Il y a indéniablement chez Giambattista Valli, un savoir-faire couture. Plus que cela, le designer italien a un goût du raffinement et des belles finitions qui a su conquérir les femmes du monde. A la fin de son défilé présenté dans l'espace éphémère du Carré des Sangliers, Suzanne Rogers le déclarait haut et fort : "Son esthétique est vraiment couture avec ces volants, ces plumes, ces plissés de mousseline". Et la reine de la bonne société de Toronto s'y entend, elle qui se rendra dans les jours suivants chez Chanel ou Valentino, et qui organise au mois d'avril un défilé de charité autour d'Oscar de la Renta.
Pour l'été 2010, de quoi s'agit-il ici ? D'une inspiration puisée pour les formes chez Brancusi, pour les imprimés sauvages chez Picasso et pour l'excentricité chez Man Ray. Giambattista Valli retravaille les proportions pour allonger les bustes, donne de l'ampleur à une carrure de manteau, coupe dans de la mousseline une robe qui s'appuie comme un marcel sur les épaules et se pare de ruchés froufroutants à partir des hanches. Les fines lanières de cuir noir frangent une jupe de la même couleur avant de se dégrader du blanc au vert menthe pour une tenue dont la fraîcheur sera appréciée l'été prochain.
Les plumes jouent les dégradé de rouge en bas des jupes courtes ou en haut de l'encolure pour caresser d'un frisson la peau des élégantes. Les formes des manteaux, inspirées chez le designer transalpin des dessins d'Erté, sont dépouillées à l'extrême, révélant une coupe et une sobriété susceptibles de plaire à toutes les tranches d'âge. Attention cependant à ce que les plumes un brin trop ramassées n'interdisent à la clientèle plus jeune de s'emparer de ces merveilles. Ce serait dommage.
Jean Paul Cauvin
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