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Dans le bureau de Sylvie Corbelin

Sylvie Corbelin aurait bien aimé fumer de l'opium, mais ça n'est plus trop à la mode, et puis "c'est trop compliqué à Paris". Alors elle a préféré accrocher un tableau représentant un lointain fumeur d'opium, au-dessus de son bureau, et boit du thé vert. Dans ses sacs de pierres précieuses, elle place une améthyste, pour ne pas que les émeraudes "dépriment" et changent de couleur. Elle glisse aussi dans la conversation, l'air de rien, que dans sa jeunesse, elle a été punk à Londres. Ses bijoux en opales dendritiques, émeraudes, diamants, nacre, améthystes nobles, corail robrum, turquoises anciennes de Perse, ne ressemblent à aucun autre. Son salon est un vrai cabinet de curiosités où sont exposés de petits trésors de brocanteur, mais elle montre ses dernières pièces sur un iPad. Rencontre avec une créatrice de bijoux atypique.

 

Votre parcours est assez atypique. Pouvez-vous nous le raconter ?

J'ai fait des études de droit et de philo, parce que je ne savais pas trop quoi faire... Mais j'adorais déjà m'acheter des bijoux quand j'allais chiner avec ma mère. Ma mère était brocanteur, et je pense avoir hérité d'elle un certain goût pour le beau, le savoir-faire, la qualité... Je travaillais avec elle dans les marchés, je me faisais de l'argent de poche, et plutôt que de m'acheter des fringues, mon bonheur c'était de m'acheter des bagues, des pierres... Un jour, je suis allée aux Puces, pour proposer mes services en tant que vendeuse. J'ai trouvé un job chez un vendeur de tableaux et de meubles. Quand son affaire a commencé à couler, il a arrêté de me payer, et m'a proposé de vendre mes "chines" dans une de ses vitrines. J'ai acheté un pendentif en argent et opales, daté de 1900, mais il ne restait que la partie de droite. Je suis allée choisir des opales, j'ai travaillé avec des chinois qui taillaient les pierres et j'ai terminé le bijou. Je l'ai ensuite revendu au Louvre des Antiquaires. C'est comme ça que tout a commencé, la restauration de bijoux anciens. Je me suis d'abord déclarée brocanteur ambulant, car je n'avais pas encore de lieu d'exposition, mon ancien employeur, voyant que je me débrouillais bien, m'a demandé de payer un loyer pour son bout de vitrine. J'ai accepté à condition qu'il me cède la moitié de son bail. Il a périclité dans l'année, et j'ai repris le bail. En tremblant un peu je l'avoue, car je n'avais rien en commençant. J'ai vendu beaucoup de bijoux anciens, des pierres anciennes à des grands joailliers. Et ensuite, j'ai commencé à faire des bijoux sans oser dire que c'était de moi. Je faisais à l'époque beaucoup de corail, j'enfilais des perles d'émeraudes, de rubis... pour faire des sautoirs extraordinaires. Et un jour, il n'y a pas très longtemps d'ailleurs, j'ai déposé mon nom.

 

Quelle est la pièce avec laquelle tout a commencé ?

Avec un serpent ! Une bague que j'ai commencé par faire en argent, puis en or, ensuite, je l'ai doublée puis j'ai ajouté une perle haute dessus... Et je n'ai pas cessé de l'agrémenter d'autres pierres.

 

C'est quoi votre signature, comment définiriez-votre univers ?

Un travail sur le contraste. J'aime le raffiné et le brutal. Que le bijou ait une trace de la main de l'artisan. Je vais chercher profondément dans le passé, mais j'essaie de rester actuelle. J'ai des thèmes qui me sont chers, par exemple, lorsque j'ai fait une bague "rose", j'ai voulu absolument qu'elle soit "rock". En 1977, j'étais punk à Londres ! J'avais le crâne rasé et des épingles à nourrice partout. J'aime quand c'est rond, quand ça twiste, quand il y a de la vie, que ça bouge !

