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Petit Déjeuner avec Joana Preiss

Rendez-vous à 15h chez Claus -14 rue Jean-Jacques Rousseau à Paris - avec Joana Preiss pour un petit-déjeuner tardif autour d'une coupe de champagne.

Joana vient de réaliser un très beau film, son premier, "Sibérie", dont elle partage la vedette et la réalisation avec Bruno Dumont, son compagnon à l'époque. Ce road movie ferroviaire transsibérien m'a tellement enthousiasmée que cette interview découverte de Joana Preiss sera jalonnée des images vibrantes du film qui nous livre, avec beaucoup de pudeur et d'impudeur les méandres d'une relation intime dans un décor de compartiment. Un propos emblématique pour l'actrice-réalisatrice dont la vie artistique est toujours imbriquée avec sa vie amoureuse.

Interview portrait de Joana Preiss.

Que prends-tu pour le petit-déjeuner ?

Ça dépend, je suis changeante. Du "salé", je peux manger du fromage, du jambon et plutôt thé vert. Je prends le café plus tard. J'aime les petit-déjeuners complets avec viennoiseries et oranges pressées. Je ne suis pas du tout "diététique" au lever.

Dans le transsibérien de Vladivostok à la frontière de la Mongolie c'était un long voyage ?

Quatre nuits trois jours dans un compartiment exigu ouvert sur des paysages grandioses. J'ai réinventé l'histoire. On s'est séparés quelques mois après le tournage, le film a pris le dessus.

Cela devait être très physique de révéler ou même de cacher l'intimité de la relation dans un tel lieu ?

C'est impudique évidemment ! Beaucoup de non-dits dans la relation restent très palpables. Il y avait 24 heures de rushs, ce qui a résisté longtemps avant d'être coupé au montage, reste toujours présent dans le film, rien n'est dit sur la relation et pourtant tout est là.

Des images toujours floues...

C'est la technique qui veut ça. Nous avions chacun une caméra mini DV, les seules qui pouvaient permettre de saisir la position des personnages dans le cadre. On filmait souvent la nuit, alors la caméra ne fait pas le point. Ce film n'aurait jamais pu se faire avec une caméra normale.

Tu es née où Joana ?

A Marseille, mais j'ai vécu toute mon enfance et mon adolescence à Montpellier et j'ai passé un an à Nice avant de rejoindre Paris.

Qu'est-ce que tu voulais faire plus tard ?

Enfant, je faisais beaucoup de danse classique, je voulais être danseuse et aussi bergère.

Et le cinéma ?

Vers huit ans, on a découvert que j'étais asthmatique alors j'ai fait des cures de 45 jours à Font Romeu. C'était assez dur, car j'étais loin de ma famille, mais tous les dimanches, il y avait des séances de cinéma. J'y ai vu des films dingues comme "Le Rayon Vert", "THX 1138" de George Lucas , ou "Kramer contre Kramer"... Toute la semaine, je ne rêvais que de la séance du dimanche plus tard, quand j'étais en 5e, j'ai eu un prof de dessin cinéphile nous a montré des films anciens, de Renoir ou de John Huston. Cela aussi m'a marquée.

Comment es-tu passée de la danseuse à actrice ?

Je pense que je voulais être actrice secrètement mais que je ne l'ai jamais dit, jusqu'à ce que ça m'arrive. Cela m'est arrivé en rencontrant le père de mon fils, Pascal Rambert, qui était metteur en scène de théâtre et aimait bien mélanger acteurs professionnels et non professionnels. Il avait 28 ans et moi 18, c'était une histoire passionnelle et romanesque j'ai commencé à faire du théâtre avec lui et j'ai l'impression que ça m'a aspirée. Mon parcours a toujours été lié a des histoires intimes.

Tu n'étais pas toujours actrice de cinéma ?

Des réalisateurs ont commencé à voir les pièces que je faisais et m'ont demandé de jouer : Olivier Assayas, Olivier Torres, Christophe Honoré. J'ai commencé très progressivement de façon ascendante à partir de mes 18 ans par des petits rôles, c'était joli comme façon de démarrer.

Faire tes premiers pas de réalisatrice avec Bruno Dumont pour "Sibérie" c'est une belle transmission ?

Le cinéma est une question de désir, c'est le désir qui nous a amenés à faire ce film.

Vous n'étiez pas complètement d'accord sur ce que vous vouliez montrer ?

