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Petit Déjeuner avec Simon Liberati

J'ai petit déjeuné avec Simon Liberati

 

...Chez Claus, l'épicerie salon de thé réservée exclusivement au petit-déjeuner à toute heure, ouverte depuis 6 mois au 14 rue Jean-Jacques Rousseau, dans cette portion du premier arrondissement de Paris où il existe encore une vie de quartier, à deux pas de la maison Christian Louboutin et du passage Vero Dodat. Le rendez-vous est pris avec l'écrivain Simon Liberati que je suis fidèlement depuis ses débuts en littérature : après "Anthologie des apparitions" en 2004, j'ai attendu" Nada Exist" puis "Hyper Justine" avec lequel il a obtenu le Prix de Flore en 2009 et "Jayne Mansfield 1967 " qui lui a valu le prix Fémina 2011.

 

Comment ça se passe chez toi, le petit-déjeuner ?

Lorsque j'écris, à la campagne, c'est un moment très ritualisé, toujours entre 9h et 9h30 et sur ma table de travail ; invariablement, du café noir sans sucre, une tartine, un verre de jus d'orange. À onze heures, c'est la pause Gervita avec un peu de miel. Je ne travaille pas plus tard que midi et demi et je m'y remets parfois le soir. Et ça, tous les jours, sauf une ou deux fois par semaine si je dois aller à Paris.

L'après-midi pour changer j'écris pour la presse. J'écris des trucs anonymes pour Grazia, des témoignages (genre : ma femme est cleptomane) dans une rubrique qui s'appelle : "l'homme est une femme comme les autres". Ça paye plutôt pas mal les hebdos.

 

Le prix Femina fait vendre ?

Grâce au prix, j'ai espoir de vendre 50 000 livres de plus. Mais avant cela, j'en étais déjà 18 000 exemplaires ce qui est très au-dessus de ce que je fais habituellement. Je crois que c'était un livre plus facile à vendre. Je trouve toujours chiant de parler de mes personnages, de les appeler par leur prénom, j'ai l'habitude de dire : "mon caractère, mon personnage". Mais là, j'avais Jayne Mansfield

 

On peut dire qu'elle t'a donné un coup de main ?

Elle m'a aidé ! Comme il y a des tonnes de photos géniales certaines sont remontées à l'occasion de la sortie du livre et j'ai pu bénéficier d'illustrations magnifiques, ça aide aussi ! Les gens en lisant le bouquin l'ont trouvée sympathique, elle a un truc grand public, on l'aime bien et puis j'ai une tendance au kitch, et c'est un personnage qui prête à ça. Mais attention, comme elle porte malheur, ça pourrait s'arrêter un jour.

 

Le Palais Rose est un exemple de la malédiction autour de Jayne Mansfield ?

La maison de l'actrice surnommée le Palais Rose avait été vendue à un vieux crooner, mais il y avait un problème, elle était hantée selon lui : il a fait décapiter les statues puis début 2000 le Palais Rose a été rasé tout comme la piscine en forme de coeur que Mickey Hargitay, le mari de l'actrice avait construit de ses mains. Drôle de destin que celui du mari de Jayne Mansfield, un maçon devenu gigolo de Mae West avant de commencer la gonflette et de devenir en deux ans –seulement- M. Univers et d'épouser Jayne Mansfield.

 

Tu sors à peu près un livre tous les deux ans ?

J'aimerais arrêter pendant quatre ans, mais je ne vis que sur les avances. Je ne suis pas un gros vendeur, un de mes précédents livres s'était vendu à 2750 exemplaires alors que le premier, "Anthologie des Apparitions" s'était plutôt bien vendu après que je sois passé, chez Ardisson...où j'étais bourré...

 

As-tu déjà en tête, le prochain livre ?

Ce sera un essai, comme une biographie à travers les livres que j'aime ceux dont je me souviens ... Parfois de travers, ou bien les livres dans lesquels je découvre maintenant des éléments de ma propre biographie.

 

Parles-nous des points communs entre tes livres ?

J'ai commencé tard, à 44 ans, avec un terrain très déterminé, je savais exactement ce dont j'arriverai à rendre compte. Je connaissais Jayne Mansfield depuis l'âge de 16-17 ans à cause de la réédition du livre de Kenneth Anger, "Hollywood Babylone" qui m'avait pas mal marqué.

 

Jayne Mansfield est un fil rouge ?

