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Paris Fashion Week : l'étiquette de Versailles

Elle demeure la plus créative et la plus internationale des capitales de la mode avec neuf journées bien remplies de défilés et de présentations. Pour y participer pleinement, il ne faut pas oublier que la mode parisienne perpétue sans se l'avouer une tradition bien française celle de l'étiquette de la cour de France.

Tous les acheteurs internationaux vous le diront, Paris, c'est la fashion week que l'on ne manque sous aucun prétexte. Pourquoi ? Parce que c'est ici que l'on trouve la fine fleur des créateurs internationaux. Cette tradition de rayonnement est due à deux faits historiques. Depuis Marie-Antoinette (au moins), la mode venue de France s'exporte à travers toutes les cours d'Europe. C'est même à cette époque qu'a été inventé l'ancêtre du mannequin de nos vitrines d'aujourd'hui : de petites poupées qui permettaient aux cours étrangères de voir comment la reine et la cour de Versailles s'habillaient.

Sous le Second Empire, c'est l'impératrice Eugénie qui aurait suscité, avec Charles-Frederic Worth, l'avènement de la Haute Couture. Encore un fait de cour.
Il se trouve que l'esprit français de la mode, celui qui allie tradition du savoir-faire et innovation dans l'allure, puise ses racines dans cette atmosphère rituelle. Est-ce une raison nécessaire ou suffisante, je ne sais, et pourtant, les usages autour de la mode et de ses présentations bisannuelles, relèvent encore pour beaucoup de l'Ancien Régime et de son épicentre, Versailles.

"Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pénétrer le fond des choses, règlent d'ordinaire leur jugement sur ce qu'ils voient au dehors, et c'est le plus souvent sur les préséances et les rangs qu'ils mesurent leur respect et leur obéissance". La citation est du Roi-Soleil lui-même dans ses mémoires, et il semble bien que tous les invités aux défilés y croient encore. Même sans monarque, c'est le rang auquel on est placé qui fait bien souvent le respect dont on jouit dans cette cour aux contours mouvants, d'un défilé à l'autre. Chacun s'assure donc ici qu'il recevra bien l'invitation pour se ruer sur les chiffres placés sous son nom. A, B, C, D semblent d'abord anodins, puisque ce sont les blocs caractérisant l'origine géographique ou professionnelle, selon qu'on est acheteur, journaliste, starlette, américain, français, japonais... Assurez-vous pourtant déjà de bien être dans votre bloc. Si, suite à une erreur ou à un arrangement, vous vous retrouviez dans celui auquel vous n'appartenez pas, vous ne manqueriez pas de recevoir des oeillades en coin vous soupçonnant de grignoter une place et la gloire de ce groupe tout entier.

Sans parler de vos congénères qui, vous apercevant de loin, se demanderaient à quelles bassesses vous avez dû sacrifier pour vous éloigner d'eux. L'idée est que chacun puisse être bien rangé pour admirer ses vis-à-vis, là-bas de l'autre côté de la galerie des glaces ou du podium, et juger de l'importance de la maison à l'étranger ou en France, selon le camp auquel vous appartenez et le point de vue dont vous jouissez en mesurant les visages reconnus sur l'autre rive.

Ensuite vient le rang. Sachez-le, seuls les deux premiers comptent vraiment. A partir du troisième, on vous a placé là par pitié, pour que vous enviiez ceux qui dans les deux premières rangées pourront voir les silhouettes dans leur ensemble. Les standings, servent, eux, de remplissage. C'est la foule des figurants de service. A un certain niveau, recevoir une invitation en standing, c'est comme vous signaler poliment que vous n'êtes pas convié.

Deuxième rang : vous pouvez être sûrs que l'on vous observe, que vous comptez déjà. Dès lors, prudence est mère de sûreté. Attention à vos comportements, à ne pas commettre de faux pas. Tout jusqu'ici était convivial, mais si vous voulez encore progresser, Boileau vous le rappelle : "L'on dit à la Cour du bien de quelqu'un pour deux raisons : la première, afin qu'il apprenne que nous disons du bien de lui ; la seconde, afin qu'il en dise de nous." Pour le mal, il faudra aussi lui accorder quelque place dans votre discours, mais avec mesure, mystère et esprit si possible, additionnés de la nonchalance plus ou moins feinte pour laquelle vous aurez opté.

