Catherine Baba et les costumes baroques de My Little Princess

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Catherine Baba arrive au Festival de Cannes.
  Image du fim My Little Princess d'Eva Ionesco avec Isabelle Huppert  et Anamaria Vartolomei.

Publiée Le Lundi 16 Mai 2011 à 10:00

Catherine Baba et les costumes baroques de My Little Princess

Facilement repérable à ses looks splendides, réminiscences des années trente ou quatre-vingt, à la luxuriance de leur accessoirisation, et aux interjections extravagantes qui truffent sa conversation, de " Gloôôôrious!!! " à " Devôôôtion !!", Catherine Baba, styliste photo pour Dazed & Confused et amie de nombreux créateurs comme Riccardo Tisci entre autres, a endossé pour Eva Ionesco le rôle de chef des costumes du film My Little Princess. Un premier film pour Eva Ionesco et une première fois pour Catherine Baba qui n'avait jusqu'alors, jamais travaillé pour le cinéma. Un oubli désormais réparé à la mesure d'un talent de styliste et donc de costumière que l'on supposait juste et fort.

Vers quels réalisateurs vont tes préférences ?

Catherine Baba : quand je regarde un film avec une esthétique intéressante, je le vois d'une autre manière. Je suis sensible aux films dans lesquels le mental jongle avec l'esthétique. C'est le cas dans les films de Fellini, Fassbinder, Hitchcock ou même le Marie-Antoinette de Sofia Coppola.

Tu connaissais l'univers esthétique d'Irina Ionesco qu'interprète Isabelle Huppert ?

J'ai toujours adoré l'univers baroque de la photographe Irina Ionesco, la mère d'Eva que j'ai connue avant sa fille, il y a huit ans. Nous avons fait des photos ensemble pour des magazines. J'ai rencontré Eva deux ans plus tard, on est devenues amies grâce à Vincent Darré. Comme je travaillais avec sa mère, elle avait un peu de méfiance et de distance envers moi, puis on s'est rapprochées, je l'ai trouvée touchante. Et puis j'ai toujours soutenu le travail d'Eva, ses expositions de photos, son moyen-métrage dans une galerie du 6e arrondissement, j'aimais ce travail.

Comment envisageais-tu les scènes de duo mère-fille ?

Une scène avec deux personnes, pour moi, c'était comme un tableau. Quel tableau a-t-on envie de voir sur l'écran ? Une harmonie qui inclurait jusqu'à la couleur des murs. Les costumes doivent participer de l'émotion ou d'une situation réelle. Je sais ce que le personnage va dire et je pense à ce qu'elle va porter. Je voulais évoquer une mélodie entre le visuel et le psychologique. Par exemple, quand les trois femmes comptent l'argent : la mère porte une robe verte vintage de Mugler et une veste avec des plumes autour du cou. Entre parenthèses, les vêtements allaient comme un gant à Isabelle Huppert. En écho, Violetta porte un boléro en mohair vert pâle : c'est l'image de l'oiseau et l'oisillon, tout est plus doux que la tenue de la mère. Il y a un reflet miroir mais aussi des couleurs qui marquent l'opposition entre les deux personnages.

Tu as eu la chance de servir une histoire exceptionnelle.

C'est une histoire exceptionnelle qui se passe dans un monde hors norme, et c'est cela qui permet de rendre les personnages particulièrement beaux. Par exemple, la robe que porte la mère, lors de la confrontation avec l'assistante sociale au moment où on lui annonce qu'elle va perdre la garde de sa fille, est emblématique : une robe noire longue, moulante, avec des chaînes. Une tenue complètement hors contexte qui prouve qu'elle ignore ce qu'il faut porter dans ce genre de circonstances et démontre qu' elle n'est pas forcément présente à ce moment là, cette femme vit dans son monde, dans son art, le centre social ne rentre pas dans son plan. C'est aussi un moment un peu noir de l'histoire, quelque chose va être détruit, c'est le deuil.

Dans le scénario, certains éléments de costumes sont indiqués : il semble qu'Eva Ionesco ait tenu à certaines pièces bien particulières ?

