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Thom Browne : l'étoffe des héros ?

Dans un défilé spectaculaire mettant en scène journalistes, rédactrices de mode, mannequins et cosmonautes, Thom Browne a proposé une collection classique dans une emballage héroïque. Génie, imposture ou " marketing de l'espace " ?

 

Il est rare que le public des défilés de mode soit placé au centre de la salle où l'événement se déroule. C'est pourtant ce qui s'est passé dimanche dernier pour la première présentation de la collection masculine signée Thom Browne à Paris.

Le designer qui défilait d'habitude à New York sous son propre nom, et à Milan pour la ligne Gamme Bleue de Moncler, est familier des mises en scène spectaculaires.

Il avait ainsi investi certaines années, à Milan, une piscine olympique ou situé son décor dans une vaste salle de ronds de cuir dans laquelle ses mannequins en uniformes de cols blancs, tapaient à la machine.

Toujours en quête de spectaculaire, il a élu cette fois l'ancienne salle du Comité Central du Parti Communiste Français. Décorée pour l'occasion en salle de colloques internationaux, chaque rangée de bureaux était ornée à chaque place destinée à ses invités d'un petit porte-fanions présentant les drapeaux américain et français, devant lesquels avaient été placés un petit cahier d'écolier made in the USA et un crayon.

L'estrade resta vide un bon moment, encadrée de deux écrans HD longitudinaux (" neige " en mire comprise) recouverts de grands drapeaux des deux pays. Dans la salle éclairée a giorno et disposée comme pour un nouveau Yalta, on ne pouvait ne pas remarquer, au premier rang, de part et d'autre de la travée centrale, la très respectée Suzy Menkes, critique madrée de l'International Herald Tribune et sa non moins crainte consoeur, Cathy Horyn, qui délie sa plume dans les collonnes du New York Times. Dans la salle, tout ce qui fait la mode à Paris était présent. On remarquait notamment le chignon et les verres solaires de Diane Pernet (Asvof.com), assise aux côtés de Michèle Owens, comme les plus traditionnels journalistes, rédactrices, acheteurs nationaux et internationaux qui étaient pour une fois sous les projecteurs.

Quatre hommes en blazer strictement identiques firent leur entrée. Ils ôtèrent leurs blazer à écusson de dessus avant de s'asseoir derrière la tribune révélant par dessous une autre veste plus près du corps mais gardant leurs lunettes solaires à effet miroir or. L'un d'eux prit la parole en anglais, précisant que les questions de l'assistance seraient posées dans le second temps. L'heure était maintenant venue d'accueillir les héros. Après la traduction non synchronisée de ce préambule, une cinquantaine de silhouettes de cosmonautes pénétrèrent sous le dôme, venant se placer de part et d'autre de l'assemblée dans l'allée circulaire. Dûment coiffés d'un casque lui aussi à visière à effet miroir doré, gantés, bottés, habillés de leurs uniformes de l'espace, bannière étoilée en écusson sur le bras gauche fièrement portée, Ils encerclèrent complètement l'assistance sur la musique du Beau Danube Bleu dans sa version 2001, Odyssée de l'Espace, s'immobilisèrent un instant pour enlever leurs casques et révéler qu'ils portaient, eux aussi, les mêmes verres solaires dorés que les hommes en blazer.

Leurs lèvres étaient également recouvertes d'or, comme la raie sur le côté de leur chevelure " clean cut ". Passant en suite devant la tribune sur une orchestration plus viennoise du chef d'oeuvre de Strauss, leur ballet remonta vers la sortie. Les héros de l'espace allaient se changer dans la salle voisine (sans doute prévue pour leur décontamination). Comme on ne l'apercevait que par les fenêtres latérales, les deux écrans de part et d'autre de l'estrade permettaient d'observer de près le déshabillage des cosmonautes qui posaient une fois leur combinaison spatiale retirée devant les objectifs des télévisons et des photgraphes. Ils portaient tous un costume classique de la coupe Thom Browne dans des couleurs et des motifs différents, préférant ici les rayures, là les petits carreaux, ailleurs les broderies de requins, d'oiseaux, de noeuds-noeuds, en fils monochrome sur fond uni contrastant. Tous ces costumes portés avec chemise et cravate étaient littéralement de la même coupe: une veste perchée dans le bas, aux manches raccourcies, laissant largement apparaître sur le poignet le bas de la manche de la chemise, avec un bermuda très " preppy " descendant jusqu'au dessus du genou. Chaussettes colorées et derbies parfois bicolores, parfois à bouts fleuris soulignaient encore l'accent mis sur la décoration des pièces. Ici gansées d'un ruban contrastant, là rayées et portées avec une chemise à carreaux , tous les costumes bermudas favorisaient les couleurs tricolores communes aux deux drapeaux des pays à l'honneur, hormis leur version noire qui était systématiquement portée avec un noeud papillon en lieu et place de cravate.

Est-ce véritablement ce que l'on attend d'un défilé de mode à Paris ? Lorsque la création se limite à une seule forme (il faut tout de même noter que les " conférenciers " et les appariteurs portaient, eux, des pantalons longs), on peut craindre s'éloigner de l'esprit de création cher à la mode parisienne pour ne plus adopter qu'une posture de mode, vide de toute innovation.

Que la mise en scène impressionne, soit : mais loin de tout discours construit, l'événement peut aisément se transformer en rendez-vous visant d'abord à créer du " buzz ". On en ressort un peu déçu car attendant mieux d'un créateur qui a su surprendre par ses propositions dans le passé. On repense à toutes ces silhouettes repassant devant les yeux du gratin de la mode, circonspect ou ébahi par ce ballet rituel, selon qu'ils appartiennent ou pas au groupe qui adore l'épate venue d'ailleurs. Thom Browne, une fois que le Beau Danube Bleu avait cessé ses rythmes viennois, était venu saluer sur la musique de " Major Tom ". Visiblement égocentrique, il n'a pas plu à tous les puristes. Les commentaires des moins complaisants fusaient sur la Place du Colonel Fabien. " Thom Browne à Paris ? Que de la gueule ! "

 

Jean Paul Cauvin

 

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