Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli sont les garants d'un principe historique : c'est la collection de Haute Couture de la saison précédente qui se prolonge dans celle du prêt-à-porter. Peu importe que l'hiver devienne l'été ou le contraire, ils adaptent et ils déclinent. Ainsi, leur première couture hommage à la maison s'était prolongée dans un prêt-à-porter qui n'avait rien à envier aux archives du fondateur de la maison romaine.
Leur prêt-à-porter de l'été 2010 poursuit quant à lui la mini-révolution entamée en juillet dernier avec les transparences, le chair, la dentelle, et pas l'ombre d'une robe rouge à l'horizon. Le décor l'indique déjà, les planches anthracite de la couture ont cédé la place à des planches grises, comme les murs, mais les projections de fumées en noir et blanc sur les écrans alentour sont identiques à celles du Couvent des Cordeliers en juillet. Elles évolueront plus tard vers des orchidées en noir et blanc reprises dans les imprimés de la saison.
Les actuels directeurs artistiques sont partis à la conquête d'une nouvelle cliente Valentino : les courtes robes volantées, les pantalons transparents strassés, les noeuds placés de façon asymétrique en attestent. Comme pour la couture, les couleurs s'essentialisent dans la tendance avec une palette qui s'articule autour des beiges rosés évoquant le chair et des gris colorés, dérivés des noirs au fusain de la haute couture. Seul le premier numéro et le dernier s'affranchissent de ce diktat : une robe de clubbeuse crème et un long fourreau volanté parme donnent une touche plus traditionnellement Valentino. C'est peut-être qu'il est dangereux de s'adresser exclusivement à une génération nouvelle, alors ce lavande-là a des accents de rinçage pour cheveux de vieille dame, ce crème a des allures de vanille consommée Piazza Navona par de délicieuses "nonne" à l'impeccable élégance.
Les souliers, ornés de plumes noires en fumeroles, comme les coiffures naturelles et la beauté sauvage des mannequins tiennent un autre langage. Sous l'oeil vigilant du duo des designers, ils ajoutent un mystère à la femme Valentino pas encore exploré jusqu'ici pour la griffe romaine. Tant mieux !
Jean Paul Cauvin
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