 

Quand vous créez un bijou, vous partez plutôt de la pierre ou du croquis ?

Il ya deux écoles. Les artistes, qui ne partent de rien, de la pure idée du concept, ils vont sculpter une forme etc... Et il y a ceux qui vont partir de la pierre. Moi, je fais les deux. Je suis à la fois artiste et pas artiste. Il y a des joailliers qui se laissent transporter par l'émotion d'une pierre. Pour ma dernière collection par exemple, j'adore jardiner sur mon balcon, et j'ai voulu partir de fleurs. J'ai donc photographié les fleurs de mon "jardin" et c'est comme ça que j'ai fait plusieurs pièces "fleurs", dont la bague "Jarretière" qui s'inspire de mes roses pommées.

 

Donc le fil conducteur de vos collections, ce n'est pas la saisonnalité ou les tendances...

Non, c'est moi ! Cela dépend uniquement de mes envies à un moment donné. J'essaie de rester évidemment dans l'air du temps, je ne vais pas me mettre à faire un bijou en forme d'ion d'uranium !

 

Comment déterminez-vous les pierres qui orneront vos bijoux ?

Lorsque j'ai fait ma collection "Fujiyama", je n'y étais jamais allée, mais j'en ai beaucoup rêvé... Je vois plutôt ça comme une approche émotionnelle. J'ai par exemple repris sur certains bijoux la vague d'Iroshige, avec des pierres qui m'évoquent l'eau. J'ai aussi entendu dire que Fujiyama était un endroit très brumeux et mystérieux, avec même un peu de neige que j'ai tenté de retranscrire avec des petits diamants.

 

Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Le cabochon, l'or fin et l'argent.

 

À quel type de femme vous adressez-vous ?

(Rires.) J'ai honte... Je ne pense qu'à moi ! Je ne veux pas dire que je suis la seule à les porter bien sûr, mais je vais puiser au fond de moi pour les créer. Ca plaît, tant mieux ! Je ne me plie pas au marketing.

 

Mais vous connaissez tout de même un peu vos clientes ?

Des femmes hors norme. Il y a des femmes seules, des couples, des homme aussi, des collectionneurs... Ils ont tous une sensibilité à l'esthétique que je propose. Ils peuvent rester des heures dans la boutique. D'ailleurs lorsque je sais en avance qu'un client vient, je sais que je vais fermer la boutique, pour qu'ils soient tranquilles, et on va sortir plein de pièces. On est plus dans l'expérience que dans l'achat compulsif.

 

Toutes vos pièces ont l'air d'avoir vécu. Est-ce que l'ancien est un aspect primordial pour vous ?

Je n'aime pas du tout l'or blanc par exemple. Je trouve ça très aseptisé... Par contre, j'aime le platine, je trouve que c'est un matériau doux, scintillant, gris clair, il prend la rayure. Les pièces qui restent neuves, sous cellophane, c'est pas vraiment mon truc. J'aime ce qui vit, ce qui se patine avec le temps. C'est une vision personnelle, mais je n'aime pas ce qui fait neuf. Je ne vais pas toucher mes bijoux avec un gant... Il y a évidemment des tas de précautions à prendre, car je fais des bijoux fragiles. Il y a certaines pierres qui ne supportent pas le contact avec du parfum par exemple. J'essaie de faire des bijoux humains, avec leur fragilité, leurs failles, leurs émotions.

 

Quelle est la pièce sur laquelle vous travaillez en ce moment ?

Une bague avec des saphirs, un oiseau bleu. J'ai aussi toute une gamme de boucles d'oreilles mobiles en préparation. Je travaille aussi sur une manchette serpent, "À toi pour la vie", dont j'ai dessiné le croquis dans mon lit...

 

Propos recueillis par Mélody Kandyoti

 

Retrouvez les bijoux de Sylvie Corbelin au Bon marché, au Printemps Haussmann et au marché Paul Bert, 110, rue des Rosiers, 93400 St Ouen (01 40 12 87 40).

www.sylvie-corbelin.com

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