Dès mon premier livre, je parle de Jayne Mansfield dans les premières pages, il est question des lions, du satanisme, avec toute une conversation à propos de ses bottes. Ce sujet, en arrière plan, est passé au premier plan dans Jayne Mansfield 1967, on est toujours dans la même scène. Ce qui m'intéressait avant tout dans ce dernier livre, c'est l'accident de bagnole. (Jayne Mansfield est morte décapitée dans un accident de voiture). On voit d'abord sa perruque puis son cadavre, ensuite on la voit de l'extérieur de la vitre. Cela m'intéressait de jouer à la poupée avec le cadavre et la bagnole. Et puis petit à petit à petit, j'ai enquêté, j'ai lu les Bio –il y en a trois, toutes formidables, l'une d'elles écrite par une folle, une copine à qui l'actrice est apparue lui ordonnant d'écrire sa bio - puis j'ai rencontré des gens qui l'avaient connue. Alors progressivement l'image prend vie. Je l'anime à la fin.

Tout ce qui est en anglais dans le texte, ce sont des Verbatim de ces bouquins, des paroles que j'ai remises en scène. L'actrice commençait à s'incarner. À la fin, j'ai senti que je pouvais y aller, que j'arriverai à improviser sans être ridicule. C'était quasiment médiumnique ! L'enquête, la dissection, le truc glacial et froid, ça c'est moi. Le reste, j'ai eu beaucoup plus de mal à l'obtenir.

 

Quels sont les auteurs dont tu attends les livres avec impatience ?

Il y en a peu car je ne lis pratiquement aucun auteur vivant. Pourtant deux personnes m'ont donné l'impression que je pourrais écrire un jour : c'est Jean-Jacques Schuhl et Michel Houellebecq, il se trouve qu'ils ne s'aiment pas. J'ai surtout suivi un peu Houellebecq au début, à l'époque d' "Extension du domaine de la lutte".

 

Jean-Jacques Schuhl, c'est l'écrivain que tu fréquentes ?

Je ne connaissais pas son livre culte "Rose Poussière", je l'ai découvert avec "Ingrid Caven".

Vous vous voyez souvent ?

Je vais le voir chez lui, toutes les semaines, je passe l'après-midi rue de Varenne, on parle de littérature, très très peu de vie personnelle, parfois des détestations qui le mettent presque en colère, Julien Green, par exemple. Je le trouve très frais, avec des goûts bien tranchés, très précis, très purs. C'est Le seul ami écrivain que j'ai.

 

D'autres auteurs ?

Je lis des vieux trucs, le journal de Léautaud tous les matins, j'ai fini, il y a un mois, et là, je recommence au début quand il est tout jeune. Il a écrit ce journal pendant trente ans. L'écriture est très pure, il y a un danger à lire quand on écrit, si tu lis trop un auteur cela t'imprègne Proust ou Céline sont de ceux-là, on chope leur musique. J'adore le journal de Léautaud car c'est un truc de la vie quotidienne très pur, des histoires qui m'intéressent et c'est quand même la poésie. Quand il cite Baudelaire ou Apollinaire, c'est très bien même s'il crache dessus la page suivante. J'achète des bouquins d'occasion toutes les semaines, je les empile c'est comme chez un libraire chez moi. Hier, j'ai utilisé une préface de Stendhal par Roger Nimier ; je lis des tonnes de trucs très variés : des revues d'étude latines, un peu n'importe quoi... Quand j'écris mes romans pourtant, ce sont des moments où je ne lis pas tellement.

 

Dans quelles conditions te mets-tu pour écrire ?

Jayne Mansfield a été écrit en 6 mois, recherches comprises. C'est un sujet que je connaissais, mais tout ce que j'ai pu trouver était bien mieux que ce à quoi je m'attendais, tout était parfait. Il a même fallu que j'en enlève tellement c'était bien. Cela m'a amusé de faire des recherches sur Internet, tu crois que tu ne vas trouver que des conneries, au contraire, il y a des moments formidables quand tu arrives à croiser des moments précis : les papiers des assurances, les déclarations des témoins des procès pour la succession et toutes les procédures.

Puis je suis allé sur Google earth pour avoir la physionomie de la route qui n'a pas vraiment changée ; Google press, avec tous les microfilms des journaux ; et surtout le press book de la star, tenu par une folle (elle a fait la même chose avec Liberace) qui a résumé chaque papier paru sur elle jusque dans le dernier journal type France Dimanche, une description de l'icono et la tendance générale du papier. Elle en a fait une thèse où elle donne entre autres une description de tous les costumes de scène avec le nom des fabricants. Incroyable.

 

Je t'ai mis en retard, tu repars pour une signature au BHV ?

Oui je file, ce n'est pas que ça m'amuse, mais je suis obligé...

 

Propos recueillis par Paquita Paquin

 

Interview réalisée chez Claus, 14 rue Jean-Jacques Rousseau, Paris Ier

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