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Journal d'une Parisienne : Katerina Jebb

une Parisienne de Grande-Bretagne pour être exact. Olivier Saillard présente en ces termes l'originalité de son travail d'artiste :"Katerina Jebb est probablement une des premières artistes à s'être saisie de tous les supports et outils photographiques autres que l'appareil photo. Elle a montré la poésie d'une image à la photocopieuse et au scan et a révélé dans la froideur de ces machines un univers étrange, sorte d'archéologie moderne qui est un véritable passeport identitaire des objets animés /inanimés".


Comment te situes-tu par rapport au milieu de la mode pour lequel tu travailles souvent ?

Je suis outsider, je ne suis pas vraiment sur la scène. C'est la question de ceux qui sont à la périphérie du sujet. Plus tu as de la distances avec les choses, mieux tu les voies. Au milieu, tu es perdu.

Qui t'a mis le pied a l'étrier ?

Alber Elbaz, à l'époque où il était le directeur artistique de Guy Laroche. Auparavant, j'étais plutôt photographe expérimentale... En fait, j'avais travaillé avec Victoria Bartlett pour Interview Magazine et le directeur artistique Richard Pandiscio fut le premier à publier mes séries de photocopies, sous le titre " premières photocopies humaines ". La Fondation Warhol a exposé ce travail ensuite au Whitney Museum. À cette époque, je suis allée un jour Place Vendôme pour faire un portrait de Rei Kawakubo. Finalement, il n'y a pas eu de portrait, juste une jolie rencontre. Elle m'a commandé plus tard un projet de photomontage d'images un peu étranges.

Les fausses pubs sont un autre volet de ton travail artistique. Comment est venue cette idée ?

Tilda Swinton et moi, avons été sollicitées pour faire une pub pour des cosmétiques, finalement ça ne s'est pas fait . On aurait adoré que ça marche. En fait on se doutait que ça n'allait pas se concrétiser parce qu'on ne mourrait pas d'envie de faire de la pub, on ne voulait que l'argent. Ensuite, j'ai demandé à Tilda : "veux-tu faire un projet de fausse pub avec moi ? " Elle m'a répondu OK.

Tu les as exposées sous le nom de "Simulacrum & Hyperbole" à la galerie Gloria Maria Gallery de Milan
 puis au Trading Muséum Comme Des Garçons à Paris.

Pour présenter ces pubs tournées avec Arielle Dombasle, Kylie Minogue, Tilda Swinton, j'ai créé pour l'expo de Milan une fausse chaîne de télévision et une salle d'attente très chic, style année 70. Puis j'ai montré ce travail à Comme des garçons. Ils ont adoré et m'ont invité à faire une vraie pub pour leur nouveau parfum et à participer à une expo au Paris, alors j'ai suggéré d'introduire la vraie pub parmi les fausses.

Qu'essayes-tu de dire à travers ces fausses pubs ?

C'est socio-politique, et anti-consumériste. Par exemple : Marisa Berenson dit dans Hapax Legomenon "Ce n'est pas une campagne publicitaire, c'est une expérimentation de la pensée" ; sur une musique, très commerciale, elle lâche : " The Nano charged nihilisme " ou encore " For the future of your unborn skin " .

Comment articules-tu tes créations entre travail d'artiste et travail de commande ?

Je me bats en permanence, l'art et le commerce c'est une question existentielle. Suis-je propriétaire de ce que je fais ? Si je produis une oeuvre pour moi je considère que c'est plus intime, peut-être plus pur, pourtant, cela m'exaspère de penser que, si je fais quelque chose de personnel, pour moi et non pour les autres, alors seule cette chose-là aurait le droit d'être considérée comme de l'art. Pendant des années, il m'est arrivé de travailler dans la pub et j'ai toujours essayé d'apporter du sens et de la conscience. Le problème consiste toujours à trouver une solution à la question suivante : comment construire quelque chose de poétique, profond, émotionnel ? Voilà pourquoi il est toujours difficile de prendre une commande. Si c'est une photo pour une chaine de magasins grand public, je redoublerai d'effort parce qu'il s'agira d'un travail démocratique et que je ne suis pas élitiste, plutôt " Caviar Gauche ". Je suis persuadée qu'un bon artiste, c'est quelqu'un qui pendant trois secondes peut casser la banalité de la journée. J'essaie toujours de toucher les gens.

Tu as créé des images pour illustrer l'exposition d'Olivier Saillard sur Mme Grès voilà ce qu'il dit de toi : "Katerina Jebb me semble vouloir produire des photographies pour chasser ses doutes. Avec l'aide du rayon de lumière froide, c'est l'objet, le vêtement et parfois même le corps humain qu'elle scrute dans son enveloppe et son ossature. Elle fait de la photographie un exercice rituel et sacré où les vêtements et portraits sont les desquamations d'eux-mêmes. Ses images perdues et retrouvées sont les miroirs flasques et absurdes de nos mondes. Pour autant elles en révèlent toute la tendresse et l'abandon". Olivier Saillard et toi, vous être très complices ?