Premier rang : attention à ne pas vous y aventurer si vous n'y avez pas été convié, cela vous serait fatal, et vous risqueriez de retourner très vite dans les ténèbres extérieures à tout défilé. Si vous y êtes dûment placé, il va falloir apprendre à vraiment converser avec vos rivaux, car vous ne serez jamais certains d'être placés loin d'eux et, pour tenir votre rang, surtout ne plus vous enthousiasmer à tort et à travers, mais plutôt penser, préparer vos déclarations, mesurer vos aphorismes, si vous voulez gagner la prochaine fois, une place au centre de la rangée ou plus près de la fosse des photographes. D'ailleurs, ne vous réjouissez pas trop vite de n'importe quel premier rang. Cessez de convoiter ceux qui sont mieux placés que vous, retournez-vous et regardez aussi ceux qui sont derrière, histoire de vous remonter le moral et de vous faire un ami ou deux.

Attention également aux chevilles qui enflent : un premier rang chez tel jeune créateur ne vaut pas le quart d'un sixième rang chez Dior, Chanel, Lanvin, Hermès.

A part ça, on pourrait appliquer aux premiers rangs ces notations extraites des mémoires d'un curé de Versailles : "La Cour était d'une magnificence excessive, rien n'y était médiocre dans les habits, les équipages, le nombre de domestiques[ ..] On cherchait tous les jours de nouvelles inventions dans les habits." Le parallèle est troublant, vous ne trouvez pas ? C'est qu'ici comme là, l'essentiel réside dans la représentation. Et le bon curé avait bien raison de souligner la mise que vous adopterez comme d'accorder de l'importance aux équipages. Si vous appartenez vraiment aux premiers rangs, vous aurez comme carrosse une voiture de maître, avec chauffeur, indispensable pour pouvoir s'extraire des défilés avant tout le monde et vous engouffrer à l'arrière d'un véhicule aux vitres aussi fumées que vos lunettes.

Pendant ce temps-là, vos voisins de derrière chercheront à héler un taxi parisien, chaise à porteurs du siècle, à moins qu'ils ne se soient résolus à rejoindre le car mis à disposition pour les membres les moins importants de la presse qui ne se déplacent qu'en troupeau ou en char à bancs pendant que les autres ont tout loisir d'aller visiter les showrooms entre deux podiums ou de rentrer se refaire une beauté à l'hôtel. N'oubliez pas un dernier principe. C'est La Fontaine qui le délivre : "Il ne faut à la cour ni trop voir, ni trop dire". Donc, oubliez vos rêves exhaustifs, il vous faudra faire des choix avisés dans votre planning, selon que vous souhaitez appartenir à telle ou telle chapelle, car ici comme à Versailles au Grand Siècle, chacun se reconnaît.

"Mais la France, ce sont les valeurs de la république, de la liberté, de la création", me direz-vous. Soit, mais dans la mode, ce sont aussi celles des rituels qui gouvernent. Dans un royaume sans roi, la révolution est peut-être au coin de la rue. L'abolition des privilèges aurait-elle sonné ? Certains se le demandent. Mais ce n'est pas si sûr... Depuis qu'ils existent, ils ont la peau dure au pays des vanités et renaissent de leurs cendres, sempiternellement. Dommage, car il y a des jours de Fashion Week à Paris, où on enverrait bien tout valdinguer par-dessus bord, histoire d'inventer du neuf et de ne pas s'embarrasser d'usages dépassés ni de politiquement correct.

Cela doit pourtant faire partie du charme légèrement masochiste de Paris, comme pour ces maisons étrangères qui viennent y chercher la reconnaissance de la "ville lumière" et qui savent que les critiques y sont connus pour être moins tendres qu'ailleurs. Il n'empêche, lorsque Paris vous a adopté, le monde entier vous envie. Car ici comme à Versailles, il faut savoir combiner beaucoup de qualités pour exister, se faire remarquer, durer. Et cela recommence 6 fois par an, avec les deux semaines annuelles du prêt-à-porter des créateurs pour la femme (mars et en octobre), celles consacrées à l'homme (janvier et juin) et celles de la Haute Couture (janvier et juillet). Seule capitale du monde à organiser autant de rendez-vous pour les défilés, c'est aussi pour cela que Paris conserve une tête d'avance sur toutes les autres !

 

Jean Paul Cauvin

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