Josephus Thimister : méditation slave

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Défilé Joshephus Thimister

Publiée Le Mardi 26 Janvier 2010 à 12:22

Défilé Haute Couture Printemps-Eté 2010

Josephus Thimister : Méditation Slave

 

Qu'importe qu'il soit d'origine belge, russe ou française, qu'importe qu'il soit de confession israélite, orthodoxe, catholique, ou le fruit d'un mélange unique de tout cela.

Qu'importe qu'il défile pour clôturer la mode masculine des créateurs ou en avant-première du calendrier de la Haute Couture, parmi les invités : Josephus Thimister est à la charnière, au carrefour des influences et des catégories, au croisement des vestiaires masculins et féminins. Son univers n'en a pas moins une âme.

Elle s'exprimait lundi soir en vieux slavon, via un quatuor vocal d'étudiants de l'Institut de théologie orthodoxe Saint Serge de Paris, sur des polyphonies liturgiques traditionnelles... Et le quadrilatère de la mezzanine du Palais de Tokyo avait tout à coup des airs de Place Rouge à Moscou ou de Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg, à mesure qu'avançaient 45 silhouettes de femmes et d'hommes synthétisant une méditation textile autour du besoin secret de spiritualité qu'incarne si bien la période de la révolution russe dans la seconde décennie du siècle précédent.

Cent ans ont passé, mais le drame de cette aristocratie qui débouche sur l'assassinat du tsarévitch Alexeï Nikolaïevitch à Ekaterinenbourg et celui que connût le peuple russe synthétise bien le propos du chaos qui agite la période 1915-1918 et dans lequel le designer voit une correspondance avec aujourd'hui, en ce qui concerne les victimes de la société.

A demi tsarines affublées d'écharpes rouges ou d'un opulent manteau en renard blanc, à demi cosaques au pantalon de moujik maculé de sang, les pièces marient les contraires avec discernement, comme pour illustrer le lien étroit qui réuni le rouge et le kaki, le satin et les lainages épais, le crêpe gergette et la chevrette brute, la détresse et l'espoir. Après le partage des allures au recto flamboyant et au verso rigoriste, au blouson militaire sur le haut porté avec une jupe rouge de mousseline changeante à plissé soleil sur le bas, tout se mêlé, tout se superpose : les longs manteaux d'officiers coupés comme ceux de l'Armée Rouge avec leur fente verticale au dos ornée de boutons métalliques se taillent dans des draps de laine ivoire aussi immaculés que ceux du tsar, la couverture de survie sert de matière à une robe du soir, recouverte d'un tulle vert militaire grossièrement noué sur les hanches.

D'un défilé sur un champ de mines émergent des brumes la richesse, la boue, le sang de l'affrontement, et l'empilage des siècles, avec une beauté choisie, construite, signée par Josephus Thimister.

 

Jean-Paul Cauvin

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