qui va s'intéresser à lui avec une belle humanité.

Ton film préféré ?

Pendant longtemps, ça a été "Fanny et Alexandre", c'est d'une puissance absolue le rapport de ces enfants, la magie, les revenants, toute l'histoire de la famille, toute l'histoire du théâtre, il y a cet homme méchant, cette femme très douce , c'est un film merveilleux, extraordinaire. J'aime beaucoup les films sur l'enfance, "l'enfance nue" de Pialat, j'aime beaucoup "les 400 coups" de Truffaut. Et oui j'ai aimé "Holy Motors" !

Un cinéma qui t'a influencée ?

J'aime la vérité qu'il y a dans les films de Pialat, j'ai toujours envie qu'il y ait une certaine justesse, que l'histoire soit imprégnée de quelque chose de social, de réel, de vivant, j'aime aussi beaucoup la mise en scène des films comme "Le parrain", des épopées, des grandes histoires de familles. Et puis les films noirs pour la mise en scène : Melville. James Grey m'impressionne aussi.

Propos recueillis par Paquita Paquin

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