Bien sûr, on connaît le talent, bien sûr on applaudit la détermination du designer qui a affronté la refondation d 'une marque, bravé les défilés à Londres, New York et Paris, et qui a même dû affronter les copies de ses modèles par des people venant marcher sur ses plates-bandes. On aimerait donc reconnaître cette saison un style abouti.
On ne sait si cela est dû aux matières choisies pour cet été 2010, à une interprétation personnelle des cahiers de tendances trop scrupuleuse, ou à une inspiration marocaine mal digérée, mais la femme Roland Mouret a perdu en route son maintien. Pas de doute pourtant, le couturier peut draper, il sait mieux que beaucoup d'autres, faire une minimum de découpes pour rassembler en pinces essentielles le tissu et créer une architecture dans les bonnes proportions. Mais les matières molles en vogue ne rendent pas justice à ses constructions, pas plus que les rayures pourtant choisies dans une chatoyante gamme de couleurs d'Afrique du Nord.
Soit, la taille est marquée, les poches décollées aux hanches, mais Roland Mouret perd dans ces silhouettes trop collées à l'époque un peu de son âme. Là où il mariait à merveille les techniques du tailleur et du flou, il ramollit l'allure par des fluidités trop légères pour appuyer une stature. Les denses fourrures de fils de viscose ne font que souligner par un épais contraste les tombés avachis de plissés amorphes. Imposer son style doit-il passer forcément par un consensus sur les tendances ? Roland Mouret nous avait habitués à davantage d'originalité et de personnalité dans ses collections précédentes..
Jean Paul Cauvin

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