Certains éléments de costume comme le t-shirt serpillère que porte l'adolescente en maison de redressement étaient inscrits dans le scénario, c'est un clin d'oeil au milieu punk que Violetta rêve de retrouver à l'extérieur de la maison de redressement.

La jeune héroïne porte aussi un bustier des années 50 à rayures rouges et blanches qu'Eva portait à l'époque. Il était certes un peu grand mais c'était paradoxalement impeccable qu'il n'aille pas parfaitement et qu'il semble avoir vécu. Parmi les costumes, il y en a de toutes origines, des prêts, des locations, des achats, du vintage, des soldeurs, de ma propre garde-robe, des emprunts chez Azzaro ou de la fabrication maison. J'ai aussi pas mal customisé et détourné pour rendre tout cela plus vivant. Je crois que, professionnellement, ce fut pour moi le plus grand challenge de ma carrière.

On voit pas mal d'escarpins à semelles rouges.

Pour les chaussures, Christian Louboutin nous a magnifiquement aidé, il était complètement impliqué dans ce film parce qu'Eva est son amie d'enfance. Les Louboutin sont parfaites en plus pour les Lolita. Je pense qu'Eva et Christian ont partagé un moment d'enfance très fort, que cette expérience commune les a certainement influencés dans leur créativité.

À l'occasion d'un vernissage, il semble que vous ayez réuni une galerie de costumes de fête des années 70 /80.

C'est une période qui est pour moi glorifiée par des images extraordinaires. J'avais pas mal de références réunies dans un classeur-bible qui mêlait des documents des années Palace avec ceux de la génération néo-romantique des Blitzkids de Londres. Ce vernissage arty des années 80, je voulais qu'on ait envie d'y être ! Que tout le monde soit looké.

Pour une autre scène, celle du jeune lord rocker, j'avais comme référence le groupe Adam and The Ants, un groupe de Malcolm McLaren, looké pirate et dandy.

Quel fut le brief de départ ?

Eva m'a indiqué des silhouettes clés qui se répètent dans le film, des robes chemises de nuit portées avec des manteaux du soir. Toujours le côté lingerie ou chemise de nuit souvent pour les séances photos. Des vêtements à l'opposé des vêtements de travail, des vêtements pour le rêve : des déshabillés, des chemises de nuit, des kimonos ... Des vêtements d'intérieur ou des sous-vêtements qui montrent qu'on entre dans un monde onirique, certainement pas des vêtements comme en portent les gens normaux.

Ton implication pour les costumes allait jusqu'où ?

Je me demandais : "Ces personnages, quand ils se réveillent, qu'est-ce qu'ils font ? Pourquoi vont-ils penser cela ?". C'est ce qui m'aidait à les habiller. Je rentrais dans la tête de chaque personnage. À un moment donné, c'était peut-être un peu trop, mais c'était amusant le jour où ils tournaient de les voir entrer dans leurs habits comme j'imaginais qu'ils entraient dans leurs personnages.

Comment s'est passée la collaboration avec Isabelle Huppert ?

Eva et Isabelle ont parlé ensemble avant notre premier rendez-vous et je crois avoir été la première à lui apporter des images, des photos des tenues qu'elle allait porter d'un bout à l'autre du film. Elle était d'accord avec tout, c'était un plaisir de travailler avec elle ; elle me soutenait car je sentais qu' elle s'amusait dans ce type de vêtements.

Que te reste-t-il de cette première expérience ?

Je ne sais pas si c'est comme ça tout le temps mais puisque c'était la première fois, j'ai trouvé tout d'abord que ça n'était pas toujours évident de créer pour un film, avec peu ou pas de moyens, tout en restant humain. Ensuite à la différence de mes autres jobs, j'ai trouvé que c'était un challenge très excitant... Un peu comme de donner naissance à un enfant : on est dans des registres d'amour, de douleur, de fatigue et d'excitation. Enfin, il faut tenir sur la longueur. Le tournage a duré 4 mois. C'était long et passionnant.

Propos recueillis par Paquita Paquin



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