Lui avait envie d'être moins pudique et de me faire réagir plus fort, voire de me faire pleurer. Et moi, je pensais que ça n'était qu'une mise en scène visant à me pousser au paroxysme. Je me sentais manipulée.

... Et si Bruno Dumont avait fait le montage ?

Le film n'aurait rien à voir. Lui avait la volonté qu'il se passe plus de choses, que la relation soit plus mortifère, plus tragique, donc plus impudique encore.

Tu avais l'impression de le freiner ?

Non, j'avais l'impression d'avoir juste une autre vision et je résistais pour tenir à ma vision, même si cela créait un rapport de force.

As-tu laissé tomber le chant ?

J'en ai toujours fait parallèlement au théâtre, j'ai commencé par le chant classique puis très vite de la musique contemporaine; j'étais très influencée par John Cage. J'ai chanté avec deux groupes : White Tahina avec Vincent Epplay et le groupe Hiroyuki avec Férédéric Danos. Nous avons fait pas mal de concerts dans les galeries.

En 99 j'ai fait une improvisation sur un slide show de Nan Goldin dans le jardin de la Fondation Cartier, une nuit. Je crois que tu étais là. Je chantais toute seule et le vent soufflait, c'était hallucinant ! Je descendais de l'ascenseur en robe rouge de Gaspard Yurkievicth. Je chantais une impro que j'avais écrite.

Tu auras pu être chanteuse classique ?

Je suis alto. D'après les pro, j'avais un timbre, mais le chant classique demande discipline et rigueur et à ce moment de ma vie, même si je suis endurante et rigoureuse, j'ai un peu lâché. J'avais plus envie de découvrir des choses. Je chantais beaucoup de Monteverdi, et de baroque, les leaders de Schubert et de Brahms, et puis très vite, la musique contemporaine m'a intéressée. Et avec elle, la capacité de créer tout en interprétant.

Les réalisateurs ne t'ont-ils pas fait chanter ?

Oui, Christophe Honoré. J'ai une scène ou je chante dans un film de Claire Doillon. Cette année, j'ai tourné entre Paris et Rome "Casa dolce casa" de Tonino di Bernardi, un réalisateur italien indépendant de 70 ans avec un univers très particulier. Il fait des films magnifiques. Lui m'a filmée en train de chanter un soir en impro avec Abel Ferrara.

Qu'est-ce que le chant et la danse ont amené à l'actrice ?

Tout a un lien j'ai fait dix ans de danse classique et quand j'ai arrêté, j'ai eu besoin de faire quelque chose pour compenser le manque d'exercice physique. Ce fut le chant. C'était incroyable de me découvrir une voix impressionnante. Le coté excessif du chant, qui te dépasse, me plaisait bien.

Aujourd'hui, je me dis que ces années de danse et de chant m'ont donné une tenue, une respiration, maîtrise et rigueur. Je sais poser ma voix.

Raconte-nous ta rencontre avec Nan Goldin...

J'avais 19 ans, elle avait à l'époque sorti son livre : "The ballad of sexual dependancy" sur lequel j'étais tombée à la Hune. J'avais l'impression que cette photographe me parlait, elle montrait très bien la marginalité et je devais me sentir marginale quelque part. Une amie actrice allemande, Geno Lechner, m'a emmenée à Berlin en voiture exprès pour voir son expo. Sublime expo et coup de foudre entre Nan Goldin et moi. Elle m'a demandé de me photographier avec mon fils de 3 ans et son père, elle en a fait une expo. C'est resté quelqu'un de très important pour moi. On voyageait l'une et l'autre, alors on se rencontrait à Londres, à New York, à Paris... En 99, elle m'a demandé de me photographier pour le Vogue puis pour le Libé Style auquel tu participais Paquita, puis elle m'a proposé de repartir a New York avec elle.

J'étais avec Aurèle et nous sommes allés tous les deux avec mon fils. Habiter chez Nan, oui, c'était rock n' roll. Elle a été une des premières à me regarder, après Pascal Rambert. C'est important les gens qui vous regardent quand on se sent ni belle ni intéressante à l'âge de 18 ans. D'ailleurs c'est l'âge de nos enfants.

La dimension amoureuse est très présente dans ta vie et ta carrière !