C'est comme si nous jouions ensemble...Dans une vie, on rencontre peu de personnes comme ça avec lesquelles on partage. Il y a lui, Tilda... L'an passé, j'ai été la première artiste autorisée à passer les objets du musée au scanner. Actuellement nous réalisons un livre pour le Musée Galliera. Pour ce faire, avec mes 3 collaborateurs, nous avons passé trois longs mois dans des réserves sans lumière du jour, c'est à peu près aussi agréable qu'un parking.

Le 12 mai, tu participes à une exposition collective : Beautiful Penis à La Galerie Nuke.

Une exposition de femmes artistes parmi lesquelles Tracey Emin, Sarah Lucas, Vanessa Beecroft. J'ai créé pour cela un parfum que personne ne va pouvoir sentir un vrai parfum fait avec un nez de 'Fragrance Resources', le flacon en cristal sera simple, masculin et féminin à la fois. Son nom : " Pulchra Mentula " : beautiful cock, en anglais. Personne n'en connaîtra la fragrance...L'idée étant de créer le désir à travers l'imagination.

Te sens-tu très Anglaise ?

Pas vraiment J'ai quitté l'Angleterre à 20 ans, pour la Californie où j'ai toujours été 'l'Anglaise'. Quand je retourne en Angleterre, les Anglais me voient comme l''exotique'. Je suis arrivée à Paris à l'âge de 27 ans, ici aussi, je suis 'l'Anglaise.'

Quelle est ta vision de Paris ?

Quand tu es jeune, que tu arrives à Paris tu as l'impression que la ville te tend les bras. Je me suis toujours sentie protégée, aimée et acceptée à Paris. J'habitais chez tout le monde tout en faisant des aller-retour à Londres. I love paris ! Mais il existe toujours un paradoxe entre la beauté de la ville et l'impatience des parisiens. Une sorte de douche froide ! Ici, je me sens libre. La taille de la ville est la bonne. C'est une ville pour les femmes. Paris est une femme, un port, un Paradis. C'est ici qu'on m'a considérée, que les portes se sont ouvertes.

Tu habites rue Saint André des arts, il n'y a que les étrangers pour habiter un immeuble aussi typiquement parisien.

J'avais une amie qui vivait ici, quand elle a déménagé, elle m'a conseillé de reprendre l'appartement. À l'époque, j'ai proposé à Tilda Swinton que je connaissais de partager l'appartement, on l'a baptisé " la commune ", nous en avons fait une communauté. Il y a eu de grandes fêtes puis quand mon fils a commencé l'école, nous nous sommes mis au travail.

Tu as des héros et des héroïne parisiens ?

Cocteau, Duchamp, Picabia,Guy de Cointet, Chopin, les mouvements Dada et les surréalistes excitent ma curiosité. Simone Veil, aussi.. Pour elle, la vie ne se résume pas à l'obsession narcissique. Cette femme est une humaniste et j'aime ça. Il me paraît important d'opposer aujourd'hui la vie riche à la vie qui est vide.

Parlons-nous de tes solutions vestimentaires ?

Je m'habille " Effortless " à l'image de ma robe de mariage -je la mets encore pour sortir- C'est un grand châle de mariage égyptien en voile de coton blanc bordée de sequins. Le matin de mon mariage sur la plage au Sri Lanka, je ne savais pas ce que j'allais porter, je venais de passer un mois en bikini, alors, j'ai pris les ciseaux et coupé un trou pour la tête. Je suis très " Edouard aux mains d'argent ", j'aime bricoler au dernier moment avec n'importe quoi, j'adore les brocantes, les vides greniers, les friperies. En revanche, faire des magasins, c'est une punition ! J'achète comme un mec : 5 paires de pompes, trois pantalons d'un coup. J'aime aussi piquer les vêtements de mes amis.

Où aimes-tu te balader à Paris ?

Au Marché aux Fleurs. Je vais toujours vers les plantes, les jardins, les fleurs. Mais je ne suis pas coincée sur un endroit particulier. Avec les enfants, je vais au tennis du jardin du Luxembourg. Je fais aussi les librairies du 6e :The Village Voice book shop, Shakespeare & Co , la librairie Mazarine .

Tu as réalisé un documentaire sur Madeleine Malraux...

L'ex-femme d'André Malraux est formidable. À 98 ans ans, elle joue du piano trois heures par jour, donne des concerts. Cette femme a eu plusieurs vies, c'est un esprit lumineux et quand tu passes une heure avec elle, tu as envie d'être meilleure.

Tu rêves de mettre au point un projet artistique?

Je rêve d'avoir une résidence où je puisse écrire un scénario de comédie noire, mais aujourd'hui cela me semble difficile. Je me dois d'être présente pour mes jeunes enfants, ils ont 9 et 10 ans et j'adore passer du temps avec eux . Je m'y mettrai plus tard. Le travail d'artiste, c'est l'éternelle recherche. Comment trouver son équilibre spirituel entre l'art, le commercial et la vie. Si tu es vraiment honnête toute création relève de la même démarche quelque soit le projet. Un bon travail, c'est une prière, une méditation qui sauve qui libère, c'est énorme dans la vie.

Propos recueillis par Paquita Paquin

Photos : Jade et Salla


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Plus de Katerina Jebb sur http://katerinajebb.com/selected-works/

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