C'est pour ça que ce film "Sibérie" est important pour moi car il exacerbe un parcours semé de relations amoureuses qui ont toujours eu une grande implication dans ma vie d'artiste. L'homme a un grand rôle dans ma vie car je pense que je suis une femme profondément amoureuse. Avec Aurèle, on a fait un peu de musique ensemble, les photos avec Nan et un très beau film. J'ai toujours partagé des activités artistiques avec les hommes de ma vie.

Histoire compliquées ou histoires simples ?

J'adorerais n'avoir que des histoires simples mais ça n'est pas le cas. Nos ego d'artistes très forts créent des frictions.

L'implication de la vie conjugale dans la vie d'artiste se poursuit actuellement, je réalise un film avec mon nouvel ami. Il sera l'unique acteur dans un lieu qui jouera le second rôle : le désert andalou. L'affectif est très importante pour moi pour l'instant je n'arrive pas à composer sans.

Y a-t-il des points communs dans les films que tu fais ?

Oui, c'est sûr : un point commun, mais qui ne me plaît plus forcément aujourd'hui. Les réalisateurs m'ont souvent prise pour ce que j'étais, et non pas pour m'emmener vers un rôle de composition, je le regrette un peu.

Ton plus grand plaisir d'actrice ?

Ce fut au théâtre, dans Gilgamesh avec Pascal Rambert au Festival d'Avignon. Un spectacle répété très longtemps dans le cadre de laboratoires de travail, d'où une infinie précision. C'et un des plus vieux texte de l'humanité, alors il y a quelque chose qui déborde de l'histoire, de la préhistoire. Il fut créé à Avignon sur l'île de la Barthelasse où l'on avait planté un champ de tournesols exprès pour ce spectacle qui commençait a la tombée de la nuit qui finissait à 2h du matin.

Ça a été le pied total, des moments magiques. On en a joué une partie à Damais en Syrie, il y avait plein d'acteurs syriens, ensuite, il y a eu des tournées en France dans les théâtres nationaux. Cette histoire m'a portée longtemps.

Dans "Sibérie", des scènes disent beaucoup de ton rapport à la mode tu enlèves patiemment une robe après une soirée très arrosée et tu bloques un peu sur la manche, ou encore tu te déchausses avec beaucoup de difficulté et de grâce. Ces tenues t'encombrent, mais tu les respecte

Est ce qu'une vie rock n'roll et des vêtements couture cela peut aller ensemble ?

La preuve que oui et d'ailleurs c'est en cela que réside le plaisir .... Pourquoi porter des vêtements couture quand tu n'as pas une vie rock n' roll ? Quel intérêt ?

J'adore les contraires cela me plait. Une phrase de Duras m'a toujours plu dans "Les chevaux de Tarquinia" elle dit que les gens très couards sont les plus courageux cela m'a beaucoup marqué, je me vois très bien en peureuse qui prend des tas de risques.

Cela nous conduit à Nicolas Ghesquière, tu es son égérie ?

Oui, parmi d'autres, on se connaît depuis longtemps, depuis son troisième défilé Balenciaga, vers 99. Il avait vu une photo de moi dans le Vogue et a voulu me rencontrer. J'ai commencé à défiler pour lui.

On a eu une espèce de rencontre fusionnelle partageant beaucoup de choses : littérature, politique. Et puis Nicolas a posé une robe nuage sur moi, elle n'était pas encore faite. À un moment donné, j'ai même habité avec lui. C'est un visionnaire, quelqu'un qui réfléchit énormément, il est tout le temps dans la recherche, je me souviens de ses cahiers, de ses références. J'ai toujours envie de porter ses vêtements et, si en général j'ai de plus en plus de mal à aller voir des défilés, je garde toujours le défilé Balenciaga.

Tu es aussi proche de la maison Chanel.

C'est différent de ma relation à Nicolas faite d'affectif et la création. Pourtant je suis attachée à la maison Chanel depuis longtemps. Je connaissais déjà Nicolas quand j'ai rencontré Karl et Virginie Viard qui voulaient me faire défiler. Chanel c'est un peu un truc de famille, il y aune grande fidélité chez eux, j'adore Karl, son intelligence et son humour corrosif de tous les instants.

Ton actualité en 2012

"Les mouvements du bassin", le film de HPG qui sort en Septembre.

"Vilaine fille" de Patrick Mille d'après le roman de Justine Juliette Levy dans lequel j'ai un petit rôle.

Le film de Tonino di Bernardi qui va sortir en Septembre

Et le film que je réalise en ce moment avec une caméra super 8.

Propos recueillis par Paquita Paquin

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